‹ Œuvres du Comte de Adrien de SarrazinChapitre 59 sur 91 · CHAPITRE XVllî. ZiZi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVllî. ZiZi

fontaine sur un tapis de fleurs , et s^était profondément endormie. La gaieté de son âge la suivait dans son sommeil : car elle souriait , et ses grosses lèvres couleur de rose laissaient entrevoir Témail de ses dents. Sa gorge rebondie était à demi nue; sa tête était appuyée sur un bras bien potelé, une simple robe de mousseline dessinait légèrement les formes rondelettes de son corps , et ne les cachait qu'à moitié. Bardouc ne la voyait point, il composait dans ce moment un poème dont la belle Olinde était rhéroïne. Mais la petite gazelle, apercevant la jeune esclave, ne peut s^empéchcr de tressaillir et de se dire en elle-même : « Par Mahomet ! voilà une petite personne bien appétissante ! J'imagine que mon maître aurait un grand plaisir à cueillir quelques baisers sur des lèvres si vermeilles. Mais comment nous y prendre pour lui persuader cela ? Le vieux radoteur, qui nous suit partout, va lui faire un crime d^une si douce jouissance. S'il m'était possible d^endormir le maudit importun ! Essayons. » Elle dit , et s'approchant du vénérable bouc, elle saute, bondit, caracole, frétille en tournant autour de lui, et lui débite toutes les extravagances qui lui passent par la tête. Le sage à longue barbe la regarde folâtrer, et, sans changer de place , il s'amuse de ses tours et de ses gambades ; la petite gazelle ne cesse de tourner autour de lui^ et feint quelquefois dé l'attaquer. Le vieux docteur se tient toujours sur ses gardes, et suit de l'œil tous les mouvements de son ennemie. A force de regarder un jeu dont il ne prévoit pas les suites, son attention se fatigue et s'épuise ; ses yeux s'appesantissent, sa vue se trouble, il penche sa tête, ses idées flottent dans le vague, ses genoux chancellent , et il se laisse doucement tomber sur le gazon. Lorsque la petite gazelle est sûre de l'avoir bien endormi, elle vole aussitôt vers son maitri! , et le trouve achevant une superbe tirade , dans laquelle sont ctilébrées toutes les vertus d'Olinde. La petite gazelle l'interrompt tout à coup, et lui montrant I^adine endormie : « Quel gracieux

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tableau ! lui dit elle à mi-voix ; que cette jeune personne est fraîche et gentille ! Qu'en dis-tu ? Olinde est plus belle, sans doute ; mais Olinde est à quarante lieues d'ici. Nous sommes, sans témoins ; elle ignorerait cette passade. D'ailleurs un caprice n'est pas une infidélité. Cette jeune personne est si fraîche , Uoccasion si propice!... » Bardoue regarde compiaisamment la gazelle , qui dresse To- Fcille et frappe du pied.... A cet aspect, il ne peut modérer ses transports ; ce qu'il entrevoit d'attraits suffit à son imagination pour embellir ce quMl ne voit pas ; il prend lia baiser sur les lèvres de la jeune Nadine....

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