‹ Œuvres du Comte de Lacépède: comprenant l'histoire naturelle des ..., Volume 2Chapitre 347 sur 658 · LE MULLE ROUGET · texte numérisé non relu

LE MULLE ROUGET

•■iers évalués a des tommes excessives.

• Maintenant c'est au prix des triomphes

• qu'on achète et les cuisiniers et les pois- » sons qu'ils doivent préparer. • Et que ce luxe absurde, ces plaisirs féroces, cette prodigalité folle, ces abus sans reproduction, cette ostentation sans goût, ces jouissances sans délicatesse , cette vile débauche, cette plate recherche, ces appétis de brute, qui te sont engendrés mutuellement, qui n'existent presque jamais l'un sans l'autre, et que bous rappellent les traits que nous venons de iter, ne nous étonnent point. De Rome républicaine il ne restoit que le nom ; toute idée libérale avoit disparu; la servitude avoit brisé tous les ressorts de l'âme; les sentiinens généreux s'éloient éteints; la vertu, qui n'est que la force de l'âme, n'existoit plus ; le goût, qui ne consiste que dans la perception délicate de convenauces que la tyrannie abhore, chaque jour se dépravoit ; les arts, qui ne prospèrent que par l'élévation de la pensée, la pureté du goût, la chaleur du sentiment, éleignoient leurs flambeaux ; Ja science ne couvenoit plus à des esclaves dont elle ne pouvoit éclairer que les fers ; des joies fausses, mais bruyantes et qui étourdissent, des plaisirs grossiers qui enivrent, des jouissances sensuelles qui amènent tout oubli du passé, toute considération du présent, toute crainte de l'avenir, des représentations vaines de ces trésors trompeurs, entassés à la place des vrais biens que l'on avoit perdus, plusieurs recherches barbares, tristes symptômes de la férocité, dernier ternie d'un courage abâtardi, dévoient donc convenir à des Romains avilis, à des citoyens dégradés, à des hommes abrutis. Quelques philosophes dignes des respects de la postérité s'élevoient encore au milieu de celte tourbe asservie : mais plusieurs furent immolés par le despotisme; et dans leur lutte trop inégale contre une corruption trop générale, ils éternisèrent par leurs écrits la honte de leurs contemporains, sans pouvoir corriger leurs vices funestes et contagieux.

Les poissons dont le nom se trouve lié avec l'histoire de ces Romains dégénérés ont fixé l'attention de plusieurs écrivains. Mais, comme la plupart de ces auteurs étoient peu versés dans les sciences naturelles ; comme d'ailleurs le surmulet a été, ainsi que le rouget, l'objet de la recherche prodigue et de la curiosité cruelle que nous venons de retracer, et comme ces deux osseux ont les mêmes habitudes, et assez

de formes et de qualités communes pour qu'on ait souvent appliqué les mêmes dénominations à l'un et a l'autre, on est tombé dans une telle confusion d'idées au sujet de ces deux mulles, que d'illustres naturalistes trés-réeens les ont rapportés à la même espèce, sans supposer même qu'Us formassent deux vasiétés distinctes.

En comparant néanmoins cet article avec celui qui suit, il sera aisé de voir que le rouget et le mulet sont différent l'un de l'autre.

Le devant de la tête du rouget paraît comme tronqué, ou, pour mieux dire, le sommet de la tête de cet osseux est fret» élevé. Les deux mâchoires , également avancées, sont, de plus, garnies d'une grande quantité de petites dents. De très-

Îietitcs aspérités hérissent le devant du puais, et quatre os placés auprès du gosier. Deux barbillons assez longs pour atteindre à l'extrémité des opercules pendent audessous du museau. Chaque narine n'a qu'une ouverture. Deux pièces composent chaque opercule, au-dessous duquel la membrane branchiale peut être cachée .presque en entier 1. La ligne latérale est voisine du dos ; l'anus plus éloigné de la tête que de la nageoire de la queue, qui est fourchue ; et tous les rayons de la première dorsale, ainsi que le premier des pectorales , de l'anale et des thoracmes , sont aiguillonnés.

Les écailles qui recouvrent la tête, le corps et la queue, se détachent facilement *. Le rouget vit souvent de crustacées. Il n'entre, que rarement dans les rivières; et il est des contrées où on le prend dans toutes les saisons. On le pêche non-seulement à la ligne, mais encore au filet. On ne devine pas pourquoi un des plus célèbres interprètes d'Aristote, Alexandre d'Apbrodisée, a écrit que ceux qui tenoient ce raulle dans la main, étoient À l'abri de la secousse violente que la raie torpille peut faire éprouver.

On trouve le rouget dans plusieurs mers,

1. À la membrane branchiale. . 3 rayon», à la première nageoire do dos. 7

à la seconde 9

à chacune des pectorales. . 15 à chacune des thoracines. • 6 a celle de l'anus. . . . , 7 à celle de la queue. , , . 17

2. L'estomac est composé d'une membrane mince ; vingt-six ccecuim «ont placés auprès du pylore ; le foie est divisé en deux lobes, et la vésicule du fiel petite.

LB MULLE ROVSIT*

dans le canal de ta Manche, dans la Baltique près du Dannemark, dans la mer d'Allemagne \tn la Hollande, dans 1*0céan atlantique auprès dés côtes du Portugal, de l'Espagne, de la France, ei particulièrement a une petit* distance de Penw bouchure de la Gironde, dans ht Méditer* . ranée, aux environs de la Sardaigne, de Malte , du Tibre et de l'HelJespont, et dans les eaux qui baignent les rivages des îles Moluques.

Quoique nous ayons vu que l'empereur Tibère vendit un rouget du poids dte deux kilogrammes, ce mulle ne parvient ordinairement au'à'la longueur àè trois décimètres. Il a la chair blanche, ferme, et de très-bon goût, pàticufiéremeht lorsqu'il vit dans la partie de l'Océan qui reçoit les eaux réunies de la Garonne et de la Dor* dogne.

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