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ses atiiis, et, vers la fin du repag, entraîné par sa gaieté naturelle, par le plaisir de se voir entouré d'hommes dont il se croit tendrement chéri, il 9*ccric : « Oui, mes amis, je suis le plus heureux des enfants d*Adam. » Cette paroU imprudente est avidement recueillie par un homme qui s*est introduit dans la salle du festin. Cet hoaim« se Domtne Abdérab ; depuis long- temps |aloux de la proip^ rite d'Asmoian, il ne cherchait que les moyens de lu dé» truirc.
f.c lendemain , dès la pointe du jour , le bon Aimolaii est arrêté, et conduit devant le terrible roonarqQe, qui lui dit : «Jeune imprudent, tu te crois donc plus heureui qu* moi qui suis le favori du ciel, et que le saint prophète comble de ses faveurs ; que moi qui tient dans ma main la destf né# de la Perse, et qui peux d^un seul mot te faire rentrer dana la poussière et le néant P II ne tiendrait qu*à moi, vil insecte, de t arracher la vie, mais pour la première fols je TeuxbfteB épargner ton sang et rejeter ton crime sur ta jeunesse. Je veux voir si tu auras Timprudenee et la folie de te croire encore plus heureux que ton maître, w
Asmoian avait entendu ce discours aveo le plue grand calme ; il quitte le palais du roi, et retourne précipitamment à sa. maison pour rassurer ses amis; mais le tyran avait ordonné qu*elle fût rasée, et déjà cet ordre funeste était exécuté.
Tous les biens d'Asmolan venaient aussi d*étre confts^ qués au profit de son dénonciateur. Il alla demander oa a«ile à ses amis ; on ne vit pas le plus léger changement dans sa physionomie, dans son caractère et dans ses habi* tildes. Son front parut toujours conserver la même sérénité et porter l'empreinte du bonheur.
Huit jours s*éiaient écoulés depuis cette lerriUe catastrophe, quand le roi ût venir de nouveau le jeune Persan et lui dit : « Eh bien ! jeune insensé, te vaiiteras-tu en-' core d'être plus heureux que moi! Te voilà plongé dans la misère ; ii ne te rcôte nen dans le inonde^ rien que le
SBOWBB^-SBS^^B^eïï^""!
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repentir et rhumiliation. — O roi ! tu te trompes, répond Âsmolan avec douceur, je n'étais point orgueilleux de mes richesses; comment donc serais-je humilié de ma pauvreté ? Tu crois m'avoir tout ravi quand je viens te remercier de tes bienfaits. Tu m'as fait connaître, ô Scha- Nessir , que j'étais possesseur du plus rare , du plus pré^ ci eux des trésors après la vertu. Grâces à toi, je viens d*apprendre que j'avais des amis indépendants de la for* tune. Ils ne m'ont point traité comme elle ; j'ai retrouvé dans leur cœur bien plus que tu ne m'as ôté ; et tu n^as fait qu'augmenter mon bonheur en voulant le dé-* truire. »
A ce discours Scha-Nessir reste indécis ; il est étonné de tant de grandeur d'âme et de désintéressement ; son orgueil est humilié ; il s'indigne de voir un jeune audacieux braver sa puissance et sa colère ; mais en même temps , cette vertu , ce calme , cette douceur, cette noble résignation le subjuguent. Il va céder et renvoyer Asmolan; mais un courtisan perfide réveille son courroux et lui fait voir dans Asmolan un jeune orgueilleux qui entreprend de le braver jusque sur le trône; il conseille au tyran de sévir contre cet insensé ; do le jeter en prison , ne fût-ce que pour voir jusqu'où peut aller son audace, et pour dompter ce courage qu'il appelle rébellion. Le roi se laisse persuader ; il rougit d'avoir éprouvé un instant d'émotion, et regarde le sentiment vertueux qui l'a fait balancer quelque temps , comme une victoire qu'Asmolan vient de remporter ; il veut l'en punir, et il ordonne que le jeune homme soit traîné dans une prison obscure ; il veut épuiser sur lui tous les tourments , lasser sa constance , et lui faire avouer enfin qu'il est malheureux.
On jette le jeune Persan dans un horrible cachot , et , pour comble de barbarie , on lui donne pour compagnon d'infortune son ennemi , son dénonciateur, cet Abdérab , l'auteur de tous ses maux. Ce malheureux avait été longtemps favori du prince , et venait d'ençqqrir sa disgrâce.
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Condamné à passer sa vie au fond de ce cachot ^ il le faisait retentir de ses cris de désespoir.
Asmolan regarde avec calme sa nouvelle demeure. « J^aimerais mieux , dit-il, être chez moi, ou bien assis à la table de mes amis. Mais conformons-nous à la volonté du ciel. Changerai-je ma situation en me livrant à la douleur ? Me rendrai-jc Mahomet plus favorable en murmurant contre les décrets de la Providence ? » Puis s'approchant de son compagnon : » Abdérab , lui dit-il , le tyran n'est pas si méchant qu'il le croit , puisqu'il a bien voulu nous réunir tous deux dans le même cachot. Le malheur que Ton partage n'est qu'un demi-malheur,, et je ne me plaindrai pas de mon sort si je puis te consoler. » A la voix d'Asmolan qu'il reconnaît, à ce discours où respire tant de bonté lorsqu'il mérite de si justes reproches , Abdérab pousse de nouveaux cris ; il tombe aux pieds d'Asmolan , il le conjure de le punir, d'assouvir une vengeance légitime , et de le délivrer du poids de ses malheurs et de ses remords. Asmolan le relève et lui dit : « Pauvre Abdérab ! pourquoi rapi)eler le souvenir du passé ? Pour désoler le présent et empoisonner l'avenir .' Ce qui est passé n'est plus, et le ciel ne donne à l'homme que le présent pour en jouir, et Tavehir pour espérer. Yoilà tout ce que nous possédions en réalité avant d'entrer ici; voilà tout ce que nous possédons encore. Nous sommes en prison tous les deux ; notre prison n'est pas belle , il faut l'avouer ; mais les reproches et la haine , loin de Tembellir, la rendraient plus affreuse encore. Pardonné-moi tes torts comme je te les pardonne ; je n'en ai pas souffert! Yoyons ce que nous avons de mieux à faire pour rendre notre sort le moins désagréable iqu'il sera possible ! »
Les remords d* Abdérab Tempéchent de répondre ; il fond en larmes et tombe aux genoux d'Asmolan, qui le relève et l'embrasse en souriant. Bientôt les deux prisonniers cherchent à adoucir leur captivité ; ils inventent
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une muliiUide de moyens pour abréger le temps ; mais Abdérab retombe souvent dans une profonde mélancolie. Le souvenir du passé le poursuit (onjoura , et son avenir se présente à ses yeux sans espérance et sans consolation. Asmolan relève son courage, et lui montre que ce qu'il regarde comme son avenir n^est qu'un instant rapide qui ne s'étend point au delà des bornes de la vie; il lui prouvei que l'avenir de Thomme n'est i)oiut sur cette terre , oà toutes nos espérances sont trompeuses , où le jour de la prospérité est souvent la veille dn jour de l'infortune; ii lui parle des vertus , lui enseigne i lea connaîtra , et par conséquente les aimer. L'âme d' Abdérab se remplit d'une forée nouvelle I le tumulte de ses passions s'apaise, el aes regrets perdent insensiblement leur amertume. Il n« conçoit pas comment il a pu si long-temps ignorer eea vé« rîtes si sublimes , si consolantes et si simples ; il offre au ciel tous les malheurs qu'il vient d'éprouver, comme uaei eipiation de sa fortune passée ; il va jusqu'à remercier If tyran; c'est à lui qu'il doit une autre âme, des jouis* saneea qu'il n'avait pas même soupçonnées, et des trésors que toutes les puissances de la terre ne peuvent ravir 4 eelui qui lea possède. Ces jours si longs, si terribles avant Tarrivée d' Asmolan , s'écoulent maintenant avec rapidité dans le» doux entretiens de laeonflanee, de la sagesse, de Tamitié et quelquefois de la gaieté.
Un moia s'était passé depuis le jour de la captivité d' Asmolan. Scha-Nessir veut voir jusqu'où peut aller l'ob-» stination du jeune Persan ; il se le fait amener devant toute sa cour, lié comme un criminel; puis il lui dit avea un sourire amer et dédaigneux s » Ëlt bien ! Asmolan , estu heureux maintenant? -^ O roi ! s^écrie Asmolan » faut* il que je te doive tous les jours de nouveaux bienfaits ? J'avais un ennemi cruel, et je puis , grâces à toi , lo compter au nombre de mes amis les plus ohers et les plus fidô* les. Tu m'avais donné pour compagnon d'infortune un malheureux qui ne pouvait me regarder sans rougir ; il
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était coui)ab1<ï , et je Tai rendu vertueux; je lui ai tlonhé, pour supporter sa destinée, la plus noble, la plus sublime espérance de Thomme. O roi ! c'est toi qui m\n8 procuré les moyens de faire tant de bien , et je t^en retn^èrcie.... — Ëh bien ! dît le roi avec fureur, que cet insensé soit conduit au supplice , quil meure par la liiain de$ bourreaux , à Taspect de tout mon peuple. Nous allons voir, jeune orgueilleux , si tu me braveras jusque sur l'é» chafoud et sous le glaive de la mort. ^^ Je ne te bvave point, dit Asmolan \ je cède âu t)OU^ir que le ciel irrité t'a donné de faire le mal. J'adore un Dieu jusque dans ïes fléaux que se cofète envoie aoit faoïUtneè pour les ptinif . Je ne te brave point , mais tti me demandes si je suis heureux , et je te dis la vérité. *
L'écbafaud est dressé ; tout le |ieup1e de Schiras , attiré par une curiosité cruelle , se précipité sur les pas dé là victime. AsmolAn payait au mtfièii des gardes du t^i qui, monté sar âon trdtie , domine la place publtitue. Asmolail a conservé toute sa sérénité ; ce n'est point ce eotirage affecté de Foi'gueil , qui combat fà nature datis ce moment terrible oô Thomme devrait être bien loin de Totgneil ; il marche sans fierté comme sans crainte. Il monté enfin sur Téc^afaud. Le bourrefaâ lève le bi*às et va frapper, lérsque Scha-Nesstt s'écHe avec ironie : « Ëh bien 1 Asmolan -, es-tn plus hettîieux ^tfe mot maintenant ? -^ Û roi , dit Asmolan , si tn voulais me rendre malbeunent , il fallait employer tout toil pouvoir à me foire commettre un crime ou une bassesse. Qn'al-je fait qui puisse fhé rendre malheureux ? Crois- tu donc qne la justice d'uA DteA ait remis le bonheur d*un homme eMre les mains cTun àuti*e , et que le ealifiie de la vertu pnisae être un moment troublé i>ar les caprices d'un tyran ? Je vais mourir, et ta me demandes si je suis plus heureux que toi ? CNi ! n tel pouvais lire dans mon c<eur, tn envierais ma lévite. J'ai employé le \yea de temps qne j'ai vécu à faire le bien , Ht di emploies tomies insiaiils ée loft existence à iàii^ des
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mallicurcux ; je louche au moment de recevoir la récom- , peuse que le ciel promet à Thomme juste , cl le temps n'est pas loin où tu recevras la peine due aux méchants. Ton cœur est sans cesse déchiré de remords, dévore de soupçons et d'ennuis; le mien vole vers son Dieu, pur et rempli d'espérances. Réponds-moi , Scha Nessir, dans ce moment solennel où Thomme n'a plus rien à espérer sur la terre, plus rien à redouter des méchants : réponds, c'est moi qui t'interroge , c'est moi qui te demande : Scha-Nessir, es-tu plus heureux qu'Asmolan ? »
A ces mots , à cette question inattendue , le roi se lève de son trône. Le plus grand silence règne dans cette immense assemblée ; tout le peuple , toute la cour sont dans l'attente. Scha-Nessir s'avance vers Asmolan , et lui dit : « Jeune homme , descends de ce vil échafaud où t'a conduit mon aveugle fureur; ton courage m'a vaincu, ta vertu ma subjugué. Sois mon ami , sois mon conseil ; je ne veux plus me séparer de toi : le bonheur est avec toi , auprès de toi , en toi. Je vois maintenant qu'il consiste dans la grandeur de l'âme , dans cette force de caractère plus puissante que toutes les puissances humaines, et qui nous élève au-dessus de toutes les destinées, sans efforts et sans nous faire sortir de ce calme inaltérable de la vertu. Viens à ma cour, tu seras mon premier visir ; ta sagesse sera mon égide , tu partageras ma puissance ; puisses- tu me faire partager ton bonheur !
» J'accepte le rang que tu m'offres , lui répond Asmolan. Peut-être ne serai-je pas plus malheureux dans la grandeur que dans mon cachot. Nous travaillerons ensemble au bonheur de tes sujets , ce sera travailler au tien. O roi , le bonheur est bien facile à trouver ; il est partout. S'il n'existe pas sur un trône , c'est la faute de celvii qui règne. »
Le premier soin d'Asmolan fut d'ouvrir la prison d'Abdérab qu'il regarda toujours comme un ami , et qui ne cessa japiais de mériter sa confiance et son estime. Quoi-
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que revêtu d'un grand pouvoir, le visir ne changea point de caractère ; il conserva le même enjouement cl fut entouré dans sa grandeur de ses amis qui ne Tavaient point abandonné dans l'infortune. A a comble de la gloire et de la prospérité , il sut jouir de sa puissance et de sa richesse. Un jour, dans une fête splendide , où le sage Asmolan avait réuni tout ce que le luxe asiatique peut offrir de plus rare et de plus précieux , tout ce que les arts ont de plus exquis, et où, le front rayonnant de plaisir et de gaieté , il recevait les hommages de tous les cœurs , un de ses amis s'approche de lui et lui dit en soui'iant : « £h bien ! Asmolan , es-tu heureux maintenant ? — Oui , répond le visir, oui , je suis heureux , à peu près comme en prison. »
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