‹ Œuvres du Comte de Adrien de SarrazinChapitre 48 sur 91 · CHAPITRE xm. Zi · texte numérisé non relu

CHAPITRE xm. Zi

tais bien qu^un jour tu te repentirais de n*afTOir pas accepté mes bienfaits. » Bardoue verse des larmes amères , et raeonte Thistoire de ses ainoors avec cette naïveté d*ttn cœur que le monde n'a pas encore corrompa. La petite vîeiUe lui dit : « Je te pardonne de m'avoir dédaigiiéd pour la belle Zélida ; sa jeunesse , sn beauté, ses grâces, ton âge , ton inexpérien^'c , voilà tes excuses : à vingt ans, on est si facile à séduire ! on cherctie le bonheur conime un avei>gle cherche un asile dont il ne connaît pas la route : tu le trouveras chez moi. Oui , je ressens pour toi la plus tendre pitié , et je veux commencer par te guérir d'un amour sans espérance. Pai des sipéeiflques laissants pour les blessures de Tâme comme pour celles du corps , et voilà un breuvage qui peut rendre à ton cœur le repos dont il a si grand besoin, n

Bardoue prend avidement le breuvage que la bonne vieille lui présente. Dans un instant son amour se dissipe comme un songe : il n'a plus qu^une image vague et confuse de tout ce qu'il a souffert , et le souvenir de Ulida n*a plus rien de pénible pour son cœur. Il témoigne à sa bienfaitrice une reconnaisscince dont les expressions annoncent la sincérité. « Viens avec moi, lui dit la vieille; je veux le faire présent d'une charmante habitation , où tu pourras couler des jours paisibles. Je suis une fée ; mon nom est Simplice ; tout ce que tu vois ki m'appartient. Autrefois, je régnais sur le monde entier ; les rois mêmes étaient soumiit à ma puissance, et ils étaient plus heureux que ne le sont aujourd'hui les sujets. Mon empire a bien décliné ; mon royaume se borne à ce petit coin de terre , et chaque jour Torgneil en usurpe quelques parties : mais il me reste ces campagnes riantes et fertiles ; ce nouvel Édeu est à moi , et tu peur« ras en jouir comme de ta propriété. »

Bardoue suit la bonne Simplicie, qui le conduit vers une petite maison agréable et commode , bâtie dans une situation charmante , au pencnant d'une colline couverte

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d'arbres et baignée par les flots argentés dn Bandèmire. Des fenêtres de la maison on voit cett»* belle rivière se déployer avec majesté , et rouler au milieu d'une plaine qu'elle enrichit de ses eaux. Elle suit son cours sous une voûle d'arbrisseanx qui , d'une rive à Tautre , unissent leurs branches flexibles , et laissent tomber de leurs rameaux agités par les vents , des fleurs et de^ Truits qui nagent sur les flois. Ce canton présente l'aspect d'un jardin enchanté , où la nature se plut à rassembler toutes ses richet^ses. Bardouc voit un grand nombre d'habitations à peu prés semblables à la sienne , et semées çà et la , sans art , sans ordre , au milieu des prairies, des bosquets et des fleurs, au bas des coteaux, et sur le bord des fontaines qui portent au Bandémire le tribut de leurs ondes.

Au mil eu de ces riantes habitations , il distingue la demeure ôe Simplicie ; elle est d'une architecture élégante, mais sans décoration. La fée l'y conduit , escortée d'un groupe de jeunes gens des deux sexes , qui chantent les louanges de leur bienfaitrice.

Après un repas délicieux, quoique frugal, Bai*douc visite le petit royaume de Simplide , et rencontre sur son chemin une espèce de kiosque. Au-destsus de la porte, qui est fermée , on lit ces mots : Défente aux habitants de ce beau lieu déporter an pied léméraire dans ce pavillon, sous peine de perdre pour jamais le bonheur dont iU jouiêsent.

Bardouc fait très-peu d'attention à cette inscription, et revient à sa demeure avec un cœur transporté de joie. Le vieux bouc semble partager la félicité de son matire : il trouve en effet dans ce lieu tout ce qui convient â ses goûts. « Ah , Bardouc ! dit-il , que nous sommes bien ici ! — Oui , mon vieil ami , répond Bardouc , et j'avoue que je ne conçois pas comment j'ai pu mériter un si grand bonheur. — Tu as raison d'être étonné, mon cher maître, car le bonheur est un trésor qu'on ne rencontre j:unais sans le mériter. — Quel beau lieu ! continue Bardouc ; que l'air

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