SUR LA NATURE DES SERPENTS
A. la suite dés nombreuses espèces des Quadru- • pèdes et des . Oiseaux, se présente l’ordre des Serpents; ordre remarquable en ce qu’au premier , . coup-d’œil, les animaux qui le composent paraissent privés de tout moyen de se mouvoir , et uniquement destinés à vivre sur la place où le hasard les fait naître. Peu d’animaux, cependant,
- ont les mouvements aussi prompts et se transportent avec autant de vitesse que le serpent; il égale presque, par sa rapidité, une flèche tirée par un bras vigoureux, lorsqu’il s’élance sur sa proie ou qu’il fuit devant son ennemi : chacune dé ses parties devient alors comme un ressort qui se débande avec violence; il semble ne toucher à la terre que pour en rejaillir; et, pour.
ainsi dire, sans cesse repoussé par Jes torps sur lesquels il s’appuie, on dirait qu’il nage au milieu de l’air en rasant la >prface du terrain qu’il parcourt. . S’il veut s’élever encore davantage, il le dispute à plusieurs espèces d’oiseaux, par la facilité avec laquelle il parvient jusqu’au plus haut des arbres, autour desquels il roule et déroule son corps avec tant de promptitude, que l’œil a de la peine à le suivre : souvent même*, lorsqu’il ne change pas encore de place, mais qu’il est prêt à s’élancer, et qu’il est agité par quelque affection vive, comme l’amour, la colère ou la crainte, il n’appuie contre terre que sa queue qu’il replie en contours sinueux;. il redresse avec jSerté sa tète, il relève avefc vitesse le devant de son corpsÇ,et le retenant dans une attitude droite et perpendiculaire , bien loin de paraître unique* * itient destiné à ramper, il offre l'image de la force, du courage, et d’une soYte d’empire.
Placé par la nature à la suite des quadrupèdes ovipares , ressemblant à un lézard qui serait privé de pâtes, et pouvant surtout être quelquefois confondu avec les espèces que nous avons nommées Seps et Chalcides ( i ), ainsi qu’avec les reptiles bipèdes (a), le serpent réunit cet ordre des Quadrupèdes ovipares à celui des Poissons, avec
(0 Voyez l'article du Sept et celai da Chalcide > dans l’Histoire naturelle des Quadrupèdes ovipares. » • •
Article des tieptiUs bipèdes , à la snite de l'Histoire «les Qaadru» ’pèdes ovipares,
Digitiz edro C «
v «.DES SERPENTS. J 3
plusieurs espèces desquels il a un grand nombre de rapports extérieurs, et dans lesquels il paraît, en quelque sorte, se dégrader par des nuances successives offertes par les Anguilles, les Murènes proprement dites, les Gymnotes, etc.
Malgré la grande vitesse avec laquelle le serpent échappe, pour ainsi dire, à la surface sur laquelle il s’avance, plusieurs points de sop corps portent sur la terre, même dans le temps où il parait le moins y toucher, et il est entièrement privé de membres qui puissent Je tenir élevé àu-dessus du terrain, ainsi que les quadrupèdes. Aussi le nom de peptile nous a-t-il parti lui appartenir principalement! et celui de Serpent vient-il de serpere, qui désigne l’action dp ramper. Cetté forme extérieure ; ce défaut absolu de bras, de pieds, 'et de tout membre propre à se mouvoir, le caractérise essentiellement, et empêche qu’on ne lè . confonde, mêtne à l’extérieur, avec aucun des animaux qui ont du sang, et particulièrement avec les murènes proprement dites, les anguilles et les autres poissons, qui ont tous des nageoires plus ou moins étendues et plus ou moins nombreuses.
Les limités qui circonscrivent l’ordre des serpents sont donc tracées d’une manière précise, malgré les grands rapports qui les lient avec les ordres voisins.
Leurs espèces sont en grand nombre ; nous «n décrivons plus de cent quarante dans cet ouvrage:
a 4 HISTOIRE NATHREJ-LF.
quelques-unes parviennent à une grandeur. trèsconsidérable, elles ont plus tic trente pieds, et souvent même de quarante pieds de longueur (t). Toutes sont couvertes d’écailles ou de tubercules écailleux, comme les lézards et les poissons, qu’elles lient les uns avec les autres; mais ces écailles varient beaucoup par leur forme et par leur grandeuç : les nues, que l’on nomme plaques, sont hexagones , étroites et très-allongées ; les autres, presque rqndes ou ovales, ou rhomboïdales ou carrées; celles-ci entièrement plates; celles-là relevées par une arête saillante, etc. Toutes ces diverses sortes d’écailles sont différemment combinées dans les especes partiéubères de serpents ; les uns en ont de quatre sortes, les autres de . trois i les autres de deux , les autres n’en ont que d’une seule sorte ; et c’est principalement eu réunissant les caractères tirés de la forme, du. nombre et de la position de ces écailles, que nous avons pu parvenir à distinguer non seulement les genres, mais encore les espèces des serpents, ainsi qu’on pourra le voir dans la table méthodique de ces animaux. . -S * • • v , /
(l) Notes manuscrites communiquées par M. de Laborde, correspondant du Cabinet du Roi à Cayenne; et par M. lè baron de Widerspfch, correspondant du qiérae'Cabtner , et dans le même endroit.
- Nons lisons qa’anprès de Batavia , établissement hollandais dans les « Indes Orientales , il y a des serpents 4e cinquanje pieds de longueur. > Essai «nr l'Hist. naturelle- des Serpents , par Çharles Oweo. Londres .
. pag- iSyV ‘ ; * ' • " i
^ : Voyer à ce sujet, dans cette Histoire naturelle, l’artiale dn Devin.'
• DES SEUPENTS. a5
Si, avant d'examiner les liabitudes naturelles de ces reptiles, nous voulons jeter un coup-d’œil sur leur organisation interne , et si nous commençons par considérer leur tète, nous trouverons que la boîte osseuse en est à-peu-près conformée comme Celle des quadrupèdes ovipares : cependant la partie de cette boîte qui représente l’os occipital , et qui est faite en forme de triangle dont le sommet est tourné vers la queue, ne paraît pas en général avancer autant vers le dos que dans ces' quadrupèdes ; elle garantit peu l’origine de . la moelle épinière; et voilà pourquoi les serpents peuvent être attaqués avec avantage et recevoir aisément la mort par cet endroit mal défendu.
Le reste de leur charpente osseuse présente de grands rapports avec celle de plusieurs especes de poissons, mais elle offre cependant une con* formation qui leur est particulière, et d’après laquelle-il est presque aussi aisé de les distinguer que d’îtprès leur forme extérieure. Elle est la plus simple de toutes cellés des animaux qui ont du sang; elle ne se divise pas en diverses branches pour donner naissance aux pâtes, comme dans les quadrupèdes; aux ailes, comme dans les oii-~ seaux, etc.; elle n’est composée que' d’une longue suite de vertèbres qui détend jusqu’au bout de la queue. Lés apophyses ou éminences de ces vertèbres sont placées, dans la plupart des serpents, de mauière- que l’animal puisse se tourner dans tous l«s sens, et même se replier plusieurs foi**1;
a6 HISTOIRE ' NATURELLE
sur lui-même; et d'ailleurs, dans presque tous «es reptiles, ces vertèbres sont très-mobiles, les unes relativement aux autres, l'extrémité postérieure de chacune étant terminée par une sorte de globe qui eutre dans une cavité de la vertèbre suivante , et / y joue librement comme dans une genouillère (i). De chaque côté de ceS vertèbres sont attachées
• des côtes ordinairement d’autant plus longues,
qu’elles sont plus près du milieu du corps, et qui pouvant se mouvoir en différents sens , se prêtent aux divers mouvements que le serpent veut exécuter, Vêts l’extrémité de la queue, les vertèbres ne présentent plus qqe des éminencéà, et sont dépourvues- de côtes (a). •
. . Ces vertèbèes et ces côtes composent toute la partie solide du corps des serpents; aussi leurs organes intérieurs ne sont-ils défendus, dans la partie de leur corps qui touche à terre, que par les
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* (i) C’est particulièrement ainsi dans ta Boiquira on grand serpent à sonnette. Edw. Tyson. Transact. philoeoph., n° 144.
(a) J’ai voulu savoir ai-’le nombre des vertèbres et des côtes des Serpenta a quelque rapport copstant avec les differentes espèces de ces animaux. J’ai disséqué plusieurs individus de diverses espèces de serpents, et j’ai remarqué que le nombre dei vertèbres. et des côte* * augmentait on diminuait t|ans Jes couleuvres, les boa, et les serpents à sonnettes, avec
• celai. des plaques qui recouvrent le dçsscrt&s du côrps de ces reptiles; de ' telle sorte, qu’il y pvaif toujours une .v^tèbre', et par conséquent deux côtes, pour chaque plaque : mais mes observations Vont pas été assez pul D pliées pour que j’en regarde le résultat comme constant. Voyez dans L'article intitulé, Nomenclature des Serpents , ce. que l’on peut penser du rapport du nombre de ces plaques avec Tige ou le sexe «les
* reptiles , etc. . *
plaques ou grandes écailles qui les revêtent par dessous, et par une matière graisseuse considérable que l’on trouvé souvent entre la peau de leur ventre et ces mêmes organes. Cette graisse doit aussi contribuer à . entretenir leur chaleur intérieure , à préserver leur sang des effets du froid, et à les soustraire pendant quelque temps à l’engourdissement auquel ils sont sujets, dans certaines contrées, à l’approche de l’hiver; elle leur est d’autant plus utile, que la chaleur natu-. relie de leur sang est peu considérable; oe fluide ne circule dans les serpents qu’avec lenteur, relativement à la vitesse, avec laquelle il coule dans les quadrupèdes vivipares et dans les oiseaux. Êt Comment serait-il poussé avec autant de force dans les reptiles que dans les oiseaux et les vivipares, puisque le cœur des serpeuts n’est composé que d’un ventricule (il, et puisque la communication entre le sang qui y arrive et le sang qui en sort, peut être indépendante des oscillations des poumons et de la respiration, dont la fréquence échauffe et animé le sang des vivipares et des oiseaux? ' » , • ;
Le jeu du cœur et -la circulation ne seraient donc point arrêtés dans lés serpents, par un trèslong séjour sous 1,’eau, et cês animaux pourraient
(r)- L’oreillette du ccèur de plusieurs espèces de serpents esl conformée ^ de msnlriT à paraître double , ainsi que dans un grand nombre de quadrupèdes ovipares; nuis aucun de ces reptiles n'a deux ventricule».
rester habituellement dans, cet élément, comme
les poissons , si l’air ne leur était pas nécessaire , de même qu’aux quadrupèdes ovipares, pour entretenir dans leur sang les qualités nécessaires à son mouvement et à la vie , pour dégager ce fluide des principes surabondants qui en engourdiraient la masse, ou y porter cenx de liquidité qui doivent l’animer (i). Les serpents ne peuvent donc vivre dans l’eau sans venir souvent à la surface; et la respiration leur est presque aussi nécessaire que si lèur coeur était conformé comme celui de l'homme et des quadrupèdes vivipares , et que la circulation de leur sang ne put avoir lieu qu’autant que leurs poumons aspireraient l’air de l’atmosphère. Mais leur respiration n’est pas aussi fréquente que celle des quadrupèdes vivipares et des oiseaux; au lieu de resserrer et de dilater leurs poumons par des oscillations promptes et régulièrés, ils laissent échapper avec lenteur la portion d’air atmqsphérique qu’ils ont aspirée avec assez de rapidité; et ils peuvent d’autant plus se passer de respirer fréquemment, que leurs poumons sont' très*grands en comparaison du volume de leur corps, ainsi que ceux des tortues, des crocodiles , des salamandres , des grenouilles , etc. ; et que, dans certaines espèces, telles que celle du Boiquira , la longueur de ces viscères égalant à-
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(y) Discours sut la nature des Quadrupède* ovipare». * # •
peu-près lés trois quarts de celle du corps, ils peuvent aspirer à-la-fois une très-grande quantité d’air ( 1 ).
Ils sont pourvus de presque autant de viscères que les anirpaux les mieux organisés; ils ont un oesophage ordinairement très-long et susceptible d’une très-grande dilatation, un estomac, un foie avec son conduit, une vésicule du fiel, une sorte de pancréas, et de longs intestins qui, par leurs .'circuits, feurs divers diamètres, et les espèces de séparations transversales qn’ils contiennent, forment plusieurs portions distinctes analogues aux intestins grêles ét aux gros intestins des vivipares, et après plusieurs sinuosités, se terminent par une portion droite, par. une sorte de rectum,comme dans lés quadrupèdes. Ils ont aussi deux reins, dont les conduits n'aboutissent pas à une vessie proprement dite, ainsi que dans les quadrupèdes vivipares, mais se déchargent dans un réservoir commun semblable au clôaque des oiseaux, et où se mêlent de même les excréments, tant solides que -liquides. Ce réservoir commun n’a qu’une seule ouverture à l’extérieur; il ren-. ferme, dans les mâles,. les parties qui (elir sont nécessaires pour perpétuer leur espèce, et qui y demeurent cachées jusqu’au moment de leur accouplement : c’est aussi dans l’intérieur de ce, réservoir que sont plaéés, dans les 'femelles, les * " . f '• ‘ '
(i) Obier», anatomiq. d'Edw. Tyson, Transaol. pbilosoph. , n° <44,
HISTOIRE N ATURELl. E
orificès des deux ovaires ; et voilà pourquoi , dans la plupart des serpents, et excepté certaines circonstances rares, voisines de l’accouplement dfe ces animaux, on ne peut s’assurer de leur sexe d’après la seule considération de leur conformation extérieure. ■*
Presque toutes les écailles qui recouvrent les serpents, et particulièrement leS grandes lames qui sont situées au-dessous de leur corps, sont mobiles indépendamment les. unes des autres; ils peuvent redresser chacune de ces lames par uh muscle particulier qui y aboutit : dès-lors chacune de ces pièces , en s’élevant et en se rabaissant , devient une sorte de pied, pat le moyen duquel ils trouvent de la . résistance, et par conséquent um point d’appui dans le terrain qu’ils; parcourent , et. peuvent se jeter, pour ainsi dire, dans le sens où ils veulent s’avançer. Mais les serpents se meuvent encore par un moyèn plus puissant; ils relèvent en arc de cercle , une partie plus pu moins étendue de leur corps ; ils rapprochent les deux extrémités de cet arc, qui portent sur la terre, et lorsqu’elles, s'oüt près de se toucher, l’une ou l’autre leur sert de point d’appui pour s’élancer , eu aplatissant la partie qui était élevée en arc de cercle» Lorsqu'ils veplent courir en 'avant, o’est sur l’extréinité postérieurè de cet arc qu’ils s’appuient; et' c’est au contraire sur la partie anté-, rieuqe, lorsqu’ils veulent aller en arrière.
Chaque fois qu’ils répètent cette action, ils font,
pour ainsi dire, un pas de la grandeur de la portion de leur corps qu’ils ont courbée , sans compter l 'étendue que peut donner à cet intervalle parcouru , l’élasticité (Je cétte même portion de leur corps qu’ils ont pliée, et qui les lance avec roideur en se rétablissant. CeS arcs de cercle sont plus ou moins élevés, ou plus ou moins multipliés dads chaque individu, suivant son espèce, sa grandeur, ses proportions , sa force , ainsi que le besoin qu’il a de courir plus ou moins vite ; et tous ces arcs , en se débandant. successivement, produisent cette sorte .de mouvement que l’on a appelé vermiculaire, parce que lés vers proprement dits, qui' sont dépourvus de- pieds, ainsi que les serpents, sont également obligés de- l’employer pour changer déplacé. ï» -,
Pendant que les serpents exécutent ces divers mouvements, ils portent leur tète d’autant plus élevée au-dessus du terrain , qu’ils ont plus de vigueur et qü’ils sont animés par de6 sensations plus vives; et comme leur tète est articulée avec l’épine du dos, de manière que la face forme un angle droit avec oette épine dorsale, les serpents ne pourraient point se servir de leur gueule, ne verraient point devant eux.; et, ne s’avanceraiej»t qu’en tâtonnant dans les moinAts où ils relèvent la partie la plus antérièure de leur corps, s’ils n’en repliaient alors l’extrémité de manière à conserver à leur tète une position horizontale.
Quoique toutes' les portions du corps des ser-
Si HISTOIRE H AT li R EXLE
ponts jouissent d’une grande élasticité, cependant, dans le plus grand nombre d'espèces, ce ressort ne doit pas être également distribué dans toutes les parties : aussi la plupart des serpents ont-ils plus de facilité pour avancer que pour recdler : d’ailleurs les écailles qui les revêtent , et particulièrement les plaques qui garnissent le dessous du ventre, se recouvrent mutuellement et sont couchées de devant en arrière les unes au-dessu^ • des autres. Il arrive de-là , que lorsque les serpents les redressent , elles forment , contre le terrain , un obstacle qui arrête leurs mouvements, s’ils veulent aller en arrière; tandis qu’au contraire, lorsqu’ils s’avancent, la surface qu’ils parcourent applique ces pièces les unes contre les alitres dansle sens où elles se recouvrent naturellement. .
Quelques espèces cependant, dont le corps est d’une grosseur à-peu-près égale à ses deux extrémités, et qui, ad lieu de plaques, n’ont que des anneaux circulaires, paraissent jouir de la faculté de se mouvoir presque aussi aisément en arrière qu’en avant, ainsi que nous le verrons dans la suite (t); mais ces espèces ne forment qu'une petite partie de l’ordre 'dont nous traitons.
Lorsque certains Serpents, an lieu de se mouvoir progressiven#nt pendant un - temps plus on moips considérable, et par une suite d’efforts plusieurs fois répétés , ne cherchent qu’à s’qfancér
•(*) Articles des Serpents •Amphit&ènes . •' " t
tout d’un coup d’un endroit à un antre , ou à se jeter sur une proie par un seul bond , ils se roulent en spirale au lieu de former des arcs de cercle successifs; ils n’élèvent presque que la tète audessus de leur corps ainsi replié et contourné; ils tendent, pbur ainsi dire, toutes leurs parties élastiques, et réunissant par-là toutes les*forces . particulières qu’ils emploient l’une après l’autre dans leurs courses ordinaires, allongeant font d’un coup toute leur masse , et leurs ressorts se débandant tous à-la-fois, ils se déroulent et s’élancent vers l’objet qu’ils veulent atteindre, avec la rapidité d’une flèche fortement vibrée, et en franchissant souvent un espace de plusieurs ‘pieds.
. ' Les serpents qui grimpent sur les arbres s’y retiennent en entourant les tiges et les rameaux par les divers contours de leur corps; ils en parcourent les branches de. lar même manière qu’ils s’avâncent sur. la surface de la terre ; ils s’élancent d’un arbre à un autre, Ou d’unr rameau à un rameau, en appuyant’ contre l’arbre une portion de leur corps, et en la pliant de manière qn’elle fasse une Sorte de ressort et qu’elle se débande avec force j, ou bien ils se suspendant jiàr la quelle, ef balançant à plusieurs reprises leur corps qu’ils allongent avec effort, ils atteignent la brancha à laquelle ils veujent parvenir, s’y attachent en l’embrassant par plusieurs contours de leur partie antérieure, se resserrent alors, se raccourcissent, ramassent, pour ainsi dire, .leur corps, et retirent LAcr.pàoc, Tome IV. ' * 3
'34 JirSTOIHK WATHRELLE
k eux leur queue qui leur avait servi à se suspendre. . ■
la: s très-grands serpents l’emportent en longueur sur tous les animaux, en y comprenant • même les crocodiles, dpnt la grandeur est la plus démesurée, et qui ont depuis Vingt-cinq jusqu’à trente pieds de long, et en n’en exceptant que les baleines et les autres grands cétacées. A l’autre extrémité cependant de l’échelle qui comprend tous ces reptiles arrangés par ordre de grandeur, .on en voit qui- ne sont guère plus gros qu’un tqyau de plume, et dont la .longueur,' qui n’est que de quelqueâ pouces , surp#9se à peine' celle des plus petits quadrupèdes, tant byipares que vivipares. L’ordre des serpents est clone, celui cm les plus grandes et les( plus petites espèces diffèrent Je plus les unes des autres .par la longueur. Mais si , au lieu de mesurer une seule de leurs dimensions, ou .pèse leur masse, on trouvera qde la quantité -de raatièreAj^le. renferment le? serpents ■ les plus gigantesques, e$t à-peu-près dans .le même rapport avec la matière des plus petits reptiles, que la masse des' grands éléphants , des hippopotames ,- etc. avqg' celle des rats , des musaraignes , des -plus petits quadrupèdes vivipares- *
Ne pourrait-en pas penser qüe, dan§ tous tes ordres d'animaux, la. même proportion se trouve entre la quantité, de -'matjèrç modelée dans lès, grandes espèces , et celle qui est employée dans les petites? Mais, dans l’ordre des serpents, feus
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les développements ont du se faire en longueur plutôt qu’en grosseur; sans cela, ces reptiles, et surtout ceux qtii sont énormes, privés de pâtes et • de bras , auraient à peine exécuté quelques mouvements très-lents : la vitesse de leur course ne doit-elle pas, en effet, être proportionnée à.la grandeur de l’arc que leur corps peut former pour se débander ensuite? Auraient-ils pu se plier avec facilité et chercher sur la surface du terrain, des points d’appui qui remplaçassent les pieds qui leur manquent? Ne pouvant ni atteindre leur proie,' ni échapper à leurs ennemis, n’auraient-ils pas été comme des masses inertes exposées à tous les dangers et bientôt détruites? La matière a donc dû être façonnée <lans une dimension beaucoup plus que daps une autre , pour que le produit dé ce travail pùfsubsister, et que l'ordre des serpents ne fut pas anéanti, ou du moins très-diminué;' et voilà pourquoi la même proportion de masse se trouve entre les grands et les petits reptiles d’un côté, et. les grands et “lés petits quadrupèdes de Tautré; quoique les énormes serpents l’emportent beaucoup plus, par leur longueur, sur les plus petits de céux que l’on connaît, que les éléphants ne surpassent les musaraignes et les rats, par leur dimension la pins étendue.-; •/;;'* <
Entre les limites assignées par la nature à la . longueur des serpents, 'c’est-à-dire, depuis celle de quarante ou même cinquante pieds, jusqu’à celle de quelques pouces , on trouve presque tous , . ' . . j. ■
36 H-ISTOIRK NATURELLE
les degrés intermédiaires occupés par quelque espèce ou quelque variété de ces reptiles, aii moins à compter depuis les. plus courts jusqu’à ceux qui ont vingt ou vingt-cinq pieds de longueur. Les espèces supérieures paraissent ensuite comme isolées ; ceci se trouve conforme à ce que fbn a déjà remarqué dans les quadrupèdes vivipares (i), et prouve également que, dans la nature, les grands objets sont moins liés que les petits par des nuances intermédiaires. Mais voilà donc, depuis la petite étendue de quelques pouces, jusqu’à celle de vingt -cinq pieds, presque toutes les grandeurs intermédiaires représentées par autant d’espèces; ou du moins de races plus ou moins cbnstantes; et cela ne suffirait-il pas pour montrer la variété » qui se trôuve dans l’ordre des serpents? Il semble, à la vérité, au premier coup-d’œil, que ■ des espèces très-multipliées doivent Se ressembler .presque entièrement dans un ordre d’animaux doiit le corps, toujours formé sur le même modèle, ne présente aucun membre extérieur et saillant qui, • par sar forme et le nombre de ses parties, puisse offrir des différences sensibles. Mais si l’on ajoute à la variété des longueurs des serpents, celle des couleurs éclatantes dont ils sont peints, depuis le blanc et le roug© le pins vif, jusqu’au violet le plus foncé , et même jusqu’au noir; si l’on observe que . ce grand nombre de couleurs sont merveilléu&io
- -.'..-frf- 1 - - ■ :
(t) V oyrr la article* de. I Hlr|duint et 4» antre* frauda quadrupèdes. .
ment fondue$ les unes dans lés autres, de manière à ne présenter que très-rarement la même teinte lorsqu'elles sont diversement éclairées par les rayons du soleiL; si Ton se retrace tout-à-la fois ce nombre de serpents,' dont les uns n’offrent qu'une seule nuance, tandis que les autres brillent de plusieurs couleurs plus ou moins contrastées, enchaînées, pour ainsi dire, en. réseaux, distribuées eu lignes, s’étendant en raies, disposées eu bandes, répandues par taches, semées en étoiles, représentant quelquefois les figures les plus régulières et souvent les plus bizarres; et si l’on réunit encore à toutes ces différences , celles que Ion doit 'tirer 'de1 la position, de la grandeur, et de la forme des écailles, ne verra-t-on pas que l’ordre des serpents est un des plus variés de ceux qui peuplent et embellissent la surface du globe?
Toutes les espèces de ces auimatrx habitent de préférence Jes contrées chaudes ou tempérées : on en trouve dans les déni inondes , où ils paraissent à-peu-près également répandus en raison de la chaleur, de l’humidité, et de l’espace libre (i).
(i) - Le mélange de la chaleur cl d« l’bnraidité produit, à Siam , des ' « serpents d’une monstrueuse longueur; il n’est point rare de leur voir
• plu» de vingt pieds de long , et plus d’on pied et daraj de diatnètrt. •
Hût. géhér. des Voyage* * , édH. itfn , Vol. 383.
« d’humidité , jointe au fermcor continuel de la chaleur , produit , dans m toutes les lies Philippines ,des serpents d'une grandeur extraordinaire... ' — Les bohaa , tjbi sont les plus’ grands , ont quelquefois trente pieds de
* longueur. • Hist, gener. dça Voyages, édit* in-ia, voL ^XXIX , p. 100 et »aîv. Comme notu ne vonlotu pas multiplier les note, au
38 H 1 8 TOI R K HATCERLLK.
Plusieurs de ces espèces sont communes aux deux continents; mais il parait qtl’cn général , ce Sont les plus grandes qui appartiennent. à,un plus grand nombre de contrées différentes. Ces grandes especes ayant plus de force et des armes plus meurtrières, peuvent exécuter leurs mouvements avec plus de promptitude, soutenir pendant plus de temps une course plus rapide, se défendre avec plus davantage contre leurs ennemis, chercher et vaincre plus facilement une proie, se répandre bien plus au loin, se. trouver au milieu des eailx avec moins de crainte, nager avec plus de constance, lutter contre Jes flots, voguer avec vitesse au milieu dps ondes agitées , et traverser même des bra6 de mer étendus. D’ailleurs ne pourrait^oij pas dire que le moule des grandes espèces est plus fermey moins soumis aux influeuces de la nourriture et. du climat? Les petites espèces ont . pu être aisément altérées dans leurs proportions, dans la forme ouJe nombre de leurs écailles, dans la teinte ou Ma distribution de leurs coulènrs, île mauière à ne plus présenter .aucune image de leur origine; les changements quelles auront.éprouvés û’âuront point porté uniquement sur la surface; ils auront pénétré, pour, ainsi dire, dans un intérieur peu susceptible de résistance : toutes ces va- • jiations auront influé sur leurs habitudes , et ne
nécessité. oona ne citons 'ict- que c€k deux passage s , paryii no •trèsgrand nomluc que nous poumons rapporter , et dont plunicttr» sont n-p»n<ltift dans <*èt onyrsgc. * * ! •
Digitiz.ôd