LA RIVALITÉ
« Ah! mon cher maître! dit la petite extravagante, regarde qui je t'amène. C'est une des célestes houris qui vient de quitter le paradis du Prophète pour te secourir et te consoler. » Bardouc lève les yeux , et voit une jeune fille d'une éblouissante beauté; il rougit, baisse les yeux; il se trouble, et ne sait quelle révolution vient de s'opérer dans tout son être La jeune fille le regarde timidement; un doux sourire effleure ses lèvres, la couleur charmante de la rose s'étend sur le velouté de ses joues enfantines. Dans un instant Bardouc oublie la petite vieille qui lui offre un asile. « Allons donc , mon cher maître , lui dit le vieux bouc, partons; qu'est-ce qui peut te retenir.' Suivons celte bonne vieille qui nous offre une si généreuse hospitalité. » Barclouc ne l'entend plus; son cœur palpite avec tant de violence , qu'à peine ii peut respirer; une flamme inconnue circule dans toutes ses veines. « Hé bien, dit la petjte vieille, veux-tu me suivre? tout ce que je possède est à toi ; des champs fertiles, de beaux jardins, de riches ver* gers environnent ma demeure , et les eaux bienfaisantes de cette fontaine arrosent ma prairie où paissent de nombreux troupeaux. — Quoi ! tu balances ? » dit le vieux bouc avec étonnement.
La jeune fille s'avance d'un air humble , qui relève encore le brillant éclat de sa beauté : « Jeune berger , ditelle en soupira'nt, je voudrais avoir un palais magnifique pour te recevoir d'une manière digne de toi ; je voudrais avoir de nombreux esclaves pour te servir, mais, hélas! je suis pauvre, et ne puis t'offrir qu'une chaumière delà-