‹ Œuvres du Comte de Adrien de SarrazinChapitre 52 sur 91 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

DÉPÂBT POUR ISFABAN* lE PALAIS D'OLTimS.

Bardouc, disant adieu au royaume de Simplicie , prenâ la route d'Ispahan. Tout en marchant il parle seul, sUnterroge et se répond , il s'extasie sur tout ce qu'il voit ^ et veut rendre raison de toutes les merveilles de la nature» Dès la premfère soirée, en regardant la lune et les étoiles,, il a fait un beau système sur Torganisation du inonde^ Le lendemain , à son réveil, il a fait deux ou trois odes , et bientôt il ébauche un poème épique. Émerveillé de lui* même , il récite ses vers avec une emphase vraiment eo* mique , et consulte ses deux compagnons de voyage sur les fruits naissants de son génie. «Que cela est beau! s'écrie la petite gazelle ; quel talent prodigieux ! quelle verve 1 quelles sublimes images! quelle harmonie!....* Le vieux bouc ne parle que lorsqu'il s'y voit forcé ; alors il se contente de dire à voix basse, et comme s'il «a^aignak de déplaire ; Ah! mon cher maître! que n'av«z-vofas bu la fioû du bon sens ! — Que trouves-tu donc à reprendre dans ces vers ? — Que n'avez-vous bu la fiols eu (on sens', » Il n'a pas d'autre refrain : aussi pendant toute la route , Bardouc ne le consulte plus sur ses ^oonc^icms poétiques, et le croit tombé en enfance. Il s'abandonne entièrement à sa petite gazelle , qui sait si bien apprécier l'étendue et la beauté de son génie.

Bardouc et la gazelle avaient grande envie d'arriver à Ispahan ; mais ils étaient encore éloignés de ce théâtre de leur gloire, et peut-être ne tient«il qu'à Bardoue 4% re»contrer sur son chemin un bonheor assuré.

Après une route assez longue , et qui eût été pénible pour des voyageurs moins occupés de l'aveinr, ils arrivent un soir sur le penchant d'une colline arrosée par les iots du Bandémire , dont ils eotoyaîent Vté rives. BieiMt ils

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aperçoivent un magnifique palais, illuminé par une muUitade innombrable de lampions. A mesure qu^ils approchent de ce beau séjour, dont les avenues se développent majestueusement devant eux, ils entendent une musique pleine d'harmonie, de grâce, d^expression et de fraîcheur. L*air exhale les parfums les plus purs , et le zéphyr apporte sur son aile , aux deux voyageurs , et les plus délicieux aromates de TArabie et les sons les plus enchanteurs. La petite gazelle est dans le ravissement, et à chaque pas elle laisse échapper une exclamation nouvelle, que son maître ne manque pas de répéter. Pour le vieux bouc , il se contente de dire : « Cela est beau ; mais lé chemin d'un beau palais est rarement celui du bonhenr. »

Un pont-levis s'abaisse devant nos voyageurs. Une foule d^esdaves environnent Bardouc, le font entrer dans le palais, lui préparent un bain aromatisé, le massent voluptueusement an sortir du bain ; et après Tavoir étendu sur des coussins d'édredon, et lui avoir enveloppé la tête d^un sachet rempli de parfums exquis, ils l'abandonnent aux douceurs d'un sommeil léger, accompagné des plus agréables songes. A son réveil, on le couvre de vêtements magnifiques et faits à sa taille, et on le conduit en triomphe dans un salon où la plus brillante assemblée se truuve réunie. A IVrivée de Bardouc, une jeune femme, âgée de vingt ans, d'une beauté parfaite, d'une physionomie pleine de douceur, de modestie et de finesse, se lève, s'approche de lui; et, le remerciant avec une grâce touchante d'avoir bien voulu choisir ce palais pour son asile, elle le prie de vouloir bien prendre part aux fêtes qu'elle donne. Cette jeune personne se nomme Olinde; grâces, fortune, esprit, instruction agréable et solide, talents , vertus , elle réunit tout ce qui charme et attache , tout ce qui séduit pour un moment et pour toujours. Tout ce qu'elle dit est simple et vrai comme tout ce qu'elle pense; sa conversation est à la fois douce , piquante, délicate et variée.

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