CHAPITRE XII
ditenrs. D^iine voix unanime on célébra Tesprit et la finesse de Zélida ; on admira le stratagème adroit qu'elle avait imaginé pour épouser son amant. Les heureux ont toujours raison ; Pésprit absout celui qui en abuse. Qui trompe habilement n*e4 plus un trompeur. Le plus grand de tous les torts c'est d'être dupe ; et le ridicule nous punit d'avoir compté sur la franchise. Quand Bardouc voit que les rieurs ne sont pas de son côté, il entre dans une fureur qui ressemble à la frénésie ; il s'élance sur tout ce qu'il trouve sous sa main , renverse les flambeaux, les meubles, les instruments, et s'enfuit comme un forcené , trop heureux encore que les assistants ne lui fassent pas payer bien cher une sortie aussi déplacée <iu'inattendue. Mais on le regarde comme un fou , et on le laisse partir.
Que deviendra-t-il ? où ira-t-il ? que fera-t-il ? Il n'en sait rien, et n'y pense pas. Son vieux bouc est muet ; la petite gazelle parle sans savoir ce qu'elle dit. Elle pi'ésenteaux yeux de Bardouc toute l'horreur de sa situation; elle lui montre un avenir sans espérance; elle lui dit qu'il abhorre Zélida, qu'il aime Zélida, qu'il doit fuir pour jamais Zélida , qu'il ne peut vivre sans Zélida. En* fin , elle lui conseille , pour mettre un terme à tant de chagrins et d'incertitudes , de se donner la mort , qu'elle lui fait envisager comme la fin de toutes les peines
Bardouc va céder à cet avis ; déjà même il se penche sur un précipice d'une effrayante prorondeur, il est prêt à s'y jeter la tête la prem'ère , lorsque le vieux bouc , qui voit le danger, lui représente avec tant d'éloquence la folie qu'il va faire et le crime qu'il va commettre, que Bar« doue se trouve comme enchaîné sur le bord de l'abime; et , sans tenir à la vie, il consent à ne pas mourir.
à^G BÂRDOUC.