LE SERPENT D'ESCULAPE
Colubcr (Natrix) Æsculapii , M(*rr. ; Col. Ætculapii , Lacep., , Latr., Daud., Cuv.', Fit*.
Ce nom a etc donné à plusieurs espèces de serpents, tant par les voyageurs que par les naturalistes; il a. été attribué à des serpents d’Europe et à des serpeuts d’ Amérique ; mais nous ne le conservons à aucune autre espèce qu’à celle qui se troilve; aux environs de Home, et qui paraît être en possession, depuis plus de dix-huit siècles, de celte dénomination de Serpent el’EscuIape, comme si l’innocénce des habitudes et la douceur tle ce reptile, l'avaient fait choisir de préférence pour le symbole de la Di vinittV bienfaisante, très- • souvent' désignée, ainsi que nous l’avons dit, par .l'emblème du serpent (a). Nous ne donnerons donc ce nom de serpent d’Esculape, ni à la couleuvre
(i) iUpitfc.
Anguis Æsculapii. Rai» Synopsis Serpentin! gcneri», p. *91. ^
(a) Discour* »Uf D nature des Serpenta.
a64 * histoire hatukellï
que M. Linnée a appelée ainsi , ni à plusieurs autres espèces que Séba a nommées de même ; et nous Croyons d’autant plus que la description que nous allons faire concérne le serpent d’Ksculape des anciens Romains, que l’individu qui en a été le sujet, a été envoyé des environs de Rome au Cabinet du Roi.
La tète de ce serpent est assez grosse à proportion du corps; le dessus en est garni de neuf grandes écailles disposées sur quatre rangs , comme dans la verte et jaune. Celles qui couvrent le dos sont ovales, et relevées par une arête; mais celles qui revêtent les côtés sont unies. La- couleur générale du dessus du corps est d’un roux plus ou moins clair; et l’on voit, de chaque côté dit dos, une bande longitudinale obscitré et presque noire, surtout vers le ventre. Lés écailles qui touchent les grandes plaques du. dessus du Corps sont blanches, et la moitié de ces écailles, la plus voisine de ces grandes plaques, est bordée de noir, ce (pii forme-, • de chaque côté du ventre, une rangée (le petits triangles blanchâtres. Nous avons oompfé cent soixante-quinze grandes plaques et soixante-quatre paires de petites ; les' uhes et les autres sont blanchâtres et tachetées d’une couleur foncée. La longueur de la queue était de neuf pouces trois iignes dans l’iudividu qui fait partie de la collection du Roi , et la longueur totale de trois pieds dix pouces.
Ce’ serpent, qui a de grands rapports,. ainsi
DÈS SERPENTS. • uG5
qu'on peut le voir, avee la. couleuvre verte et jaune , la couleuvre à collier, la lisse et la quâtreraies, est aussi doux et peut-être, même naturellement plus familier que ces quatre couleuvres, il se trouve dans presque toutes les régions chaudes ou tempérées de l’Europe, en Espagne, en Italie, et particulièrement aux environs de Rome. Non seulement il se laisse caresser par les enfants et manier par les charlatans qui s’en servent pour s’attribuer, aux yeux du peuple , un pouvoir merveilleux sur les animaux les pins funestes, mais il se plaît dans les lieux habités ; il s’introduit dans les maisons r'et même quelquefois il se glisse innocemment jusques dans les lits. Ses autres habitudes-doivent ressembler beaucoup à Celles de la couleuvre commuije et de la couleuvre à collier.
M. Faujas de Saint-Fond a eu la bonté de me donner une dépouille de serpent trouvée dans une de ses terres, auprès de Montelimart en Dauphiné; comme elle est très-entière, et qu’il est extrêmement rare d’en avoir d'aires* bien Conservées, je l’a» examinée avec soin , et avec d’autant plus d’attention , quelle démontre, d’une manière incontestable , la manière dont se dépouille le serpent auquel elle a appartenu; et qu’après-avôir comparé les diverses observations recueillies au sujet du dépouilLementdes reptiles, oy peut croire qne tous les serpents se dépouillent à-peu-près de la même manière. J’ai d’abord çherché dp quelle espece était le serpent dont cette dépouille
afifi nisToiRE mrture^le
avait fait partie. Il était évidemment du genre des couleuvres; j’ai compté les grandes et les petites plaques; j’ai trouvé cent soixante-seize grandes piaquçs, et quatre-vingt-neuf paires de petites. La couleuvre verte et jaune ayant ordinairement deux ceut six grandes plaques , et la couleuvre à quatre raies en ayant deux cent dix-huit , j’ai cru ne devoir pas leur rapporter le serpent dont j’avais la dépouille sous les yeux , d’autant plus que la quatre-raies a deux paires de petites plaques entre les grandes plaques et l’anus, et que sur la dépouille, on -ne voit, dans Cet endroit, qu’une paire de petites plaques. La lisse et la couleuvre à collier, m’ont paru aussi avoir trop peu de rapports de conformation et de grandeur avec Je serpent dont j'exaniinais la dépouille, •pour être de la même espèce (i). Aiusi, parmi Ie9 diverses couleuvres observées en France, ce n’est qu’à celle d’Esculape que j’ai cru devoir rapporter ce serpent. Il se rapproche en effet beaucoup de cette couleuvre d’Esculape, par le nombre des grandes et des petites plaques, par la forme des écailles qui garnissent le dos, le» côtés du corps, le somoret de la tète et les mâchoires, par les pro|>ortions des diverses parties,. et enfin par la grandeur, la dépouille que M. Paujas de Saint- ** rr; ! — J
( J ) Nous avons vu que U couleuvre à Collier a ordinairement cent soixante-dix grandes plaques et soixante paires de petites ; et qne la lisse a quarante* six paire» de petites plaques , et oant soixante-dix-huit grande» plaques ou écailles. 1
DBS SFHPiTNTS. 267
Fond m’a procurée, ayant quatre pieds cinq pouces de longueur totale, et un pied quatre ligues depuis l’anus jusqu’à l’extrémité de la queue. Je n’ai pu juger de la ressemblance ou de la différence des couleurs de ces deux serpents; la dépouille étant très-mince, sèche, transparente, et entièrement décolorée. Quoi qu’il en soit, l’objet intéressant n’est pas de savoir à quel reptile a appartenu la dépouille trouvée dans la terre de Saint-Fond , mais de prouver, par cette dépouille , la manière dont le serpent a dû quitter sa vieille peaii.
Cette dépouille, quoique entière, est tournée à l’envers d’un bout à l’autre ; elle présente le côté qui était l’intérietir lorsqu’elle faisait partie de l’animal. Le reptilè a dû commencer de s’en débarrasser par la tête, n’y ayant pas d’autre ouverture que ht gueule par où il ait pu sortir «le cette espèce de sac. Lorsque le serpent exécute cette opération, les écailles qui recouvrent les mâchoires sont les premières qui se retournent en se détachant du palais et en demeurant toujours très* unies avec les écailles du dessus et du dessous de la tète. Ces dernières se retournent ensuite jusqu’aux coius de la gueule, et on pourrait voir alors la tète du serpent, depuis le rouseatf jusques derrière les yeux, revêtue d’une peau nouvelle, et faisant effort pour continuer de se dégager de l’espèce «le fourreau dans lequel die est encore un peu renfermée. Ce fourreau continue de se
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retourner comme un gant, de telle manière que, pendant que la vérijable tète de l’animal s’avance dans un sens pour s’en débarrasser, le museau de la vieille peau, qui est toujours bien entière, s’avance, pour ainsi dire, vers la queue,. pour que cette vieille peau achève de se retourner. Les yeux se dépouillent coram, e Je reste du corps; la cornée se détache en entier, ainsi que les paupières de nature éçailleuse, qui l’entourent, et elle conserve sa<f<>rme dans la dépouille desséchée, où elle présente, à. l’extérieur, sôn. côté concave, attendu que cette dépouille, n’est que la peau retournée. Les écailles s’enlèvent en entier avec la' partie de l’épiderme à laquelle elles étaient attachées. Cet épiderme forme line sorte de cadre autour de chaque écaille, ainsi qu^autour de chaque plaque, grande ou petite. Ce cadre ne suit, pas précisément lè contour de chaque écaille ou de chaque plaque, mais il fait le tour de la partie de la plaque ou de l'écaille qui tenait pt la peau et qui ne pouvait pas s’en séparer dans les divers mouvements de l'animal. Çes différents cadres, qui se toucbeùt v forment une sorte de réseau moins transpareut que les écailles, qui .paraissent en remplir les intervalles comme autant de facettes et de lames presque diaphanes. Le serpent, en sç tournant en. différents séns, et en se frottant contre le térrain qu’il parcourt , ainsi que contre les divers corps qu’il rencontre, achève de se débarrasser de sa vieille peau, qui continue de se
•DES SERPENTS. . , afig
retourner. Le museau fie cette vieille peau dépasse bientôt l’extrémité de la queue dans le sens opposé à celui dans lequel s’avance le -serpent , de telle sorte que, pendant que le. reptile, revêtu d’une peau et d’écailles nouvelles, sort de son î fourreau qui se replie en arrière, ce fourreau pa- ,
raît comme un autre reptile qui engloutirait le serpent, et dans la gueule duquel on verrait disparaître l’extrémité de sa queue. Vers la fin de l’opération, le serpent et la dépouille, tournés en sens contraire, ne tiennent plus l’un à l’autre que par la dernière écaille du bout de la queue, qui se détache aussi mais sans se retourner (i). On verra aisément que cette manière de quitter la vieille peau , a beaucoup de rapports avec celle dont se dépouillent les salamandres à queue plate (a jj ... •' -,
, ( i ) ÏHoo» avoua dépoté , aa Cabinet du Roi , la dépouille trouvée (la II, la terre de M. t-’aujâa-
(à) Article de* Salamandres à queue plate. •* - .• •
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