‹ Œuvres du Comte de Adrien de SarrazinChapitre 37 sur 91 · CHAPITRE VUl · texte numérisé non relu

CHAPITRE VUl

brée , que des champs stériles et dépouillés. » Ce discours est accompagné de quelques larmes et d'un regard si doux et si tendre, que la petite gazelle ne peut y tenir. « Quoi ! dit-elle en faisant le saut de moiftony tu pourrais balancer un instant entre cette petite vieille et cet être enchanteur ! ce chef-d'œuvre des cieux qui t'offre des biens cent fois préférables à tous les trésors de Punivers, qui t'offre son cœur, sa personne, une source inépuisable de

voluptés ! Sa chaumière est pauvre ; mais elle l'habire !

va , ce modesie séjour est plus beau par sa présence, que» sans elle, le plus magnifique palais des rois. — Ne crois point aux discours de cette petite folle , s'écrie le vieux bouc; combien de fois déjà ne t'a-t-elle pas trompé ? Fuis cette jeune benuté qui te séduit; souvent des dehors en* chanteurs cachent un cœur perfide. Cette bonne petite vieille, au contraire, ne veut point abuser de ta crédulité; elle ne t'offre que des biens solides et durables. Chez elle tu seras maître de tes volontés , à l'abri des injures du sort. Chez cette jeune fille , tu ne seras peut-être qu'un malheureux esclave, soumis à tous les caprices d*un tyran d'autant plus puissant que son empire sera fondé sur ta faiblesse. — Tu es un calomniateur, répond vivement la petite gazelle : qui t'a dit que tant de charmes cachaient un cœur perfide ? Non , non , la jeunesse est Page de la candeur, et la beauté est toujours Timage de l'innocence et de la vertu. Bardouc sera l'esclave de cette jeune personne? Eh! quand bien même cela serait, quel bonheur que celui de ne respirer que pour elle ! Quelle récompense, mon cher maftre, lorsqu'elle daignera t'accorder un sourire! lorsqu'entourant de tes bras amoureux sa taille élégante et légère, tu pourras la presser sur ton cœur, et savourer sur ses lèvres vermeilles un parfum plus doux que celui des roses!... »

Le vieux bouc reste muet ; et Bardouc s^écrie avec transport : « Oh ! ma chère petite gazelle ! jamais tu n'as si bien parlé ; c'est le ciel qui t'envoie les conseils que tu

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me donnes aujoord'hai. Chacune de tes paroles est eB«ifée loaqu^aii fond de meo cœur, et mon cœur me dit qae tu as raison. Oui , tu me montres le véritable l'hemia du bonheur, et je le suivrai quand je devrais mourir. »

La jeune fille prend le bras de Banlouc, et le conduit sous ie dôme de verdure qui mène à la chaumière qu'elle habite. Bardouc > Tingrat Bardoue , ne songe pas même à remercier la bonne vieille qui venait de lui offrir Thospitalité. Il faut dire, pour Texcuser, que la gazelle ne cesse de babiller et de le distraire : elle a une telle fécondité d imagination et de sentiments, elle dit de si jolies choses, que Bardouc ne peut s'occuper que d'elle seule. Il n*aarait pas voulu, pour un royaume, perdre un seul mot de ses discours.

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