‹ Œuvres du Comte de Adrien de SarrazinChapitre 56 sur 91 · CHAPITRE XVU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVU

tagnes est plus frais et mieux conservé qu^un grand seigneur qui n'a jamais quitté la cour ; un peu d'embarras dans le maintien relève encore la beauté en lui donnant "une apparence de modestie, et c'est avec de l'imagination, non avec du bon sens , que Ton séduit la femme la plus raisonnable. — Bravo ! bravo ! s'écrie Bardouc , en caressant sa petite gazelle ; tu parles en vérité comme un oracle. La belle Olinde m'a distingué, pas le moindre doute. Ses regards étaient sans cesse attachés sur moi. Que de choses flatteuses ne m'a-t-elle pas dites ! Oh ! certainement, elle les pensait, car elle les exprimait avec tant de grâces et de naturel! Quels yeux charmants!.... elle admirait chaque mot échappé de mes lèvres... Quel teint vermeil!... Elle admirait chaque strophe de mon dithyrambe... Quelle physionomie piquante!... Elle me comparait aux plus grands poètes de la Perse... Quel organe enchanteur!... Elle ne trouve qu'un seul défaut à mon poème ; c'est d'être trop court... Qu'elle a d'esprit !... — Ah ! tu l'adores ! — Je l'adore. — Tu n'as jamais rien tant aimé ! — Rien tant aimé. — Et Zélida? interrompt le vieux bouc. — C'était une passade : mon maître n'eut jamais pour elle un véritable amour. — Jamais, dit Bardouc : j'aurais fait une grande sottise de l'épouser ! je ne connais l'amour que du moment où j'ai vu la belle Olinde. »

Pendant toute la nuit, la petite gazelle ne cesse de babiller et d'entretenir son mattre des plus délicieuses ^pérances. « Oui, lui dit-elle; tu remporteras sur tes rivaux, tu seras l'époux de la plus charmante et de la plus spirituelle des femmes; tu seras le riche propriétaire de ce magnifique château et des belles métairies dont il est environné. » Bardouc s'endort , bercé par ces brillantes illusions, et se réveille avec Timagination remplie du plus ardent amour.

Le lendemain et les jours suivants s'annoncent par des fêtes toujours nouvelles, où Bardouc déploie toute la fécondité de son esprit, pour varier les plaisirs d'Olinde

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et lui causer des surprises agréables. Ses rivaux avaient épuisé tous les lieux communs de la galanterie; T imagination de Bardouc est dans toute sa fraîcheur » et fait encore d'abondantes récoltes dans ce cbarap si souven^ moissonné qu'on n'y trouve presque plus de glaneurs. Si les jolies choses qu'il dit ne sont pas toujours neuves, il sait les présenter sous de nouvelles couleurs ; si elles n'ont pas souvent le sens commun , elles flatteot , ce qui vaut bien mieux, Bardouc d'ailleurs est doué d'une belle figure ; et près d'une femme sensible, un bel hoaime peut déraisonner tout à son aise, pourvu qu'il déraisonne hardiment.

Après avoir fait , en l'honneur d'Olinde , un nombre considérable de vers dans tous les genres , Bardonc hasarde enfin une déclaration d'amour dans toutes les formes. Elle est étincelante d'imagination; il y règne une chaleur de tête!... jamais on n'a aimé comme cela. Ce n'est plus de l'amour, c'est du délire^ à moins que le délire et l'amour ne soient la même chose. Gomment Olinde aurait-elle résisté à tant d'éloquence? Il la représentait si belle, que Yénus même eût envié un semblable portrait. Il lui faisait un tableau si frais et si gracieux d'une passion tendrement partagée, que la sensible Oiiode n'y put tenir ; elle consentit à lui abandonner son cœur, sa fortune, sa liberté, son existence tout entière. Elle fit connaître sur-le-champ cette résolution à tous ses adorateurs : car, n'étant point coquette, elle était trop délicate pour les bercer plus long- temps d'une fausse espéraBce. Bardouc a le plaisir de voir défiler tous ses rivaux. La petite gazelle raffole de ce mariage ; le vieux boue l'approuve sons tous les rapports ; il avoue qu'Olinde est une femme accomplie, et qu'elle réunit tout ce qui peut assurer le booheur d'un époux. La fortune qu'elle possède est aussi de quelque poids à ses yeux. Quoique très>sobre , le sage à longue barbe sait fort bien qu'on ne vit pas de l'air da temps f il pease qu'une belle fortune, acquise légitm-

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