‹ Œuvres du Comte de Adrien de SarrazinChapitre 35 sur 91 · LE SECOURS INATTENDU · texte numérisé non relu

LE SECOURS INATTENDU

Le sdeil commençait à se cacher derrière le sommet des moniagnes, et semblait jeter un dernier regard sur la terre ; ses rayons brillaient encore dans Fimmensité des cieux, et versaient des torrents de pourpre sur les nuages légersqui s'amoncelaient autour de lui , comme pour dérober son déclin aux yeux de la nature. Les oiseaux voltigeaient?^ de branche en branche, et faisaient retentir de leurschants précurseurs de la nuii le petit bocage de myrtes et de citronniers, asile de leurs jeux, de leur innocence et de leurs amours

Bardouc était le seul être qui, dans ce canton délicieux de la Perse y vit avec inquiétude approcher les ténèbres.

GHAHTBB VII. 411

Il tétait aecablé de lawCude ; il avait aiirCoot grand bwotfi â*ua bon Ut, et Binraiiirait contre aa triste destinée; 'û commençait même à 8*impatienter contre son TteoK eom^ pagnon , qui ne trouvait dans sa cervelle que des raisonnements creux et non les moyens de le tirer de celte fâcheuse position. Il se livrait à son désespoir, lorsqu'un brbit léger se fait entendre auprès de lui ; il se lève en tremblant, et voir, à travers le feuillage, une petite vieille qui vient remplir un vase à la fontaine. Si cette petite vieille n'est pas jolie , il est facile de voir qu'elle Ta éié. Ses traits ont conservé un air de douci'iir et de bonté dont le pauvre pâtre est charmé d'abord. Elle le rega de pendant quelque temps avec intérêt, et lui dit: « Que fais-tu là, jeune infortuné? Où comptes -tu passer la nuit.' • Bardouc lui raconte son aventure , lut parle des coups qu'il a reçus, et qu1l avoue ingénument avoir bien mérités ; puis il 6nit par implorer sa pitié. « C'est un sentiment que je ne refuse jamais au malheur, dit la vieille ; puisque tu souffres , tu as des droits à mes bienfaits. Prends d'abord cette petite fiole ; la liqueur qu'elle contient te guérira de tes blessures et te donnera des fioreet nouvelles. » Bardouc obéit. Il boit la liqueur contenue dans la fiole, et tout à coup il se sent renaître ; jamais il ne s'est trouvé plus leste et plus vigoureui. 11 tombe aux pieds de cette femme secourable , qui , dans ce moment , lui parait une divinité. « Mon jeune ami, lui dii-elle, je ne yeux pas t'abandonner à ton malheureux sort et à tons les dangers de ton inexpérience. Viens habiter ma ehau-* miére ; tu y resteras jusqu'à ce qu'il te plaise d^en sortir. Je suis vieille, mais je ne suis point exigeante ; je te regarderai comme mon fils; je te procurerai toutes les jouissances qui peuvent satisfaire des goâts simples et une âme pure. »

Bardouc regarde son compagnon, qui lui fait signe d'aeeepter sur-le-champ une profmsition aussi avnnta* geuse. Le pâtre va suivre ce conseil , lorsqu'il est inter*

412 BARDOUG.

rompu par l'arrivée subite de la petite gazelle, qui vient en bondissant vers son maître , et qui jamais encore n'avait paru si légère, si sémiljante et si jolie.

Page 1