‹ Œuvres du Comte de Adrien de SarrazinChapitre 45 sur 91 · CHAPITRE XU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XU

seshyeux; mais une curiosité foit naturelle la force de modérer son impatience. Le jeune homme,, sans s'aper-» cevoir du trouble où il la jetle , continue son rédt en cm termes :

« Un génie bienfaisant fut touché de, leur persévérance, et résolut de la couronner en rendant Zélida presque aussi riche que son amant. Un jour il vint dans cette chaur mièi^ sous la forme et dans le costume d^un pauvre pâtre qui demande Thospitalité. Zélida T^ccueille comme la. bienfaisance accueille le malheur ; et le génie reconnaissant ne fit pas attendre long-temps la récompense d'une, si bonne action. Il se mit à travailler lui même à la for-* tune de Zélida ; il perça la petite colline qui borne ce jardin ; conduisit dans ses vergers ei dans ses prairies le ruisseau qui les arrose , les embellit et les féconde ; défricha lui-même cette belle plaine , et Tensemença de sespro|ices mains. Pendant tout ce travail, ne croyez pas qu'il entrât dans la chaumière ; non , il voulut se montrer aussi discret que généreux. Kaled , le seul Kaied-, avait le droit d*y pénétrer , depuis le déclin du jour jusqu'au lever du soleil ; taudis que ce bon génie, pour comble de bienfaits, couchait à la belle étoile sous ce vieil orangiT^ faisait le guet toute la nuit , et se tenait là , comme ea sentinelle , pour empêcher que quelque importun ne vint troubler le repos et les plaisirs des deux amants.... »

Ici la petite gazelle frémit de colère et d'indignatioj) ;. le jeune homme , qui ne peut se douter de riutérêt qu'elle prend à cette histoire , continue :

n Enfin , dit-il , Toi sque les parents de Kakd virent les champs de Zélida si bien cultivés , ses psrairies- arro* sées et ses vei^ers couverts de fruits^ ils eonsentlrent au; mariage de leur fils avec cette jeune beauté y dii venue un excellent parti grâce aux soins du bon génie. G^esC anjourd'hui que cette union se célèbre , et vpUà pouirqaiot la chautnière est illuminée, voilà pourquoi vous enteadea ce coBoert de v(mx et d'instruments. Cette table est dces*^

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8ée pour le repns qui doit terminer la noce. Vous y assisterez , si vous voulez prendre part à nos plaisirs. »

Qui pourrait exprimer Témotion de Bardouc pendant ce récit? Chaque circnnslance , chaque mot, sorti des lèvres du jeime inconnu , sont autant de coups de poignard pour le malheureux amant. Il demeui*e pendant quelques minutes immobile d étonnement , de honte et de fureur, ei^fin il s'écrie : « Ah , perfide Zéliia ! monstre d'ingratitude ! voilà donc comme tu me trompais ! je travaillais à la sueur de mon front pour enrichir mon rival et lui donner ma maîtresse ; je couchais à la belle étoile , exposé à la pluie , à tous les vents , tandis qu'un autre pressait dan^ ses bras Tindigne objet de tant d'à* mour ! O rage * ô honte ! je leur servais de sentinelle pendant la nuit , comme le chien qui veille à la porte de son mattre pour en écarter les voleurs ! Serpent , qui m'enlaçais pour me déchirer! puisse le ciel t'écraserde sa foudi*e vengeresse ! puissent tous les tourments de feufer se réunir sur ton amant et sur toi !

— Rardôuc , mou cher mattre , calme ton désespoir , dit le vénérable bouc ; ne perds pas la tête pour si peu de chose. Ne dirait-on pas que Zélida est la seule femme sur la terre? Console-toi ; il y en a pour tout le monde , et même plus qu'il n'en faut Cet événement d'ailleurs est très - simple , très - naturel , et tu dois te trouver fort heureux.... — Yenge-toi, venge-toi! s'écrie la petite gazelle hors d*elle même. Suis-moi ; viens traiter la perfide comme elle le mérite. Qu'elle rougisse au moins de son insigue fourberie.... Suis-moi! » Bardouc obéit à la voix de sa gazelle qui vole devant lui , il se précipite dans la chaumière , et , sans penser aux nombreux témoins qui l'environnent , il accable Zélida des plus terribles imprécations ; il raconte l'art infernal qu'elle a déployé pour l'engager à des travaux dont un autre devait recueillir tout le fruit. O perversité humaine! Le discours de Bardouc, cette colère si légitime firent éclater de rire tous les au-

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