‹ Œuvres du Comte de Adrien de SarrazinChapitre 38 sur 91 · LES PREMIÈRES AMOURS · texte numérisé non relu

LES PREMIÈRES AMOURS

Quand Bardouc fut eritré dans la chaumière de Zélîda, la jeune fille lui offrit un repas qu'un peu plus tdt il eût trouvé délirieux , non que les mets fussent bien recher^ chés , mais parce qu'il mourait de faim. A présent Bardouc a perdu entièrement Pappétii ; et quoique les fruits cueillis et offerts par Taniour aient un velouté, une saveur que n^onl point les autres fruits , il n'y touche que du bout des lèvres. Il ne peut se lasser de regarder Zelida , et plus il la regarde , plus il sent le besoin de la voir. Chaque mot que la jeune fille laisse échapper le ravit en extase. « Hé bien, mon vieux grondeur, dit il à son vénérable compagnon, avons-nous si mal fait de quitter notre cabane du mont Taurus pour ce palais enchanté .' Tout le bonheur de l'homme est ici. » Le vieux bouc remue l'oreille et ne répond rien. Dans le même instant, la petite gazelle fait remarquer à son maître qu'il n y a qu'un

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geol Ht dans la chaumière. Cette remarque fait nattre mille pensées voluptueuses dans Tàme exaltée du berger, qui remplissent son imagination des plus séduisantes es* péranees.

Après le souper , la jeune Zélida se lève , regarde Bardoue avec tristesse, et, laissant échapper quelques larmes, elle lui dit : « Cher Bardouc, une cruelle destinée s'oppose à notre bonheur mutuel ; nous devons nous y Soumettre , sans quoi la mort la plus prompte et la plus terrible serait le prix de notre désobéissance. » Bardouc recule épouvanté, et la tendre Zélida continue : « Le jour de ma nais* sance, un génie ennemi de ma famille m*a condamnée à ne pouvoir faire le bonheur d*nn amant, jiisqu^à ce que le ruisseau qui murmure derrière cette colline vienne baigner les murs de ma chaumière , après avoir arrosé mes champs, mes prairies et mon verger. Cet ordre est irrévocable; et si je n'obéis, la fondre doit noua frapper tons les deux au même instant. Tu ne peux même passer la nuit sons ma chaumière, jusqu'au jour prescrit par le génie; jour, hélas ! que nous ne verrons peut-être jamais.— Maudit fioit ce génie infernal ! s'écrie Bardouc ; pourquoi nous traite t-il avec tant de barbarie f Je saurai bien tromper sa cruauté, et dès demain, à la pointe du jour, je travaillerai, je chercherai à percer cette co'line qui nous sépare du ruisseau ; je le conduirai dans les lieux quHI doit f»ar* courir, et Zélida sera ma femme. — Bravo ) bravo I s'écrie la petite gazelle ; oui, Zélida sera ta femme. — Cher Bardouc , reprend Zélida , cette colline est élevée ; il faut un grand travail pour parvenir â la percer... — Noos en viendrons à bout, dit la petite gazelle; mon maître est robuste, il t^atroe, et tu doi» être sa récom[)ense. — Oh ! sans doote, répond Zélida ; mais jusqu'à ce moment fortuné , il ne peut coucher dans ma chaumière : il y va de sa vie et de la mienne. Viens donc, cher Bardouc, viens; je vais étendre dans le jardin, sous un vieil oranger, une bonne natte de jonc toute neuve ; là tu passeras la nuit entre ton

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bouc et ta gazelle, en attendant que le génie soit satisfait. » A ces mots, elle conduit les trois voyageurs sous le vieil oranger. Le pauvre paire murmure contre le génie qui le force de coucher à la belle étoile , lorsqu'il pourrait passer une nuit si délicieuse dans les bras de sa maîtresse. Il ne dormit guère, car la pluie. tomba presque toute la nuit; mais .«a petite gazelle ne cessait de lid vanter les charmes deZélida, et Bardouc oubliait la pluie Quant au vieux bouc, il disait de temps en temps à son maître : « Ah ! si nous avions suivi la petite vieille , nous serions mieux couchés. »

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