CHAPITRE XIV
est pur ! quels parfums exquis sVIèvent autour de nous ! C'est ici que je veux vivre et mourir. Qu'en dis-tu , ma petite gazelle? -— Je ne dis rien , répond la gazelle; je jouis. J^éprouve un calme que je n'ai jamais senti. Jusqu'à ce jour, je n'ai cessé de désirer quel(|ue chose, et maintenant je suis satisfaite comme si le monde entier m'appartenait. »
C'est ainsi que nos voyageurs s'entretenaient de leur situation nouvelle, lorsque la nuit vint annoncer l'instant du repos. Ils s'endormirent paisiblement tous les trois , et se livrèrent à des rêves aussi riants que les tableaux dont ils venaient de voir et de sentir la réalité.
Le lendemain matin, après l'ablution accoutumée, le vénérable bouc conseille à son maître d'aller visiter les sujets de Siniplicie; mais ils Tavaient prévenu. Ils accourent les premiers pour féliciter le jeune étranger qui vient partager la douceur de leur existence ; ils lui parlent avec cette biinveillai.ce qui naît du cœur, avec cette franchise naturelle qui vaut mieux que la politesse, et qui d'ailleurs ne l'exclut pas. Tous les sujets de Simplicie ont les mœurs de l'âge d'or, et semblent jouir du bonheur de ce siècle fabuleux peut-être, où les hommes se livraient sans contrainte aux douces émoticms de la nature, étaient bons par penchant, et joignaient à l'amour du bien l'ignorance du mal.