‹ Œuvres du Comte de Lacépède: comprenant l'histoire naturelle des ..., Volume 2Chapitre 134 sur 658 · I. A la première nageoire du dos. 45 * ayons · texte numérisé non relu

I. A la première nageoire du dos. 45 * ayons

à la seconde ...... 4 9

à la troisième 21

à chacune des nageoires pectorales. ...... . «

• chacune des jugulaires. . . <J

à la première de l'anus. . . 47

à la seconde . . . • « • 4S

à la nageoire de la queue. . *0

GADE MORUE

l*s morues parviennent très * souvent à une grandeur assez considérable pour peser un myriagramme : mais ce n'est pas ce poids qui indique la dernière limite de leurs dimensions. Suivant le savant Pennant, on en a vu , auprès des côtes d* Angleterre , une qui pesoit prés de quatre myriagrammes, et qui avoit plus de dix -huit décimètres de longueur , sur seize décimètres de circonférence, à l'endroit le plus gros du corps.

L'espèce que nous décrivons est d'ailleurs d'un gris cendré , tacheté de jaunâtre sur le dos. La partie inférieure du corps est blanche, et quelquefois rougeâtre, avec des taches couleur d'or dans les jeunes individus. Les nageoires pectorales sont jaunâtres ; une teinte grise distingue les jugulaires , ainsi que la seconde de l'anus. Toutes les autres nageoires présentent des taches jaunes.

C'est principalement en examinant avec soin les organes intérieurs de la morue que Camper, Monro, et d'autres habiles anatomistes, sont parvenus à jeter un grand jour sur la structure interne des poissons , et particulièrement sur celle de leurs sens. On peut voir, par exemple, dans Monro , une très-belle description de l'ouïe de la morue : mais nous nous sommes déjà assez occupé de l'organe auditif des poissons , pour devoir nous contenter d'ajouter à tout ce que nous avons dit, et relativement au gade morue , que le grand os auditif contenu dans un sac placé à côté des canaux appelés demi- circulaires, et le petit os renfermé dans la cavité qui réunit le canal supérieur au canal moyen, présentent un volume assez considérable , proportionnellement à celui de l'animal ; que c'est à ces deux os qu'il faut rapporter les petits corps que l'on trouve dans les cabinets d'histoire naturelle , sous le nom de pierres de ma» rue ; qu'un troisième os que l'on a découvert aussi dans l'anguille et dans d'autres osseux dont nous traiterons avant de terminer cet ouvrage, est situé dans le creux qui sert de communication aux trois canaux demi - circulaires ; et que la grande cavité qui comprend ces mêmes canaux est remplie d'une matière visqueuse , au milieu de laquelle sont dispersés de petits corps sphériques auxquels aboutissent des ramifications nerveuses.

De petits corps semblables sont attachés à la cervelle et aux principaux rameaux des nerfs.

Si de la considération de roule de la.

morue nous passons à celle de ses organes digestifs, nous trouverons qu'elle peut avaler dans un très-court espace de temps une assez grande quantité d'alimens. Elle a en effet un estomac très • volumineux ; et l'on voit auprès du pylore six appendices ou petits canaux b ranch us. Elle est liésvorace; elle se nourrit de poissons, de mollusques et de crabes. Elle a des sucs digestifs si puissans et d'une action si prompte , qu'en moins de six heures un petit poisson peut être digéré en entier dans son canal intestinal. De gios crabes y sont aussi bientôt réduits en chyle ; et avant qu'ils ne soient amenés à l'état de bouillie épaisse ,leur tét s'altère, rougit comme celui des écrevisses que l'on met dans de l'eau bouillante, et devient trés-mou.

La morue est même si goulue , qu'elle avale souvent des morceaux de bois ou d'autres substances qui ne peuvent pas servir à sa nourriture : mais elle jouit de la faculté qu'ont reçue les squales , d'autres poissons destructeurs, et les oiseaux de proie; elle peut rejeter facilement les coips qui l'incommodent.

L'eau douce ne paroSt pas lui convenir ; on ne la voit jamais dans les fleuves ou les rivières : elle ne s'approche même des rivages, au moins ordinairement, que dans le temps du frai ; pendant le reste de l'année , elle se tient dans les profondeurs des mers , et par conséquent elle doit être placée parmi les véritables poissons pélagtens. Elle habite particulièrement dans la portion de l'Océan septentrional comprise entre lé quarantième degré de latitude et le soixante-sixième : plus au nord ou plus au sud , elle perd de ses qualités ; et voilà pourquoi apparemment elle ne doitpas être comptée parmi les poissons de la Méditerranée ou des autres mers intérieures, dont l'entrée , plus rapprochée de l'équateur que le quarantième degré, est située hors des plages qu'elle fréquente.

On la pèche dans la Manche , et on la prend auprès des côtes du Kamtschatka , vers le soixantième degré t mais dans la vaste étendue de l'Océan boréal qu'occupe cette espèce , on peut distinguer deux grands espaces qu'elle semble préférer. Le premier de ces espaces remarquables peut être conçu comme limité d'un côté par le Groenland et par l'Islande de l'autre, par la Norvège , lés côtes du Danemarck , de l'Allemagne , de la Hollande , de l'est et du nord de la Grande-Bretagne , ainsi que des lies Grades ; U comprend les endroits

LE GADE MORUE

désignés par les noms de Dogger - bank , WellÙank et Cromer ; et on peut y rapporter les petits lacs d'eau salée des îles de l'ouest de l'Ecosse , où des troupes considérables de grandes morues attirent, principalement vers Gareloch, les pêcheurs des Orcades , de Peterhead , de Portsoy , de Firth et de Murray.

Le second espace , moins anciennement connu, ihais plus célèbre parmi les marins, renferme lesplages voisines de la Nouvelle- Angleterre, du cap Breton, de la Nouvelle- Ecosse, et surtout de l'île de Terre-Neuve, auprès de laquelle est ce fameux banc de sable désigné par le nom de Grand-Banc , qui a prés de cinquante myriamètres de longueur sur trente ou environ de largeur, au-dessus duquel on trouve depuis vingt jusqu'à cent mètres d'eau , et près duquel les morues forment des légions très-nombreuses , parce qu'elles y rencontrent en très - gi-ande abondance les harengs et les autres animaux marins dont elles aiment à se nourrir.

Lorsque , dans ces deux immenses portions de mer , le besoin de se débarrasser de la laite ou des œufs, ou la nécessité de pourvoir à leur subsistance , chassent les morues vers les côtes, c'est principalement prés des rives et des bancs couverts' de crabes ou de moules qu'elles se rrssemblent ; et elles déposent souvent leurs œufs sur des fonds rudes au milieu des roclfers.

Ce temps du frai , qui entraîne les morues vers les rivages, est très-vaiiable, suivant les contrées qu'elles habitent , et l'époque à laquelle le printemps ou l'été commence â régner dans ces mêmes contrées.

Communément c'est vers le mois de pluviôse qnc ce frai a lieu auprès de la Norvège, du Danemarck, de l'Angleterre, de l'Ecosse , etc. : mais comme l'île de Terre-Neuve appartient à l'Amérique septentrionale, et par conséquent à un continent beaucoup plus froid que l'ancien , l'époque de la ponte et de la fécondation des œufs y est reculée jusqu'en germinal.

Il est évident r d'après tout ce que nous venons de dire , que cette époque du frai est celle que l'on à dû choisir pour celle de la pêche. Il y a donc eu diversité de temps pour cette grande opération de la recherche des morues , selon le lieu où on a désiré de les prendre ; et de plus, il y a eu différence dans les moyens de parvenir aies saisir, suivant les nations qui se sont occupées de leur poursuite : mais depuis pfasieurt siècles les peuples industrieux et

marins de l'Europe ont senti l'importance de la pêche des morues, et s'y sont livrés avec ardeur. Dés le quatorzième siècle , les Anglais et les habitans d'Amsterdam ont entrepris cette pèche , pour laquelle les Islandais, les Norvégiens, les Français et les Espagnols ont rivalisé avec eux plus ou moins heureusement ; et vers le commencement du seizième, les Français ont envoyé sur le gi-and banc de Terre-Neuve les premiers vaisseaux destinés à en rapporter des morues. Puisse cet exemple mémorable n'être pas perdu pour les descendans de ces Français ! et lorsque la grande nation verra luire le jour fortuné où l'olivier de la paix balancera sa tête sacrée , au milieu des lauriers de la victoire et des palmes éclatantes du génie , au-dessus des innombrables monumens élevés à sa gloire , qu'elle n'oublie pas que son zèle éclairé pour les entreprises relatives aux pêches importantes sera toujours suivi de l'accroissement le plus rapide de ses subsistances , de son commerce , de son industrie, de sa population, de sa marine , de sa puissance , de son bonheur !

Dans la première des deux grandes surfaces où l'on rencontre des troupes trèsnombreuses de morues, et par conséquent dans celle où Ton s'est livré pîus anciennement à leur recherche , on n'a pas toujours employé les moyens les plus propres à atteindre le but que l'on auroit dû se proposer. Il a été un temps, par exemple, où sur les côtes de Norwège on s'étoit servi de filets composés de manière à détruire une si grande quantité de jeunes morues» et à dépeupler si vite les plages qu'elles avoient affectionnées, que, par une suite de ce sacrifice mal entendu de l'avenir au présent , un bateau monté de quatre hommes ne rapportoit plus que six ou sept cents de ces poissons, de tel endroit où il en auroit pris, quelques années auparavant, près de six mille.

Mais rien n'a été négligé pour les pèches faites dans les dix-septième et dix-huitiéme siècles, aux environs de l'île de Terre- Neuve.

Premièrement, on a recherché avec le plus grand soin les temps les plus favorables; c'est d'après les résultats des observations faites à ce sujet que, vers ces parages , il est très-rare qu'on continue la poursuite des morues après le mois de prairial , époque à laquelle les gades dont non* écrivons l'histoire s'éloignent à de grandes distances de ces plages, pour cher*

ES GADR MORUE.

fît

eke» «ne nourriture plu» abondante, oit éviter la dent meurtrière des squales et d'autres babitans des mers redoutables par leur férocité. Les morues reparoissent auprès des côtes dans le mois de vendémiaire, ou aux environs de ce mois : mais dans cette saison , qui touche d'un côté à l'équinoxe de l'automne, et de l'autre aux frimas de l'hiver, et d'ailleurs auprès de l'Amérique septentrionale, où les froids sont plus rigoureux et se font sentir plus tôt que sous le même degré de la partie boréale de l'ancien continent , les tempêtes et même les glaces peuvent rendre très-souvent la pê-r cbe trop incertaine et trop dangereuse, pour qu'on se détermine à s'y bvrer de nouveau, sans attendre le printemps suivant.

En second lieu , les préparatifs de cette importante et lointaine recherche des morues qui se montrent auprès de Terre- Neuve ont été faits , depuis un très-grand nombre d'années, avec une prévoyance très -attentive. C'est dans ces opérations préliminaires qu'on a suivi avec une exactitude remarquable le principe de diviser le travail pour le rendre plus prompt et plus voisin de la perfection que l'on désire ; et ce sont les Anglais qui ont donné à cet égard l'exemple à l'Europe commerçante.

La force des cordes ou lignes , la nature des hameçons, les dimensions des bâtimens, tous ces objets ont été déterminés avec précision. Les lignes ont eu depuis . un jusqu'à deux centimètres, ou à peu prés, de circonférence , et quelquefois cent quarante-cinq mètres de longueur : elles ont été faites d'un très-bon chanvre, et composées de fils très-fins, et cependant très- .forts, afin que les morues ne fussent pas trop effrayées , et que les pêcheurs pussent sentir aisément l'agitation du poisson pris , relever avec facilité les cordes et les retirer sans les rompre»

Le bout de ces lignes a été garni d'un plomb qui a eu la forme d'une poire ou d'un cylindre , a pesé deux ou trois kilogrammes, selon la grosseur de ces cordes, et a soutenu une empile longue" de quatre à cinq mètres*. Communément les vaisseaux employés pour la pêche des morues ont été de cent cinquante tonneaux au plus, et de trente hommes d'équipage. On a emporté des vivres pour deux, trois et jusqu'à

X, IVous avons vu, dans l'article de la raU bouclée, que l'empile est un fil de clianvre, de \ crin, ou de me'tal, auquel le haim ou hameçon ' rst attaché.

boit mois, sekm la togoeur dm temps que

Ton a cru devoir consacrer au voyage. Oa tt'a pas manqué de se pourvoir de bois pour aider le dessèchement des morues, de sel pour les conserver, de tonnes et de petits barils pour y renfermer les différentes parties de ces animaux déjà préparées.

Des bateaux particuliers ont été destinés à aller pécher, même au loin, les mollusques et les poissons propres à faire des ap. pats, tels que des sépies, des harengs, des éperlans , des trigles, des maquereaux , des cape la n s, etc.

On se sert de ces poissons quelquefois lorsqu'ils sont salés, d'autres fois lorsqu'ils n'ont pas été imprégnés de sel. On en em-r ploie souvent avec avantage de digérés à demi. On remplace avec succès ces poissons corrompus par des fragmens d'écrevisses ou d'autres crabes, du lard et de la viande gâtée. Les morues sont même si imprudemment goulues, qu'on les trompe aussi en ne leur présentant que du plomb ou de l'étain façonné en poisson, et des morceaux de drap rouge semblables par la couleur à de la chair ensanglantée ; et si l'on a besoin d'avoir recours aux appâts les plus puissans , on atr tache aux hameçons le cœur de quelque oiseau d'eau , ou même une jeune morue encore saignante ? car la voracité des gades .que nous décrivons est telle, que, dans les momens où la faim les aiguillonne, ils ne sont retenus que par une force supérieure à la leur, et n'épargnent pas leur propre espèce.

Lorsque les précautions convenables n'ont pas été oubliées, que l'on n'est contrarié ni pas de gros temps ni par des circonstances extraordinaires, et qu'on a bien choisi le rivage ou le banc, quatre hommes suffisent pour prendre par jour cinq ou six cents morues.

L'usage le plus généralement suivi sur le grand banc, est que chaque pécheur établi

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bourlet de | sa ligne , ei Peau, delà de la dérive, mouvemens le fond con les poids d Néanmoins rent de tera ques mètre; tout-à-coup flairer les a] leur faire pi noie mens d

LE GADE MORUE

lort ont ptui de rapports me leur proie ordinaire.

Les mornes devant être consommées à des distances immenses du lieu où on les pèche, on a été obligé d'employer divers moyens propres à garantir de toute altération leur chair et plusieurs autres de leurs parties. Ces moyens se réduisent à les faire saler ou sécher. Ces opérations sont souvent exécutées par les pêcheurs, sur les vaisseaux qui les ont amenés ; et on imagine bien, surtout d'après ce que nous avons déjà dit, qu'afin de ne rien perdre de la durée ni des objets du voyage , on a établi sur ces bâtimens le plus grand ordre dans la disposition du local, dans la succession des procédés, et dans la distribution des travaux entre plusieurs personnes dont chacune n'est jamais chargée que des mêmes détails.

Les mêmes arrangemens ont lieu sur la côte, mais avec de bien plus grands avantages, lorsque les marins occupés de la pêche des morues ont à terre, comme les Anglais, des etablissemens plus ou moins commodes, et dans lesquels on est garanti des effets nuisibles que peuvent produire les vicissitudes de l'atmosphère.

Mais soit à terre , soit sur les vaisseaux, on commence ordinairement toutes les préparations de la morue par détacher la langue et couper la tête de l'animal. Lorsqu'eux suite on vent saler ce gade ♦ on l'ouvre dans sa partie inférieure ; on met à part le foie; et si c'est une femelle qu'on a prise , on ôte les œufs de l'intérieur du poisson : on habille ensuite la morue, c'est-à-dire, en termes de pêcheur, on achève de l'ouvrir depuis la gorge jusqu'à l'anus, que les marins nomment nombril, et on sépare des muscles, dans cette étendue, la colonne vertébrale , ce qu'on nomme désosser la morue.

Pour mettre les gades dont nous nous occupons, dans leur premier sel, on remplit, le plus qu'on peut, l'intérieur de leur corps de sel marin, ou muriate de soude; on en frotte leur peau ; on les range par lits dans un endroit particulier de l'établissement construit à terre, ou de l'entrepont ou encore de la cale du bâtiment, si elles sont préparées sur un vaisseau, et on place une couche de sel au-dessus de chaque lit. Les morues restent ainsi en piles pendant un, deux ou plusieurs jouis, et quelquefois aussi entassées sur une sorte de gril, jusqu'à ce qu'elles aient jeté leur sang et leur eau ; puis on les change de

place, et on les sale à demeure, en les arrangeant une seconde îois par lits, entre lesquels on étend de nouvelles couches de sel.

Lorsqu'en habillant les morues , on se contente de les ouvrir depuis la gorge jus* qu'à l'anus , ainsi que nous venons de le dire, elles conservent une forme arrondie du côté de la queue , et on les nomme morues rondes. Mais le plus graud nombre des marins Occupés de la pêche de Terre- Neuve remplacent cette opération par la suivante, surtout lorsqu'ils salent de grands individus. Ils ouvrent la morue dans toute sa longueur, enlèvent la colonne vertébrale tout entière, habillent le poisson à plat; et la morue ainsi habillée se nomme morue plate. '

Si, au lieu de saler les gades morues, on veut les faire sécher , on emploie tous les procédés que nous avons exposés , jusqu'à celui par lequel elles reçoivent leur premier sel. On les lave alors, et on les étend une à une sur la grève ou sur des rochers1, la chair en haut, de manière qu'elles ne se touchent pas; quelques heures après on • les retourne. On recommence ces opérations pendant plusieurs jours, avec celte différence, qu'au lieu d'arranger les morues une à une, on les met par piles, dont on accroît successivement la hauteur, de telle sorte que , le sixième jour , ces paquets sont de cent cinquante, ou deux cents, et même quelquefois de cinq cents myriagrammes. On empile de nouveau les morues à plusieurs reprises, mais à des intervalles de temps beaucoup plus grands, et qui croissent successivement ; et le nombre ainsi que la durée de ces reprises sont proportionnés à la nature du vent , à la sécheresse de l'air, à la chaleur de l'atmosphère, à la force du soleil.

Le plus souvent , avant chacune de ces reprises, on étend les mornes une à une, et pendant quelques heures. On désigne les divers empilemens, en disant que les morues sont a leur •premier, à leur second, à leur troisième soleil, suivant qu'on les met en tas pour la première, la seconde ou la troisième fois; et communément les morues reçoivent dix soleils avant d*être entièrement séchéés.

Lorsque l'on craint la pluie, on les porte sur des tas de pierres placés dans des ca-

l. Le nom allemand de klipjlsch (poisson de rocher ), que l'on donne aux mornes sèches, vis** de la nature du terrain sur lequel «lies sont s©** vent desséchées,

LE GADE MORUE

banes, ou, pour mieux dire , sons des bangars qui n'arrêtent point l'action des courans d'air.

Quelques peuples du nord de l'Europe emploient, pour préparer ces poissons, quelques procédés, dont un des plus connus consiste à dessécher ces gades sans sel, en les suspendant au-dessus d'un fourneau, ou en les exposant aux vents qu( régnent dans leurs contrées pendant le printemps. Les morues acquièrent par cette opération une dureté égale à celle du bois, d'où leur est Tenu le nom de stock- fish (poisson en bâton) ; dénomination qui, selon quelques auteurs, dérive aussi de l'usage où l'on est, avant d'apprêter du stock- fish pour le manger, de le rendre plus tendre en le battant sur un billot.

Les commerçans appellent, dans plusieurs pays, morue blanche, celle qui a été salée, mais sécbée promptement, et sur laquelle le sel a laissé une sorte de croûte blanchâtre. La morue noire, pinnée ou bruinée, est celle qui, par un dessèchement plus lent, a éprouvé un commencement de décomposition, de telle sorte qu'une partie de sa graisse, se portant à la surface, et s'y combinant avec le sel, y a produit une espèce de poussière grise ou brune, répandue par taches.

On donne aussi le nom de morue verte à la morue salée , de merluche à la morue sèche, et de cabillaud à la morue préparée et arrangée dans des barils du poids de dix à quinze myriagrammes, et dont une douzaine s'appelle un leth dans plusieurs ports septentrionaux d'Europe.

Mats d'ailleurs un grand nombre de places de commerce ont eu, ou ont encore, différentes manières de désigner les morues distribuées en assortimens, d'après les divers degrés de leurs dimensions ou de leur bonté. A Nantes, par exemple, on appeloit grandes morues, les morues salées qui étoient assez* longues pour que cent de ces poissons pesassent quarante-cinq myriagrammes; morues moyennes, celles dont le cent ne pesoit que trente myriagrammes ; raguets, ou petites morues, celles de l'assortiment suivant; et rebuts, lingues, ou très-petites morues, celles d'un assortiment plus inférieur encore.

Sur quelques côtes de la Manche, le nom de morue gaffe indiquoit les trèsgrandes morues; cinq autres assortimens inférieurs étoient indiqués par les dénominations de morue marchande, de morue trie, de raguet ou lingue, de morue valide

ou patelet, et de morue viciée, appellation qui appartenoit en effet à la plus mauvaise qualité.

Dans ce même port de Nantes dont nous venons de parler, les morues sèches étoient divisées en sept assortimens, dont les noms étoient, suivant l'ordre de la supériorité des uns sur les autres, morue pwée , morue grise, grand marchand, moyen marchand, petit marchand ou fourillon, grand rebut et petit rebut,

A Bordeaux, à Bayonne, et dans plusieurs ports de l'Espagne occidentale , on ne distinguoit que trois assortimens de morue, le marchand, le moyen, et le rebut.

Au reste, les muscles des morues ne sont pas les seules portions de ces poissons dont on fasse un grand usage ; il n'est presque aucune de leurs parties qui ne puisse servir à la nourriture de l'homme ou des animaux.

Leur langue fraîche et. même salée est un morceau délicat ; et voilà pourquoi on la coupe avec soin , dès le commencement de la préparation de ces poissons.

Les branchies de la morue peuvent être employées avec avantage comme appât dans la pêche que l'on fait de ce gade.

Son foie peut être mangé avec plaisir : mais d'ailleurs il est très-grand relativement au volume de l'animal, comme celui de presque tous les poissons; et on en retire une huile plus utile dans beaucoup de circonstances que celle des baleines, laquelle cependant est très-recherchée dans le commerce. Elle conserve bien plus long-temps que ce dernier fluide la souplesse des cuirs qui en ont été pénétrés ; et lorsqu'elle a été clarifiée , elle répand , en brûlant, une bien moindre quantité de vapeurs.

On obtient avec la vessie natatoire de la morue une colle qui ne le cède guère à celle de l'acipensére huso , que l'on fait venir de Russie dans un si grand nombre de contrées d'Europe *. Four la réduire ainsi en colle , on la prépare à peu prés de la même manière que celle du huso ; on la détache avec attention de la colonne vertébrale; on en sépare toutes les parties étrangères, on en ôte la première peau, on la met dans de l'eau de chaux pour achever de .la dégraisser, on la lave , on la ramollit , on la pétrit, on la façonne, on la fait sécher avec soin ; on suit enfin tous les pro-

i. Voyei, dans cette Histoire, l'article del'«* cioensvre huso*

LE GADfi MORUE.

cédés que toons avons indiqués dans l'histoire du hUso : et si des circonstances de temps et de lieu ne permettent pas aux pêcheurs, comme, par exemple, à ceux de Terre-Neuve , de s'occuper de tous ces détails immédiatement après la prise de la morue , un mange ta vessie natatoire , dont le goût n'est pas désagréable , ou bien on la sale ; on la transporte ainsi imprégnée de muriate de soude à des distances plus ou moins grandes; on la conserve plus ou moins long-temps; et lorsqu'on veut en faire usage , il suffit presque toujours de la faire dessaler et ramollir, pour la rendre susceptible de se prêter aux mêmes opérations que lorsqu'elle est fraîche.

La tête des morues nourrit les pêcheurs de cesgadeset leurs familles. En Norwége, •n la donne aux vaches ; et on y a éprouvé que mêlée avec des plantes marines, elle augmente la quantité du lait de ces animaux , et doit être préférée , pour leur aliment , à la paille et au foin»

Les vertèbres , les côtes et les autres os ou arêtes des gades morues, ne sont pas non plus inutiles : ils servent à nourrir le bétail des Islandais. On en donne à ces chiens de Kamtscnatka que Ton attelé aux traîneaux destinés à glisser sur la glace, dans cette partie septentrionale de l'Asie; et dans d'autres contrées boréales , il sont assez im. prégnés de substance huileuse pour être employés à faire du feu , surtout lorsqu'ils nnt été séchés au point convenable*

On ne néglige même pas les intestins de la morue, que l'on a nommés dans plusieurs endroits, noues ou nos; et enfin on prépaie avec soin, et on conserve pour la table» les œufs de ce gade , auxquels^ a donné k dénomination de vogues ou de raves*

Tels sont les procédés et les fruits de ces pêches importantes et fameuses qui ont employé dans la même année jusqu'à vingt mille matelots d'une seule nation **

On aura remarqué san6 doute que nous n'avons parlé que des pêcheries établies dans l'hémisphère boréal, soit auprès des côtes de l'ancien continent, soit auprès de celles du nouveau. A mesure que l'on connoîlra mieux ? nature des rivages des lies ou des cou Une n s particuliers de l'hémisphère austral , et particulièrement de ceux de l'Amérique méridionale, tant du côté de l'orient que du côté de l'ocGident. il est à présumer que l'on découvrira des plages où la température de la mer, la profon-

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