CHAPITRE XVI. ZiS
Elle juge moins avec son esprit qu'avec son âme ; son caractère donne à sa pensée une justesse de tact qui ressemble à la profondeur , et qui a tout Tagrément de la légèreté. Elle ne propose ses jugements que comme des doutes, et avec cetteaimable rougeur qui prouve qu'elle 8*en défie. Enfin, elle cherche à plaire moins qu'à briller, plus par bienveillance que par amour-propre.
Elle est entourée d'un grand nombre de jeunes gens qui font tous leurs efiforts pour lui plaire : car elle n'est pas encore mariée, et elle est, sans contredit^ un des meilleurs partis du royaume. Les uns la regardent avec tendresse, implorant un seul de ses regards sans oser lui parler ; d'autres, plus hardis ^ passent souvent devant elle, et, fiers de quelques frivoles avantages qu'ils ont reçus de là nature, ils déploient dans mille attitudes différentes l'élégance de leur costume et la richesse de leur taille; d'autres, enfin, mettent leur esprit à la torture pour captiver son attention : ils font en son honneur les plus jolis madrigaux ; et pour trouver un objet de comparaison avec tant de charmes, ils épuisent tous les trésors de la nature, toutes les roses, tous les diamants, toutes les per» les. Le séjour d'Olinde est la réunion des plus beaux esprits de la capitale et des provinces. Elle répond aux éloges qui lui sont prodigués de toutes parts ; et si quelquefois elle se permet une légère, censure des productions soumises à là finesse de son goût, la critique, en passant par ses lèvres , prend le caractère de son âme, et fait presque autant de plaisir que la louange : qualité qui n'est pas ex< trémement rare... chez les femmes.
Bardouc ne peut s'empêcher de remarquer la beauté d'Olinde, mais il n'en est point ému ; son cœur ne palpite point d'amourcomme dans l'instant oùZiélida s'était offerte pour la première fois à ses yeux. S'il éprouve quelque embarras , il ne faut Tattribuer qu'à la nouveagté du briU » lant spectacle dont il est témoin, et dans lequel il se voit forcé d'être acteur. Il sortait de ses montagnes , et le se"
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joar quUt «avait fait ét»z la bonne Simpltcle ne Tavatt point du (out formé aux usages du grand monde. Tous l«s regards étaient attachés sur lui; et quoiqu'il eût été bien fâché d^étre confondu dans la foule , sa vanité ne laissait pas de concevoir quelques inquiétudes en pensant qu^il fixait Tattention générale : ainsi toutes ses idées, tous ses sentiments se reportaient sur loi>-méme , et ne laissaient pas dans son cœur et dans son esprit une seule place pour un sentiment et |>our une pensée dont il n^aurait pas été Tobjet. Olinde» qui voit son trouble, en est touchée, et met en œuvre tous les ressorts de la plus séduisante politesse, pour lui rendre cette tranquillité d^esprit sans laquelle le corps est sans grâces, la pensée sans mouvement , et Tâme sans essor.
Après un concert enchanteur, dans lequel Olinde a dé-' ployé une partie des rares talents qu^elle a reçus de la nature et de l'éducation, on sert un souper où les plus habiles cuisiniers de la Perse ont épuisé toute la magie de leur science. Bardouc avait bon appétit ; le parfum des mets lui fit oublier un peu de son amour-propre : il mangea comme j'ai vu beaucoup- de gens d'esprit manger, c'est-àdire comme un sot, songeant bien plus aux bonnes choses qu'il voyait sur la table , qu'aux belles choses qui se disaient autour de lui.
Au dessert la conversation s^anima pas degrés , grâce aux boiis vins que les esclaves ne cessaient de verser aux convives. On parla de littérature , car les beanx-esprits , en général, n'aiment guère que Ton parle d'autre chose : c'est parler indirectement d'eux-mêmes. Les épigrammes les plus vives ne furent pas épargnées aux absents, malgré tous les efforts de l'aimable et douce Olinde pour en émousser la pointe. Bardouc entendait parler de littéra* ture pour la première fois. La fiole de Vimagination , quMl avait bue, ne lui avait pas donné plus de science que de raison ; mais elle lui avait au moins donné cette faculté qu'ont tant de gens d'esprit, de parler des- choses qu'ils