‹ Œuvres du Comte de Lacépède: comprenant l'histoire naturelle des ..., Volume 2Chapitre 23 sur 658 · B LES CHIMERES · texte numérisé non relu

B LES CHIMERES

le roi des animaux : on a donné aussi un empire à la chimère ; et si l'on n'a pu supposer sa puissance établie que sur une seule espèce , on Ta fait régner sur une des plus nombreuses, el plusieurs auteurs l'ont appelée le roi des harengs , dont elle agite et poursuit les immenses colonnes.

On ne connoît encore dans le genre de la chimère que deux espèces; l'arctique dont nous nous occupons, et celle à laquelle nous avons donné le nom d* antarctique. Leurs dénominations indiquent les contrées du globe qu'elles habitent ; et c'est encore un fait digne d'être observé, que ces deux espèces , qui ont de très-grands rapports dans-leurs formes et dans leurs habitudes, soient séparées sur le globe par les plus grands intervalles; que l'une ne se trouve qu'au milieu des mers qui environnent le pôle septentrional, et qu'on ne rencontre l'autre que dans les eaux situées auprès du pôle antarctique, et particulièrement dans la partie de la mer du Sud qui avoisihe ce dernier pôle. On diroit qu'elles se sont partagé les zones glaciales. Aucune de ces deux espèces ne s'approche que rarement <Jes, contrées tempérées ; elles ne se plaisent , pour ainsi dire , qu'au milieu des montagnes de glace , el des tempêtes qui Bouleversent tsi ^souvent les plages polaires ; et si l'antarctique s'avance , au milieu des flots de la mer du Sud, beaucoup plus prés des tropiques, que la chimère arctique au milieu des ondes agitées de l'Océan boréal , c'est que l'hémisphère austral , plus froid que celui que nous habitons , offre une température moins chaude à une égale distance de la li^ne équatoriale , et que la chimère antarctique peut trouver dans cet hémisphère , quoique une plus grande proximité de la zone torride , le même degré de froid, la même nature ou là même abondance d'alimens, et les mêmes facilités pour la fécondation de ses œufs, que dans l'hémisphère septentrional.

Aïais avant de parler plus au long de cette espèce antarctique , continuons de faire connoftre la chimère qui habite dans notre hémisphère, qui de loin ressemble beaucoup a un squale , et qui parvient au moins àlrojs pieds de longueur.

Le corps de la chimère arctique est un P6« comprime par les côtés , très- allongé » et va en diminuant très - sensiblement de gnpSSftur depuis les nageoires pectorales ju^JH-à ^extrémité de là queue. La peau qui 1* cevêt est souple , lisse , et présente dfegoaies si petites, iju'eltes échappent,

pour ainsi dire , au toucher , et cependant si argentées , que tout le corps de la chimère brille d'un* éclat assez vif. Quelquefois des taches brunes, répandues sur ce fond , en relèvent là blancheur.

La tète est grande , et représente une sorte de pyramide , dont le bout du museau forme la pointé, et dont le sommet est presque à la même hauteur que les yeux. Le tégument mou et flexible qui la couvre est plissé dans une très-grande étendue du côté inférieur, et percé dans cette méat* partie , ainsi que sur les faces latérales , d'un nombre assez considérable de pores arrondis , grands , et destinés à répandre une mucosité plus ou moins gluante.

Les yeux sont très - gros. A une petite distance de ces organes, on voit de chaque côté du corps une ligne latérale blanche , et quelquefois bordée de brun, qui s'étend jusque vers le milieu de la queue, y descend sous la partie inférieure de l'animal ' et va s'y réunir à la Hgne latérale de eét* opposé. Vers la tête, la ligne latérale se divise en plusieurs branches plus ou moins sinueuses, dont une s'élève sur le dos, et va joindre un rameau analogue de la ligne latérale opposée. Deux autres branches entourent Fcm! , et se rencontrent à l'extré-' mite du museau ; une (Quatrième va à la commissure de la bouche; et une cinquième, placée au-dessus de cette dernière , serpente sur la portion inférieure du museau, où elle se confond avec une branche semblable, partie du côté correspondant à celui qu'eue a parcouru. Tous ces rameaux forment des sillons pis* ou meinsjprofonds. et plus ou moin* interrompus par des pores arrondis.

Les nageoires pectorales font très-gmndes, un peu en forme de faux, et attachées à une prolongation charnue» Gelle do dos commence par un rayon triangulaire trèsallongé , très-dur , et dentelé par derrière : sa hauteur diminue ensuite tout d'un coup? mais bientôt après elle se relève, et s'étend jusques assez loin au - delà de Fanas * en montrant toujours à peu près la même élévation. Là on intervalle très-peu sensible la sépare quelquefois d'une espèce de seconde nageoire dorsale , dont les rayons ont d'abord la même longueur <pm les derniers de la première , et qui s'abaisse ensuite insensiblement jusque vers l'extrémité de la queue, où elle disparaît. D'antres fois cet intervalle n'existe point ; et bien loin depou-von agngter trois n aff aiWS sur le dos de la chimère ajctifW* «fl# ÇQ*

LES CHIMÈRES plusieurs naturaliste» l'ont écrit, on n'y en ▼oit qu'une seule*

Le bout de la queue est terminée par an filament très-long et très-délié. 11 y a deux nageoires de l'anus: la première, qui est très-courte et un peu en forme de faux, ne commence qu'au-delà de l'endroit où les lignes latérales aboutissent l'une à l'autre ; la seconde est très • étroite et se prolonge peu. Les nageoires ventrales environnent l'anus, et tiennent, comme les pectorales, à un appendice charnu.

La bouche est petite ; l'on voit à chaque mâchoire deux -lames osseuses, à bords tranchans, et sillonnées assez profondément pour ressembler aune rangée de dents incisives, et très-distinctes l'une de l'autre; il y a de plus au palais deux dents communément aplaties et triangulaires.

indépendamment de la petite houppe qui orne le bout du museau du mâle , et dont nous avons parlé, il a, au-devant des nageoires ventrales, deux espèces de petits pieds, ou plutôt d'appendices , garnis d'ongles destinés à retenir la femelle dans l'accouplement. La chimère s'accouple donc comme Jes raies et les squales ; les œufs sont fécondés dans le ventre de la mère , et l'on doit penser que le plus souvent ils éclosent dans ce même ventre comme ceux des squales et des raies : mais ce qui est plus digne de remarque, ce qui lie la classe des poissons avec celle des serpens, et ce qui rend les chimères des êtres plus extraordinaires et plus singuliers, c'est que, seules parmi tous les poissons connus jusqu'à présent, elles paroissent féconder leurs œufs non -seulement pendant un accouplement réel , mais encore pendant une réunion intime, et par une véritable intromission.- Plusieurs auteurs ont écrit en effet que les chimères mâles avoient une sorte de verge double ; et j'ai vu sur une femelle assez grande , un peu au - delà de l'anus , deux parties très- rapprochées, saillantes, arron- » dies, assez grandes, membraneuses, plissées, extensibles, et qui présentoient chacune l'origine d'une cavité que j'ai suivie jusque dans l'ovaire correspondant. Ces deux appendices doivent être considérés comme une double vulve destinée à recevoir le double membre génital du mâle ; et

pendant attaquer ces légions innombrables de harengs dont la mer du Nord est couverte à certaines époques de l'année, les poursuivre , et faire sa proie de plusieurs de ces foibles animaux.

Au reste , les Norvégiens , et d'autres habitans des côtes septentrionales, vers lesquelles il s'avance quelquefois , se nourrissent de ses œufs, et de son foie„ qu'ils préparent avec plus ou moins de soin.

LA

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