CHAPITRE XXVU
en ridicule. Il forma le projet de ne pas dire un seul mot dans un pays dont il connaissait peu la langue.
En revanche, la petite gazelle commence à babiller, même en montant les degrés qui conduisent au palais ; elle dit les choses les plus flatteuses aux personnes qu'elle rencontre dans les antichambres, et sème à droite et à gauche les plus brillantes espérances. £n arrivant auprès du Grand Roi, qui est jeune et qui vient de monter sur le trône, elle fait un discours fort éloquent et fort persuasif, dans lequel elle prouve que les Persans seront le plus heureux de tous les peuples, sous les lois d'un prince qui réunit tous les talents et toutes les vertus. £l}e le compare aux plus grands hommes des siècles passés , et démontre, sans réplique, qu'il est encoce cent fois plus grand. Je ne sais même si elle n^alla pas jusqu'à lui faire entendre qu'il était un dieu ; ce qu'il y a de sûr, c^est qu^elle lui dit qu'il n'était pas un homme ; que le roi fut très-content de l'orateur, voulut le garder auprès de lui, et que Bardouc fut revêtu d'une des plus belles places de la cour.
Pour le pauvre bouc , fidèle à son système, il ne desserre pas les dents, et semble avoir oublié tout ce qu'il savait ; Bardouc, le regardant désormais comme un être inutile, prit le parti de le reléguer dans un coin de l'écurie. Perdant le souvenir de ce compagnon fidèle, qui n'avait d'autre tort que celui de contrarier souvent la petite gazelle, il s'abandonne tout entier à cette dernière, à laquelle il est redevable de sa fortune et de son élévations
On ne s'entretient à la cour et au sérail que de l'esprit et de la gentillesse de la gazelle ; c'est à qui flattera tous ses caprices. Elle a l'oreille du Grand Roi, et se voit bientôt la dispensatrice de toutes les faveurs. C'est elle que l'on consulte, que l'on sollicite; c'est elle qui promet ou refuse, punit ou récompense. Il y avait à la cour des hommes d'un mérite distingué, d'anciens serviteurs qui, sous le dernier règne , avaient donné les plus grandes
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pfWTW da dévoniment et de flddilâ : ils dédaignèrent de se prêter à toutes les ftniaiïie» de la gazelle. Les plus NGikitnntg (tirent jetés en prisun , les autre* furent exilée ; i» oour tilt entièrement peuplée de nouveaux venus. dérooAa i touB les intérêts da la jolie gazelle.
Le roi la consulte sur toutes lei« alTairei du royaume ; c'est elle qui fait la guerre ou la paix. Elle est d'une actîrité prodigieuse ; d'un clin d'œil elle met tout en inouve- Tement ; elle ne trouve rien de si beau , de si grand, de si admirable que les conquêtes, et voudrait conquérir le monde entier dans un jour.
Le ro( entre quelquefois dans des détails purement administratifs : car il a, dil-il, le plus grand désir de rendre ses sujets heureux. La gazelle seule est chargée de lui donner tous les renseignements qu'il demande, et le Grand ttoi volt tout en beau.
Bardonc jouit d'un prodigieux crédit. Après avoir rempli plusieura postes très- importants , il se voit élevé Â la dignité de grand-visir. Il est à la télé des années; ta gazelle dirige elle-même les opérations militaires , trace des plans de campagne, décide du momeni d'une bataille , ne sait pas un seul mot du métier, et remporte des victoires. Quelquetois pourtant il lui arrive d'être battue ; mail elle a assez d'éloquence pour persuader au Grand Itoi qu'elle est victisleuse , ce qui revient à peu près au même.
Tandis qu'elle joue un si beau râle , le pauvre bouc est *"'JJDUTS confiné dans le coin le plus obscur de l'écurie , QChant sur la paille , taisant maigre chère , insulté par I valets , comme s'il déshonorait par sa présence le lieu 'il habite. 11 souffre patiemment tous ces outrages. Elélts ! dil-il en lui-même , ce n'est pas la première Toia e la raison est condamnée à l'obscurité et au silence, 'elle est réduite à coucher sur la paille, tandis que les wiuns et la folie gouvernent à leur gré les empires , ivent dans des coupes d'or, et sommeillent sur des lits tdredon. a