‹ Œuvres du Comte de Lacépède: comprenant l'histoire naturelle des ..., Volume 2Chapitre 98 sur 658 · LA MURÈNE · texte numérisé non relu

LA MURÈNE

taÀ6ti,° à une nouvelle poursuite. Il n'est presque personne qui n'ait vu un lombric avalé par des canards sortir de même des intestins dé cet oiseau, dont il avoit suivi tous les replis ; et cependant c'est le fait que nous venons d'exposer qui a donné lieu à un conte absurde accrédité pendant long temps, à l'opinion de quelques observateurs très-peu instruits de l'organisation intérieure des animaux, et qui ont dit que l'anguille ëntroit ainsi volontairement dans le corps de l'esturgeon, pour aller y chercher des œufs dont elle aimoit beaucoup à *e nourrir.

Mais voici un trait très-remarquable dans l'histoire d'un poisson, et quia été vu trop de fois pour qu'on puisse en douter. L'anguille, pour laquelle les petits vers des près, et même quelques végétaux, comme, par exemple, lès pois nouvellement semés, sont un aiiment peut-être plus agréable encore que* des œufs ou des poissons, sort de l'eau pour se procurer ce genre de nourriture. Elle rampe sur le rivage par un mécanisme semblable à celui qui la fait nager au milieu des fleuves ; elle s'éloigne de Veau à des distances assez considérables, exécutant avec son corps se rpenti forme tous les mou vemens qui donnent aux cou* léuvres la faculté de s'avancer ou de reculer; et anrès avoir fouillé dans la terre avec son museau pointu, pour se saisir des pois ou des petits vers, elle regagne en serpentant le lac ou la rivière dont elle étoit sortie, et vers lequel elle tend avec assez de vitesse, lorsque le terrain ne lui oppose pas trop d'obstacles, c'est-à-dire, de trop grandes inégalités.

Au reste, pendant que la conformation de son corps et de sa queue lui permet de se mouvoir sur la terre sèche, l'organisation de ses branchies lui donne la faculté d'être pendant un temps assez long hors de l'eau douce ou salée sans en périr. En effet, nous avons vu qu'une des grandes causes de la mort des poissons que l'on retient dans l'atmosphère, est le grand dessèchement qu'éprouvent leurs branchies, et qui produit la rupture des artères et des veines branchiales, dont le sang, qui n'est plus alors contrebalancé par un fluide aqueux environnant, tend d'ailleurs sans contrainte à rompre lés membranes qui le contiennent. Mais l'anguille peut conserver plus facilement que beaucoup d'autres poissons rhumidité, et par conséquent la ductilité et la ténacité des vaisseaux sanguins de ses branchies; elle peut clore exacte-

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ment l'ouverture de sa bouche; foiifice branchial , par lequel un a,ir desséchant paroltroit devoir s'introduire en abondance, est très étroit et peu allongé ; yopercule et la membrane sont placés e( con-, formés de manière à fermer parfaitement, cet orifice ; et de plus la liqueur gluante et copieuse dont l'animal est imprégné entretient la mollesse de toutes les portions des branchies. Nous devons encore ajouter que, soit pour être moins exposée aux attaques des animaux qui cherchent à la dévorer, et à la poursuite des pêcheurs qui veulent en faire leur proie, soit pour obéir à quelque autre cause que l'on pourroit trouver sans beaucoup de peine, et qu'il est, dans ce moment, inutile de considérer, l'anguille ne va à terre, au moins le plus fréquemment, que pendant la nuit. Une vapeur humide est très-souvent alors répandue dans l'atmosphère ; le dessèchement de ses branchies ne peut avoir lieu que plus difficilement; et l'on doit voir maintenant pourquoi, dès le temps de Pline, on avoit observé en Italie que l'anguille peut vivre hors de l'eau jusqu'à six jours, lorsqu'il ne. souflle pas un vent méridional, dont l'effet le plus ordinaire, dans cette partie de l'Europe, est de faire évaporer l'humidité avec beaucoup de vitesse.

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