‹ Œuvres du comte de Lacèpède ... dirigéeChapitre 9 sur 180 · JJ · texte numérisé non relu

JJ

DES SERPERTJ,

pouvant pas opposer de grandes forces aux accidents de' toute espèce, non plus qu’aux vicissitudes de l'atmosphère, leurs mœurs auront changé de plus en plus, et tout aura si Wi varié dans ces petits animaux; que bientôt les diverses races sorties d’une souche commune, n’aurout pas présenté assez de ressemblances pour constituer une même •espèce. Les grands serpents, au contraire, peu- • vent bien offrir, sous les divers climats, quelques différences de couleurs ou d’habitudes qui marque!) t l'influence de la terre et de l’air, à laquelle aucun animal ne peut se soustraire;, mais plus indépendants des circonstances dé lieux et de temps, plusconstahts dans leurs habitudes, plus inaltérables dans leurs proportions, ils doivent présenter'. plus souvent , dans les pays lès plyS' éloignés , le nombre èt la nature de rapports qui constituent l’identité de l’espèce. Ce seront quelques-uns de ces grands serpents ; nageant à la sur- , face de- la mer„ fuyant sur leç .eaux un ennemi trop à craindre- pour. eyx, ou- jetés au loin par les vagues agitées , élevant avéc fierté leur "tête au-dessus des finis, et se recourbant avec agilité eu replis tortueujc, qui auront fait dire du temps de Pline, ainsi que le rapporte ce grand. naturaliste, quon avait vu des migrations par mer, de dragons ou grands serpents partis d’15tliiopie,et ayant près de vingt coudées de longueur (r), et qui auront ÿ

• («J Plir%f livj* huitième*. ' V •- - * • « '

donné lieu aux divers récits semblables de plusieurs voyageurs modernes. ,• . ,

Afais il n’en est pas des serpents comme des quadrupèdes vivipares : moins parfaits que Ces animaux, moins pourvus de sang, moins doués de chaleur et d’activité intérieure, plus rapprochés des insectes, des vers, des.animaux les moins bien organisés', ils ne craignent point l'humidité lorsqu'elle est combinée avec la chaleur : elle • semble même leur être alors très -favorable; et voilà pourquoi aucune espèce de serpent ne pa- * ralt avoir dégénéré en Amérique: on doit penser, d’après les récits des voyageurs, qu’elles n'ont rien perdu dans ces pays nouveaux, de leur grandeur ni de leur force ; èt même dans les terres les plus inondées de ce continent, les grands ser- • pèuts présentent une longueur peut-être plus considérable que dans les autres parties du Nouveau-Monde ( r). .. ...

Si l'humidité ne nuit pas aux diverse» espèces de serpents, le défaut de chaleur leur ést funeste; ce n’est qu’aux environs des contréès équatoriales, qu’on rencontre ces énormes reptiles, l’effroi des voyageurs; et lorsqu’on.s’avance vers les régions . tempérées, et surtout vers- les contrées froides-, ou ne trouve que de très-petites espèces de serpents.

^ ' L’on peut présumer que ce n’est pas la chaleur

(»).Voye* le* «rlicle* particuliers de cette Histoire. f ■-

DES JSEHPENTSi 4>

seule qui leur est nécessaire; nous sommes assez portés à croire que , sans une certaine abondance de fieu électrique répandu dans l’atmosphère, tous leurs ressorts ne' peuvent pas être mis en jeu avec avantage, et qu’ils ne jouissent pas par conséquent de toute leur activité. Il semble que les temps orageux, où le fluide électrique de l’atmosphère est dans cet état de distribution inégalé qui produit les foudres, animent les serpents au lieu de les appesantir, ainsi qu’ils abattent l’homme * et les grands quadrupèdes;, c’est principalement dans les contrées très-chaudes que la chaleur plus abondante peut en. se combinant, produire une plus grande quantité de fluide électrique; c’est en effet vers ces contrées équatoriales, que le tounerre gronde le plus çonvent et avec le plus de force; et voilà donc deux oauses, l’abondance de la chaleur, et la plus grande quantité de fieu électrique, qui retiennent les grandes espèces de Vordre des serpents aux environs de l’équateur et des tropiques. 1.- •

Ou a écrit mille absurdités sur l’àccouplemertt «lés serpents : la vérité est que le mâle et la femelle , dont le corps est très-flexible , se replient l’un autour de l’autne, et se< serrent de si près qu’ils paraissent neformer qu’un seul corps à deux tètes. Lé mâle fait alors sortir par son anus les parties destinées à féconder sa femelle, et qui sont doubles dans les Serpents', ainsi que dans plusieurs quadrupèdes ovipares, et communément

4 U . H ISTdfRF. NAT (1 R EI.L F

cette union intime est longuement prolongée ( i ), Tous les serpents viennent d'uu œuf, ainsi que les quadrupèdes ovipares , lés oiseaux et les poissons; mais, dans certaines espèces de ces reptiles, les œufs éclosent dans le ventre de la mère; et; ce sont celles auxquelles on doit donner le nom de Vipère au lieu de celui de Vivipare , pour les distinguer des animaux vivipares proprement dits

• .(■») s* ni cette dorée de leur accouplement , il serait souvent infécond;, ils n’ont point, en effet , de vésicule séminale « et U parait que c’est dans cette espèce de réservoir qne la. liqaeur prolifique des animaux doit se rassembler , pour que , dans an* court espace de temps f ils puissent en fôon\ir une quantité suffisante à la fécondation: les testicules où orne liqueur se prépare , ne peuvent la laisser échapper que pen-à-peu ; et d’ailleprs les conduits- par oit elle va dn ces' testicules aux organes de la génération étant trrMongs , très-étroit» , et plusieurs fois repliés sur eux* mêmes , dans les serpents, il n’est pas surpceoaûl qta’Us. aient besoin de den&eurer lung-Jicinps accouplés pour que la fécOBdation puisse s'opérer..

Il en est de ihèiùc des tortues et des antres quadrupèdes ovipares, qui, * n’ayant pas qon plus de vésicules' séminales ,' demeurant unis pendant un temps assez long; et cette union trcs-prolungrê , eâl, en quelque sorte, forcée dans leé serpent» , par une sdite de la conformplinp de \f$ double verge du mâle; elle est garnie de petits piqu.mli, tournés «o arrière v et qui* doivent servir à l'animal i retenir .va femelle, ét peuf-ètre 4 l'animer.

Au resté, l'impression de ces aiguillons ne ddlt pas être très-forte sur les parties sexuelles dé. (a femelle , car elle* sont presque toujours cartila* giqeqse*. On peut consulter , à oe sujet , dans les Transactions philosophiques , n° 144, les Observations de M. Tyson, célébré anatomiste, dont no ns adoptons ici l’opinion. 7 *

. (a) *îous croyons, ppur éviter toute difliephé relativement à cette expression d'ovipare , et â la prppriété qu'elle désigné, devoir exposer ici U différence qu’il ÿ a eut 4-4 les 'animaux vivipares proprement dits , et , les ovipares ; differente ,qûb a^été très-bien sentie par plusieurs natura- • listés. On peut \ âla rigueur, regarde* tons les animaux comme venant

.té

Lé nombre des œiifs doit varier suivant les espèces. Nous ignorons s’il diminue en proportion

'd’uu œ«f, et dè*-lorfe il semblerait qa’on ne pourrait distinguer les vivipares d’aveç les ovipares , qne par fa . propriété de mettre au jour de» petits tout formés, ou de pondre dès œufs. Mais l'on doit admettre deux sortes d'oeufs ; dans la première, le fœtus est renfermé dans nnê enveloppe que l’on nqinme amnios , avec un peu de liqueur qui peut lui fournir le premier aliment ; mais comme* cette liqueur n’est pas suffisante pour le nourrir pebdant son développement , l’oeuf est lié par un çordon ombilical ou par quelque autre Commnnicahon avéc le corps de U mère, ou quelque corp» étranger d’où le foetus tire sa nourritnfè .* cet œuf ne pouvant pas suffire à l'accroissement , ni rnéme.è l entretièn de l’animal , n’esj donc qu’pn œuf incomplet 5 et tels sont cèttx dan* lesquels Sont renfermés les fœtus, de l’iiorame et des animaux à mamelles , qui ne peuvent point être appelcs ovipares f puisqu’ils ne produisent pas d'œof parfait ,* d’œof 'pVopremerit Mit. Les œufs de la seconde sorte sont , au contraire ,-ceux. qui. »ôntieQnéut non seulement nn peu de liqueur capable de substanter le fbetus dans les premiers moments de sa formation , mais éncore tonte la nOumture qui Jul'esr nécessaire jusqu'au moment où il brise ou déchire ses enveloppes pour venir à la lomière. Ces dernier orafs sont poddus bientôt après avoir été fermés, .Ou stls demeurent dam le ventre de la mêle, ils nÿ tiennent en aucune manière, lia en sont, entièrement indépendants , Us n’en reçoivent qne de la cfialeup, lia sont véritablement cofnpjets; ce sont des œuf» proprement dits , et tels sont ceux de» oiseaux , des poissons , des sorpetft* et des quadrupèdes qui n-'ont point dè mamelles. Tous ces animaux doivent être appelés ovipare*, parce qu'ils viennent d’un véritable oeuf ; et si dans quelques espèces de l'ordre des poissons , ou de celui des quadrupèdes sans mamelles , on de celui des serpents, les œufs éclosent' dans le ventre même de la mère, , d’où Im petits* sortent font formés, ces œufs sont toujours des œufs parfaits et isolés; les aoimaqx qui «n édoscm doivent être appelés ovipares, e( si I on en nomme quelques-uns vipères otf vivipares , pour les* ^ distinguer dèf Ceux qui pondent, et dont l'incubation fie se fait pas dans le ventre même de lu mère , il ne faut point les considérer comme 'de» vivipares proprement (fit», et nain n'apparienant qu’aux animanx (font It-) œufs font incomplets et ne contiennent pas tonte la nourriture nécessaire «trfœlu». On doit d<n»c distinguer trois manières dont 1er animaux

de la grandeur dés animaux, ainsi que dàus les oiseaux , et de même que le nombre- des petits dans les quadrupèdes vivipares. On a jusqu’à présent trop peu observé les mœurs des reptiles pour qu’on puisse rien dire-à ce sujet. L’on Sait seulement qu’il J a des espèces de vipères qui donnent le jour à plus de trente vipereaux; et l’on sait aussi que le nombre des œufs, dans certaines espèces de serpents ovipares des.contrée's tempérées, va quelquefois .jusqu’à treize. . . ,

Les œufs dans quelques espèces ne sortent pas l’un après Foutre immédiatement : la femelle paraît avoir besoiu de se reposer après la sortie de

viennent au jour; premièrement, il» peuvent sortir d'une enveloppe »

laquelle on peut , ai l'on veut , donner le nom d’oeuf, mai» qui ne forme qu'un truf imparfait et nécessairement Hé avec un corps étranger ou le ventre de la mère. Secondement , il» peuvent venir d’un œuf complet et i*olé . éclos dan» le venir* de la mère. Ht troisièmement, il» peuvent sortir d'un œuf aussi isolé et complet, nuis pondu plus ou moins de * temps avant d’éclore. Ces deux dernière» manières sont les mêmes qoaut au fond; ailes difTérrnt beaucoup de la pf-etpière, tuais elles ne différent l’une de l’autre que par les circonstances de lïncnbationj dans la seconde, ln chaleur inférieure du venir* de 1g njrre développe le véritable œuf;,

*« tandis- que dans U troisième , la cU»l*nr extérieure dn corps de la mère , on 1a obaleur plus étrangère dn soleil et de l'atmosphère le Aitedore. Les animaux qui viennent au joor de la seconde et de U troisième manière aoQWlonc également ovipares; j'ai donc «té fondé à donner ce nom., aVec la plnpart des- naturalistes , aux tortue*, crocodiles, le/ecd* , salamandre» , grenouilles et antres qnadrapèdes MU» mamelle,» ; et tons le» serpents , meme lès vipères doivent être aussi regardés comme de' vrai» ^ ovipares, trés-diflereots également, par leur manière de venir autour, de* vivipare» proprement dits. Voyee, à cp snjet , Rai : Synopsis raethodica ibinuUum quadrupedum et serpentin! geoeris. bond. i(jy3 , fol. 47

chaque œuf. Il est, même des espèces où cette sortie est assez difficile pour être très-douloureuse. Une couleuvre (■!•) femelle qu’un observateur avait trouvée, pondant ses œufs avec lenteur et beaucoup d’efforts , et qn’il aida À se débarrasser de son fardeau, paraissait recevoir cé secours, uon seulement sans peine, mais même avec un plaisir assez vif; et en frottant mollement, le dessus de sa tète con(Ye la main de l’observateur, elle semblait vouloir lui rendre de. douces caresses pour son bienfait. . 4 \

L’on ignore encore combien de jours s’écoulent dans les diverses espèces, entre la ponte des œufs et le moment où le serpenteau vient à la lumière. Ce temps doit être très-relatif à la chaleur du. climat. -,

’• ■ Lès femelles ne couvent point leurs œufe ; ellçs les abandonnent après la ponté ; elles les laissent quelquefois sur la terre nue , surtout clans les contrées très-chaudes.;. mais le plus .souvent olles les

(l) s J’observai qu’un de ce» serpents femelles , «près sY-tre beaucoup « roulé sur les carreaux , eu qu'il n'avait pas coutume de faire , y pondit « enfin un œnT ; je fe pris surde-champ , je le mis auf une table, et eu le mania'ut .doucement v je jui facilitai la ponte de taise arufs. Cette • poule dura epvinm une heure et demie, car à chaque œuf il *e reposait , «et lorsque je cessais de l’aider, il loi fallait plus de temps pour faire ■ sortir son œuf; d'où j’eus- lieu de conclure que le bon ofticc que je lui * « Vend*!* ne lui était pas inutile -, et plus encore de ce que , pendant dette « opération r il ne dAsa de frotter doucement mes mains avec sa tète ,* h comme pour les chatouiller. • Obarrv. de George Srgcruv , médecin dn roi de Pologne. Collect. acad. , part, étang.-, vol. llf, p.>.

. 4 G HISTOIBE NATUltKLLE

couvrent avec plus ou moins de soi u, siji vaut que l’ardeur du soleil et celle de l’atmosphère sout plus ou moins vives (i); nous verrous même que certaines espèces qui habitent les contTéestempérécs , les déposent dans des endroits remplis de végétaux en putréfaction et dont la fermentation produit une chaleur active(a).

Si l’on casse ces œufs avant que les-petits soient éclos, on trouve le serpenteau roulé en spirale. Il parait pendant quelque temps immobile; mais si le terme de sa sortie de l’œuf n'était pas bien éloigné, il ouvre la gueule et aspire à plusieurs reprises l’air de l’atmosphère; sés poumons se remplissent; et le jeu alternatif des inspirations et des expirations est pour lui un nouveau îpoteur assez puissant pour qu’il s’agite , se déroulç et commence à ramper. *. .

Lorsque .les petits serpents sont éclos ou qu’ils

Cl) * Au moi» dp jaillct dernier, j’apportai de la campagne des grappe* - d'œufs de serpents qui avaient etc trouvées dans le creux d'un vieux

• arbre : 1rs ayant ouverts avec précaution , j'y trouvai de petits, .serpents

• tout vivants, dont le çœur avait de» battements sensibles. Le placcéta ,

• Tonne de quantité de vaisseaux, était attaché au jaune, ou, -pour mieux m dîrç, en était on prolongement , et allait se terminer en forme de petla

• cordon, dans l'ombilic du fœtus, anses près de U queue. U est à re-

• marquer que ces œufs de serpents n’éclosent qu'au, frais et à l’air libre , •4*t qu’ils se dessécheraient dans un endroit fermé et trop chaud. Il y* a

• apparence que cet animal étant naturellement froid*, ses œufs n'ont pa»

• besoin d une grande chaleur pour éclore. • Observ. de Thomas Bartboliîi, insérée dans Je» Àct. de Copenhague, en 1673 rtt rappoftée dans la Collection académique , part, étrangère, tom; iT, pag. aa6.

(a) Vnyra particuliérement l'artjclr de 1 * Couleuvre à coljier, •

DES SERPENTS. lyj

sont sortis tout formés du ventre de leur mère , Us traînent seuls leur frêle existence; ils n apprennent de leur mère dont ils sont séparés, ni à distinguer leur proie, ni à trouver un abri; ils sont réduits à leur seul instinct : aussi doit-il en périr beaucoup avant qu’ils soient as^ez développés et qu’ils aient acquis assez d’expérience pour se garantir des dangers. Et si nous voulons rechercher quelle peut être la force de cet instinct; si nous examinons pour cela leé sens dont les serpents -ont été pourvus, nous trouverons que celui de l’ouïe doit être très-obtus dans ces animaux. Non seulement ils sont privés d’une conque extérieure qui ramasse1 les rayons sonores; mais ils Sont encore dépourvus d’une ouverture qui laisse parvenir librement Ce$ mêmes rayons jusqu’au tympan auquel ils ne peuvent aboutir qu’au travers d’écailles assez fortes et serrées Hune contre l’autre, Leur odorat ne doit pas être très-fin , car l’ouverture de leurs narines est petite et environnée d’écailles; piais leurs yeux garnis, dâns la plupart des espèces, d’une membrane clignotante qui les préserve de plusieurs accidents et des effets d’une lumière presque toujours trop vive dans les climats qiï’ils habitent, sont ordinairement brillants et animés, très-mobiles, très-saillants, placés de manière à recevoir l’image d’nu espace étendu; et la prunelle pouvant aisément se dilater et se contracter, admet un- grand nombre de rayons lumineux, ou arrête ceux qui nuiraient à ces or-

HISTOIRE HATlTRELLE

ganes(i). Lotir vue doit donc être et est en çffet très-perçante. Leur goût petjt d’ailleurs èfre assez actif, leur langue étant déliée et fendue de manière à se coller aisément contre les corps savoureux (a); leur toucher même doit être aasez fort; ils ne peuvent pas, à la vérité, appliquer immédiatement aux différentes surfaces, la partie sensible de leur corps; ils ne peuvent recevoir parle tact l’impression des objets qui les environnent, qu’au travers des dures écailles qui les revêtent ; ils n’ont point de membres divisés en plusieurs parties , des mains , des pieds , des doigts séparés les uns des autres, pour embrasser étroitement ces mêmes objets; mais comme ils peuvent former facilement plusieurs replis autour de ceux qu’ils saisissent ; qu’ils les touchent, pour ainsi dire , par une sorte de niain composée d'autant, de parties

(l) Lorsque U prunelle est resserrée, «lié est très-allongée , comme dans les chats, les oiseaux de proie de naît , etc., et elle (orme une fente horizontale dam certaines espèces, et verticale dans d'antres , quand la tête du serpent est parallèle à l'horizon.

(a) Elle eat ordinairement ‘étroite , mince , déliée,, et composée de deux corps longs et ronds, réunis ensemble dans le» dènx tiers de leur longueur. Pline a écrit qu’elle était fendue en trbis; elle pem Je paraître lorsque le serpent l'agite vivement , mils elle tse l'est réellement qu'en deux. Klinc, liv. U, chap. Dan* la plupart de* espèces, elle r^t renfermée presque en entier dans on fourreau, d'où ranimai peut la faite sortir en l'allongeant ; il peut même la darder hors de sa gueule sans remuer ses mâchoires et sans les séparer l’une de l’autre , la tnâehpire supérieure ayant , nu-dessous du museau , une petite échancrure par où b langue peut passer, et par où , en effet, on voit souvent déborder les deux pointes de cet organe , niéror dans l’état de repos do*eerpent. , •

DES SE-RpEMTS. /Jg

qu|il y à d’écailles dans le dessous de leur corps, et que par-là ils1 doivent avoir un toucher plus parfait que celui de beaucoup d’animaux et particuliérement des quadrupèdes ovipares, nous pensons qu’ils sont plus sensibles que ces derniers et qu’ils ne cèdent en activité intérieure qu’aux quadrupèdes vivipares et aux oiseaux. D’ailleurs l'habitude d’exécuter avec facilité des mouvements agiles et de s’élancer avec rapidité à d’assez grandes distances, ne dôit-elle pas leur faire éprouver dans un temps très-court un grand nombre de sensations qui remontent, pour ainsi dire, les * ressorts de leur machine /ajoutent à leur chaleur intérieure, augmentent leur sensibilité et par conséquent leur instinct? La patience avec laquelle Us savent attendre pendant très-long-temps dans une immobilitç presque absolue, le moment de se jeter sur leur proie, la colère qu’ils paraissent •* éprouver lorsqu’on les attaque, leur fierté lorsqu’ils se redressent vers ceux qui s’opposent à leur passage',’ la hardiesse avec laquelle ils s’élancent même contré les ennemis., qui Iéur sont supérieurs, leur fureur lorsqu’ils se précipitent sur ceux qui les troublent dans leurs combats ou dàns leurs amours , leur acharnement lorsqu’ils défendent leur femelle, la vivacité du sentiment qui semble les animer «Uns leur union avec elle, ne prouvent-ils pas, en effet, la supériorité de leur sensibilité sur celle de tous les animaux, excepté les oiseaux et les quadrupèdes vivipares ?•’ Non

Lackpkok. Tome IV, <

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5o* * • HISTOIHB «ÀÏOHELLE

seulement plusieurs espèces «le serpents vivent tranquillement auprès déshabitations de l’homme, entrent familièrement dans ses demeures,. s’y établissent même quelquefois et les délivrent d’animaux'nuisibles et particulièrement d’insectes .malfaisants^); mais l’on a vu des serpents réduits à uqe vraie domesticité , donner à leurs maîtres ries signes d’attachement supérieurs à tous ceux qu’on a remarqués dans plusieurs espèces d'oiseaux «et même de quarlrupèdes, et ne le Céder en quelque sorte, par leur fidélité, qu’à l’animal même qui en est le symbole (a).

Il en est des serpents comme de plusieurs autres ordres d’animaux : ceux qui sont très-grands sont rarement plusieurs ensemble. Il leur faut trop de place pour se mouvoir ,.trop d’ espace pour chasser; doués de plus «le force et d'armes plus puissantes, ils «loivent s’inspirer mutuellement plus de crainte : mais ceux qui ne parviennent pas à une longueur très-considérable , et qui n’excè-

(f) • Schouten décrit une’ espèce de serpents du. Malabar, que 1rs

-Hollandais ont nommés Preneurs de rotsy parce qu’ils rirent effective*

4 ment de rats et de sooris , comme les chats , et qu’ils se nichent dans

• les toits des maisons : loin de noire ans hommes , ils passent sur lç

1 corps et le visage de ceux qui dorment, sans leur causer aucune iucom- - tnodité ; ils descendent dans les chambres d’une maison, comme pour -les visiter, et souvent ils se placent sur le plus beau H J. On embarque « rarement du bois de chauffage, sans y jeter quelques-uns de ces animaux, «pour faire U guerre aux infectes «pii s’y retirent.» Hist..génér. des ▼oy., édit, in- fa , vôl. XUI1 , p. 346. . ' “ * *

.-(A) Voyee particulièrement l’article de la Couleuvre commune*

I)FS SKÏPEjUTS. ' 5l

djeut pas sept ou huit pieds- de long, habitent souvent en très-grand Nombre, non seulement sur le 'même rivage ou dans la même fôrèt, suivant qu’ils se nçurrissent d’animaux aquatiques,

ou de ceux des bois, mais' dans le même asile

souterrain; c’est dans des cavernes profondes qu’on les rencontre quelquefois^ntassés, pour ainsi dire, les -uns coutre les autres,- repliés, et entrelacés de telle sorte qu’on croirait voir des serpents à plusieurs tètes. Lorsqu’on parvient dans ces antres ténébreux , on n’entend d’abord que le petit bruit qu’ils peuvent faire au milieu des feuilles sèches, ou sur le gravier en se tournant et en se retournant, parce que naturellementpaisibles .lorsqu’on ne les attaque point , ils ne cherchent alors qu’à se cacher davantage , ou continuent sans crainte leurs mouvements accoutumés; mais si on les effraie ou les irrite par un séjour trop long dans leurs repaires , on entend autour de sôi leurs sifflements aigus; et si Ton peut apercevoir les objets à l’aide de la faible clarté qui parvient dans la caverne, On voit un grand nombre de. têtes se dresser au-dessus de plusieurs corps écailleux, entortillas et pressés les uns contre les autres, êt tous les serpents fairebriller, leurs yeux et agiter avec vitesse leur langue déliée. - ‘ • , - -

Telle est l’espèce de société- dont ces animaux sont- susceptibles ; mais, dépourvus de mains et . de pieds , ùe pouvant rien porter j qu’avec, leur

ÜL

Br.

gueule, ils sont plusieurs ensemble sans que leur union produise jamais ahcun ouvrage combiné, sans que leurs efforts particuliers tendent à un résultat commun, sans qu’ils cherchent à rendre leur retraite plus commode; et peut-être est-ce par une suité de ce défaut de concert dans leurs

mouvements, quon ne ies voit point se, réumr contre les ennemis qui les attaquent ni chasser eh cotnmun une proie dont ils viendraient plus aisément à bout par le nombre.

Ils éprouvent pendant l’hiver des latitudes élevées, un engourdissement plus ou moins profond et plus ou moins long, suivant la rigueur et la durée du froid : ce ne sont guère que les petites espèces qui tombent dans cette torpeur, parce que les très-grands serpents vivent dans la zone torride où les saisons ne sont jamais assez froides pour diminuer leur mouvement vital, au point de les engourdir. * 1 '

Ils sortent de leur sommeil annuel, lorsque les premiers jours chauds du printemps se font ressentir; mais ce qui peut paraître singulier, c’estqu’ainsi que les quadrupèdes oviparei, et presque tous les animaux qui passent le temps du froid / dans nu état de sopeur, ils se réveillent de leur sommeil d’hiver, lorsque la température est encore moins chaude que celle qui n’a pas suffi, vers la fin de l’automne, pour les tenir en acitivité.

. Oii a observé que Ces divers animaux se retiraient •souvent pendant l’automne dans leurs asiles d’hi-

ver, et s’y engourdissaient à une température égale à celle qui les ranimait au printemps. D’où vient donc cette différence d'effets de la chaleur du printemps et de celle dë l’automne? Pourquoi, vers, la fin de l’hiver, le même degré de chaleur produit-il un plus haut degré d’activité dans les animaux? C’est que la .chaleur du printemps n’est point le seul agent qui ranime alors et mette en mouvement les animaux engourdis. Dans cette Saison , non seulement l’atmosphère commence à être pénétrée de chaleur, mais encore elle se remplit d’une grande quantité de fluide électrique qui se dissipe avec les orages de l’été; et voilà pourquoi on n’ebtend jamais, pendant l’automne, un aussi grand nombre d’orages ni des coups de tonnerre aussi violents, quoique quelquefois la chaleur de ces deux saisons soit égale. Ce feu électrique est un des grands agents dont se sert la nature pour animer les êtres vivants; il n’est donc pas surprenant que lorsqu’il abonde dans . l’atmosphère, les animaux déjà mus par cette • cause puissante , n’aient besoin , pour reprendre tous leurs mouvements, que d’une chaleur égale à celle qüi les laisserait dans leur état de torpeur si elle agissait seule.' La plupart des animaux qui Ont assez de chaleur intérieure pour ne pas s’engourdir, et l’homme même, éprouvent cette différence d’action de la chaleur du printemps et de celle de l’automne; ils ont, tout égal d’ailleurs, bien plus de forces vitales et d’activité intérieure dans

54 HISXOjtlï N A T II R ELLE

le commencement du printemps, qu’à l’approche de l’hiver ; parce qu’ils sont également susceptibles d’être plus ou moins animés par le fluide électrique dont l’action est bien moins forte dans l’automne qu’au printemps.

' Quelque temps après que les serpents sont sortis de leur torpeur, ils se dépouillent comme les quadrupèdes ovipares, et revêtent une peau nouvelle; ils se tiennent de même plus ou moins . cachés pendant que cette nouvelle peau n’est pas encore endurcie^!); mais, le temps dé leur dépouillement doit varier suivant- les espèces, la température du climat, et celle de la' saison (?).

(i)L’on trouvera , à l’article de la Couleuvre tf Escubipe , l’ exposition ttès-détaillée de 1a manière dont »e fait le dépouillement de* * •• Serpenta.

• (*) • Ayant trouvé, prèa de Copenhague, une grande quantité de Ser-

• penta de l’espèce de ceux qu’on nomme Serpents d'Esculnpe parce

■ qu’ils ne sont pas dangereux et qu’ils n’ont point de venin, j'en pria * j quelques-uns en vie, que je mis dans un panier et que je fia 'porter

•• dan* mou cabinet. D'abord , pour plus grande sûreté, je leur arraohai -la pet ite langue déliée qu’ils dardent sans cesse, croyant alors, suivant « l'opinion vulgaire, qu'ils pouvaient par-là faire des blev»ürc* mortelles ; v niais lievepu par 1a suite plus hardi , je leur laissai cette pa^ie connue ■■ incapable de pouvoir faire le moindre mal. Leà serpents à qui f avais rite

• la langue restèrent dani le panier, que j’avais rempli d’une terre molle « et humide , pendant plus de trois jours , tristes cf sans mouvement, à * sf moins qu’ou ne les agaçât ; mais ayant recouvré leur première vigueur ,

« ils parcoururent bientût , vans aucune crainte, loua les recoin* de mon

- cabinet , se retirant toujours , snr le Soir , dans Te panier. Je m'aperçus ,

- ut» jour , qu’un d'eux faisait les plus grands efforts pour de fourrer entrp

- çc panier et le mur , coptre lequel je l’avais placé } je le retirai donc un

■ peu . ponr observer dans quelle vue ce serpent cherchait ainsi des lieux

- étroits, et dans l'instant il se mit en devoir de se dépouiller de sa peau,

• en commençant près. de sa télé; je m'approchai alor* , et je l'aidai peù-

C’est même dans les serpents que Ie6 anciens ont principalement observé le dépouillement annuel, et comme leur imagination riante et féconde se plaisait à tout embellir ,-ils ont regardé cette opération comme une sorte de rajeunissement', comme 4e signe d’une nouvelle existence , commç un d&ponillement de, la vieillesse, et une réparation de tous les effets de l’âge ; ils ont consacré oette idée par plusieurs proverbes, et supposant que le serpent reprenait, chaque année, des forces nouvelles avec sa nouvelle parure , qu’il jouissait d’une jeunesse qui. s’étendait autant que sa vie, et que cette vie elle-même était très-longue, ils se soùt déterminés d’autant plus aisément à le regarder comme le symbole de l’éternité, que plusieurs de leurs idées astronomiques et religieuses se liaient avec ces idées physiques.

On ignore, dans le fait , quelle est la longueur de la vie des serpents. On doit croire qu’elle .varie suivant les espèces , et qu’elle est d’autant plus considérable , qu’elles parviennent à de plus grandes dimensions. Mais on n’a point, à. ce sujet, d’observations précises et suivies. -Et comtaeitt aurait-on pu en avoir? La conformation extérieure . de ces reptiles est trop simple et trop peu variée,

- à-peu • s'en débarrasser. Ce lrsv»il fini , il se retlH dans ss boite pen- « dant quelques jours , et jusqu'à ce que sa nouvelle peau écailleuse eût «acquis une consistance convenable.» Observ. de George Segerus, T'.phéiucrid. des Curieux de la Nature, déc. x , an. i. — Collect, acid. , part, étrang. , tom. III, pag. i.

56 H ISTO IRC NATURELLE

pour qu'on ait pu s’assurer d’avoir vu plusieurs

fois le même individu dans les bois ou dans les autres endroits où ils vivent en liberté; et d’ail-

leurs, les grauds serpents ont toujours inspiré trop de crain,te pour qu’on ait osé essayer de les observer avec assiduité; les moins grands ont été

• aussi l’objet d’une grande frayeur, ou leur petitesse, ainsi qùe la nature dé leurs retraites, les

* ont dérobés, aux regards de ceux qui auraient voulu étudier leurs habitudes. Mais, si nous ntan- , quons de faits positifs et «le preuves directes à ce

sujet , nous pouvons présumer « par analogie, qu’en général leur vie comprend un grand nombre d’années. Les quadrupèdes ovipares avec lesquels ils ont de très-grands rapports, tant par leur conformation intérieure, la température de leur sang, le peu de solidité de leurs os, leurs écâilles, etc. que par leurs habitudes, leur engourdissement jjériodique et leur dépouillement annuel , jouissent eu général d’une vie assez longue. Les très-grandes especes de serpents doivent donc vivre très-longtemps;- si nous les comparons en effet avec les crocodiles, qui ne parviennent de la longueur de quelques pouces à celle de vingt-cinq ou trente pieds qu’ad bout de trente ans(i), nous trouverons que les serpents, «lont la grandeur excède quelquefois quarante pieds, ne doivent y parvenir

(l) Voyez l'article du CrocodUt dans l'Histoire Naturelle des Qtu-

• drupède» ovipares. gSI . V'

mvm

qu'au bout d’un temps polir le moins ayssi long: Ces énormes serpents sortent en effet d’un *œuf,

- comme les crocodiles; leurs œufs sont à-peu-près de la même grosseur que ceux de ces derniers animaux, et le fœtus ne doit guère avoir plus de deux pieds de long lorsqu'il éclot, à quelque espèce démesurée qu’il appartienne ; nous avons vu et mesuré de jeunes serpents évidemment de la même espèce que ceux qui parviennent, à trente ou quarante pieds de long, et leur longueur n’était qu’environ de trois pieds, quoique leur con>forination et la position de leurs diverses écailles annonçassent qu’ils étaient sortis de leur œuf depuis quelque' temps lorsqu’ils avaient été tués. Mais si ces grands serpents ont besoin au moins du même temps que les crocodiles pour atteindre à leur entier développement, ne doit-on pas supposer que leur vie est aussi longue?

Sa durée serait bien plus considérable, ainsi que celle; de presque tous les animaux qui vivent dans Kétat sauvage, et qui neweçoivent de l’bpmme ni abri ni nourriture, s’ils pou vaie^it. passer par un véritable état de vieillesse, et si le •commencement de leur dépérissement n’était pas presque toujours le terme de leur vie. Presque aucun des animaux qui sont dans le pur état de nature, ne prolonge son existence au-delà du moment où ses forces commencent à s’affaiblir. Cette époque, qui daus l’homme placé au milieu de la société, n’indique tout au plus que les deux tiers de sa viè ,

$8 HI'STOIRR N A T II R F. L I. F

marque la fin de celle de l’animal sauvage. Dès lç mornt-nt qup sa vigueur diminue, il ne peut ni atteindre à la course les animaux dont il se nourrit, ni supporter là fatigue d’une longue recherche pour se procurer les- aliments qiii lui conviennent, ni échapper par la fuite aux ennemis qui le poursuivent, hi attaquer ou se défendre avec, des armes supérieures ou égales.

• ï)ès-lors ayant moins de ressources, lorsqu’il aurait besoin de plus de secours; exposé à plus de dangers, lorsqu’il a moins de puissance et de légèreté pour s’en garantir; manquant plus souvent d’aliments, lorsqu’il lui est plus nécessaire de réparer des forces qui s’épuisent plùs vite, sa faiblesse va toujours en augmentant; la vieillesse n’£st pour lui qu’un instant très-rcourt, auquel succède une décrépitude dont tous les degrés se suivent avec rapidité : bientôt .retiré dans son asile, où même quelquefois IJ à bien de la ppine à se traîner, il meurt de dépérissement et de faim, ou est dévoré par dei* animaux plus vigoureux que lui. Et yoilà pourquoi, l’on ne rencontre presque jamais d’animal sauvage avec les signes de la caducité; il ert serait dç même dè l'homme qui vivrait seul dans le véritable- état de native; sa vie’ se terminerait toujours au moment où elle commencerait à s’affaiblir; la société seule, en lui fournissant les secours, les abris, les divers ali-' ménts, a prolongé des jours qui ne peuvent se

• soutenir que par ces forces étrangères; .l’inteHi-'

gence humaine a doublé, pour ainsi dire,- la vie

que la nature avait accordée à l’homme; et si les produits de cette intelligence, si les résultats de la société, si les arts de toute espèce ont amené les excès qui diminuent les sourcés de l’etistence, ils ont créé ces secours puissants qui ehipéchent quelles ne tarissent presque au moment où elles commencent à n’ètre plus si abondantes. Tout compté, ils ont donné à l’homme bien plus d’an-' uées, par tous les biens qu’ils lui procurent; qu’ils ne lui en ont ôté, par les maux qu’ils entraînent. Les animaux élevés en domesticité, jouissant des mêmes abris, et, trouvant toujours à leur portée la nourriture- qui leur convient, parviendraient presque tous, comme l'homme, à une longue vieillesse; ils recevraient ce bienfait de nos arts, en dédommagement de la liberté Qui leur est ravie, si l'intérêt qui les élève, ne les abandonnait dès que leurs forcés affaiblies et leurs qualités diminuées, les rendent inutiles à uos jouissances, . • V • . ,

Lorsque les très-grands serpents sont, encore éloignés de leur courte vieillésse, lorsqu’ils jouissent de tonte leur activité et de toutes leurs forces, ils doivent les entretenir par Une grande quantité de nourriture substantielle ; aussi ne se contentent-ils pas de brouter l’herbe , ou de manger des graines et; des fruits, ils dévorent les animaux qü’ils peuvent saisir; et comme, dans la plupart des serpents, la digestion est très-longue, et que

66 0ISÏOIRB NATURELLE

leurs aliments demeurent très-long-temps dans leur corps, les substances animales qu’ils avalent, et qtii sont très-susceptibles de-putréfaction, s’y décomposent et s’y corrompent au point de répandre l’odeur la plus fétide. Il est arrivé à plusieurs voyageurs, et particuliérement à M. de Laborde ( i), qui avaient ouvert le corps d’un serpent, d’être comme suffoqués par l’odeur forte et puante qui s’exhalait des restes d’aliments que l’animal avait encore dans les intestins. Cette odeur vive pénètre le corps du serpent, et, se faisant sentir de trèsloin, annonce à une assez grande 'distance l’approche «lu reptile. Fortifiée dans plusieurs espèces, par celle qu’exhalent des glandes, particulières (a), èlle sort, pour ainsi dire, par tous les pores, mais se répand surtout par la gueule de l’animal ; elle est produite par un grand volume de miasmes corrupteurs et de vapeurs méphitiques, qui, s’étendant jusqu’à la victime que le serpent veut dévorer, l’investit, la suffoque, oi) ajoutant à la

(j) Note* Manuscrite* commnniqüéc* par M. de Laborde, correspondant du Cabinet dn Roi , it Cayenne.

f»)«Voye* le* divers article* de oètte Histoire.

• • Au Brésil il se trouve, k charpie pas, des serpents dans les cam-

« parues, dsns les bols, dans l'intérieur des maisons, et jusque* dans les « lits ou les hamacs; on en est piqué la pnit comme le jour, et si l'on • u’y remédie pas aussitôt .par la saignée , par Ik dilatation de la blessure , - «t par les plus puissants antidotes , il fait s'attendre*! mourir dans les « plus cruelles douleurs. Quelques espèces jettent une odeur de musc qui. a est d'un grand secours pour se garantir de leurs surprises. • Hist. genêt*.

des Voyag., édit. i«»-in , vol. LIV, pag. 3*6. * »

• DES SERPEKTS.’ * 6l

frayeur qu’inspire la présence du reptile, l.’ertivre, lui ôte l’usage de ses membres, suspend ses mouvements, anéantit ses forcés, la plonge dans une sorte d’abattement, et la livre sans défense à l’animal vorace et carnàssier. .

Cette vapeur putride, qui produit des effets si funestes sur les animaux qui y sont exposés , et qui a donné lieu à tant de contes bizarre^ et absurdes (i), forme une sorte. d’at-musphère empestée autour de presque tous ies grands reptiles,. soit qu’ils aient du venin , ou qu’ils ri’en- soiefit pas infectés; et elle ne doit être presque jamais rapportée à la nature de- ce poison, qui, malgré son activité, ne répand pas souvent une odeur sensible, même lorsqu’il est mortel.

Lorsque les serpents se sont précipités sur les animaux dont ils se nourrissent , ils les retiennent en se roulant plusieurs fois autour d’eux, et en les serrant dans leurs nombreux replis; ils les dévorent alors, et ce qui sert à expliquer comment ils avalent’ des volumes très- considérables, c’est que leurs deux mâchoires. sont articulées ensemble de manière à pouvoir se séparer l’une de l’autre , et s'écarter, autant que la peau de la tète peut le permettre ; cette peau obéissant avec facilité aux efforts dé l’animal, et les deux os qui forment les deux côtésde chaque mâchoire, n’étant réunis

(l) LUcc particulièrement l’Hatoire générale de» Voyage», édition in-ia , tom. LUI f p*g. 44$ et »uiv. % •' . ,

vers le museau que par des ligaments qui se prêtent plus ou moins à leur séparation, il n’est pas surprenant que la gueule des serpents devienne une large bUverture par laquelle Us peuvent engloutir des corps très-gros. D’aUleurs éomnae ils commencent par briser au milieu dç jleurs contours les os des animaux, et les autres substances très-dures, qu’ils veulent avaler; comme ils s’aident, pour y parvenir pins facilement, des arbres-,

. des grosses pierres et de tons les corps très-résistants qui peuvent être à leur portée; comme ils les enveloppent dans les mêmes replis que leurs 'victimes, et qu’ils s’en servent comme d’autant de leviers pour les écraser, il est encore moins étonnant que leurs aliments, étant broyés de manière k céder aux différentes pressions, et étant enduits de leur bave et d’une liqueur qui les rend plus souples et plus gluants , puissent entrer en grande masse dans leur gueule trés-élàrgie ; ils serrent même souvent-leur proie avec, tant de force et de promptitudé, que non seulement ilB la compriment, la brisent ètla concassent, mais la coupent’ comme le fer le plus tranchant.

,• Les anciens connaissaient cette manière d’attaquer qu’emploient presque tous les serpents , et surtout les très-grandes espèces. Pline ("i) a écrit même que lorsque ces énormes reptiles avaient

avalé quelque grand animal, et par exemple iule

. ( r) Pline , Ht. X-, ch»p. g».

DPS S P RP K N T S. 63

brebis, ils S’efforçaient de le briser en se roulant en plusieurs sens et en comprimant ainsi avec force les os et les différente^ parties de l'animal qu’ils avaient dévoré. , .. .•

Leurs aliments étant triturés pt préparés, avant de parvenir dans leur estomac, il est aisé de voir qu’ils doivent être aisément digérés, d’autant plus que leurs sucs digestifs paraissent très-abondants, leur vésicule du tiel par exemple étant en général très-grande en proportion des autres parties de leur corps. • ' -• ....

La masse des . aliments qu’ils avalent est quelquefois si grosse, relativement à l’ouverture de leur gosier, que, malgré tous leurs efforts i l’écartement de leurs mâchoires et l’extension de leur peau , leur proie ne peut entrer qu’à, demi daii6 leur estomac. Étendus alors dans leur retraite,, ils sont obligés . d’attendre que. la partie qu’ils ont déjà avalée soit digéréè, et qu’ils puissent de nouveau écraser, broyer, enduire et préparer les portions trop grosses; et on ne doit pas être étonné qu’ils ne soient cependant pas étouffés par cette masse d’aliments qui remplit leur gosier et. y interdit toilt passage à l’air; leür tracbée-artère par où l’air de l’atmosphère parvient à leurs poumons (<i-), s’étend jusqu’au-dessus du

(i) Il n'y* a point d'épiglotte pour fermer l’ouverturo de U trachée; cette ouverture ne consista communément que dans une fente très-étrôite , et voilà pourquoi les serpents ne peuvent faire entendre que des sifflement».

fourreau qui enveloppe leür langue; elle s’avance dans leur bouche. de manière que son ouverture ne soit pas obstruée par -Un volume d’pliments suffisant néanmoins pour remplir toute la capacité du gosier; et l’âir ne cesse de pénétrer plus ou moins librement dans leurs poumons jusqu’à ce que presque toutes les portions des animaux qu’ils ont saisis soient ramollies, mêlées. avec les sucs digestifs, triturées, etc. Quelques efforts qu’ils fassent cependant pour briser et concasser les os , ainsi que pour ramollir les chairs et les enduire de leur bave, il y a certaines parties, telles, par exemple, que les plumes des oiseaux, qu’ils ne peuvent point ou presque, point digérer, et qu’ils rejettent presque toujours.

Lorsque leur digestion est achevée, ils reprennent une activité d’autant plus grande, que leurs forces1 ont été plus renouvelées , et pour peu surtout qu’ils, ressentent alors de nouveau l’aiguillon de la faim, Us redeviennent très-dangereux pour les animaux pins faibles qu’eux ou moins bien armés. Ils. préludent presque toujours aux combats qu’ils livrent, par .des sifflements plus ou moins forts. Leur langue étant très-déliée et trèsfendûé , et ces animaux la lançant en dehors lorsqu’ils veulent faire entendre quelques sons, leurs cris doivent toujours être modifiés eu sifflements; et il est à remarquer que ces sifflements plus. ou moins aigus ne paraissent pas être comme les cris .de plusieurs quadrupèdes ou le chant de plusieurs

oiseaux « une sorte de langage qui exprime les sensations douces aussi bien que les affections terribles; ils n'annonccut dans les grands serpents qu,e le besoin extrême, ou celui de L’amoiir ou celui de la làim. On dirait qu’aucune affection paisible ne les émeut assez vivement pour qu’ils la manifestent par l'organe de la voix ; presque tous les animaux de proie tant de t’air que de la terre, les aigles, les vautours, les tigres, lés léopards, les panthères, lie font également entendre' leurs cris ou jeurs hurlements 'que lorsque' leurs chasses commentent où qu’ils se livrent des. combats à mort pour la libre possession do leurs fe* nielles. Jamais >on ne les a entendus comme plusieurs de nos animaux domestiques, et la plupart des oiseaux chanteurs, radoucir, en quelque sorte, les sons qu’ils peuvent proférer, et exprimer par une suite d’accents plus ou moins. tranquilles, une joie paisible, une jouissance dciiice , et pour ainsi dire, uu plaisir innocent; leur langage hc signifie jamais que colère et J tireur ; leurs clameurs ne sont que des bruits de guerre; elles n’annoncent que le désir de saisir une proie, et d’immoler un ennemi , ou ne sont que l’expression terrible de la. douleur aigue qu’ils éprouvent , lorsque leur force trompée n’a pu les garantir de blessures cruelles, ai leur conserver la femellé vers laquelle ils étaient entraînés, par- une puissance irrésistible.. '

. Si le» sifflements des très-grands serpents étaient

LAjrirèof. Tome. IV. , 5

Cfi II I ST U 1 U p. N A T |i UfLI. E

entendus de loin, comme les cris des tigres, des aigles , des vautours* etc. ils serviraient à garantir de l’approche dangereuse de ce s énormes reptiles : mais .ils sont bien moins forts que les rugissements des gramls quadrupèdes carnassiers et des oiseaux de proie. La masse seule de cçs grands serpents les trahit , et les epipèçhe de cacher leur poursuite; on s^apaeçoit facilement de leqrappro»che, dans les endroits qui "ne sont pas couverts de bois, par le mouvement des hautes herbes qui s’agitent et se courbent sous le.ur poids; et on les voit aussi quelquefois de loin l'épilés sur euxmêmes, et présentant ainsi un cercle assez vaste et assez élevé (i). • •. - • •

Soit qu’ils recherchent naturellement l’htiroidité, ou que l’expérience leur ail appris que le bord, des eaux, dans les contrées torrides', était toqjours fréquenté par les aniipaux dont ils font leur proie, et qu'ils peuvent y trouver eh abondance; et sans la peine de la recherche, l’aliment qu'ils préfèrent; Cést. auprès des mares, tics fontaines, ou des bords des fleuves qu’ils choisissent leur repaire. C’e#-làque, sous le soleil ardent des contrées équatoriales, et, par exemple, au milieu des déserts sablonneux .«te lï. Afrique,, ils aV tendent. -que la chaleur/ du midi aiilène au boni , des eaux, les gazelles, les antilopes, les chevrotants qui, consumés par la soif, excédés de fatigue,

•( * ) Adaïuon, Vuy«gc au ftcncgal. « .

et souvent de disette, au milieu de ces tefre&desséchées et dépouillées de verdure; viennent leur livrer une proie facile à vaincre. Iæs tigres et lés autres animaux moins altérés d’eau que de sang, viennent aussi Sur ces rives; plutôt .pour y saisir leurs victimes que pouf y étancher Jeur soif.. Attaqués souvent paLç les énormes serpents , ils les attaquent eux7rflémés. C’est surtout au moment où la chaleur de cçs contrées est rendué plus dévorante par l’approche d’un orage qui /ait briller les fondées et entendre ses affreux roulements* et où l’action, du fluide électrique répandu dané /atmosphère, donne, Ten quelque sorte, une nouvelle vie îhÙc reptiles, que, tourmentés par, une faim extrême , animés par toute l’ardeur d’un sable bridant et d’un ciel qui paraît s’allumer, environnés de feu, et le lançant, pour ainsi dire, eux-» mêmes par leurs yeux -étincelants, le serpent et Je tigre sè disputent iyec.hr plus d’acharnement ' l’enfpire de cés bords sr souvent ensanglantés. Des voyageurs disant avoir vu ce spectacle terri-, ble; üs ont vu un tigre furieux, et dont les rugissements portaient au loin l'épouvante, saisir avec ses griffes, déclarer avec ses dents, faire couler le sang d’un. serpent démesuré, qu^ roulant son corps gigantesque, 'et sifflant de douleur et de rage, serrait le tigre. dans Ses contours multipliés, le. couvrait de son écume rougie, l’étoiiffait sous son poids, et faisait craquer ses os au milieu dé tous ses ressorts tendus avec force; mais

U IST*01 HK N 4 1 llUtiLLE

les efforts du tigre furent vains, ses armes furent impuissantes, et il expira au milieu des replis de l'énorme reptile qui le tenait enchaîné.

Et que l’on . ne soit pas étonné de la grande puissance des serpents. Si les animaux carnassiers outrant de force dans leurs mâchoires, quoique la longueur de ces mâchoires n'excède guère un pied, et qu’ils n’agissent qde par ce levier unique, quels effets ne doivent pas. produire , dans les serpents, un très-grand nombre de I éviers composés des os, des vertèbres et des côtes, et qui, par l’articula fion de ces' mêmes- vertèbres, peuvent s’appliquer avec facilité au* corps que les serpents veulent saisir et écraser?’

A la force et à l'adresse, les serpents réunissent ‘ un nouvel avantage; on nè peut leur ôter la vie que difficiïertient, ainsi .qu’aux' quadrupèdes ovipares, et ils peuvent,, sans en périr, perdre une portion de leur qneue, qui repousse presque tôu-, jours lorsqu’elle a été coupée ( i ). Mais ce n’est* pas seulement. par des blesshres qu’il est difficile de les faire mourir; ôn ne peut y parvenir (pi’aveç pe'me par übe privation absolue de nourriture* puisqu’ils vivent plusieurs mciis sans mânger (a'); et méfiie. il leur reste encore quelque sensibilité lorsqu’ils ont été privés pendant lmig-tertps et

^ * (i) Le» anciens ont exagéré cette propriété de* reptile*. : Pline a écrit

lorsqu'on arrachait le» yeux , à un- jeune serpent ##iT a'en formait de

ponTca^x. '. .*A , . J. <

• , {[*) Vnÿcz les diverà article,-. de 'cette histoire. /#

DES. SER PEXTS: Gç)

presque entièrement, «le l’air qùVleur est. nécessaire pour respirer. R edi a fait des expériences à ce sujet; il a placé des serpents dans le récipient d’üne • machine pneumatique, et après. en ayoir pompé presque tout l’air , il lès a vus donner encore quelques signes «le vie ap bout de près de vingt-quatre heures / t). Cette expérience montre — ^ r— — : *

(i) Boyle a j»i( aussi üea «périrorSs •iialogiin. • N 94s tcnlcrminscs « une vipère , dit ce grand: physicien, dan?» an récipient des plus grands J entre les petits, et non* finit-* le vidq avec un grand soin ;*lo vipère

■ allait de' Ikm en boni et de h »at en bas , comme pour chercher Pair; « peu de. temps après elle jeta 'par la boûcbc un peu d'écume qui s’attacha « aux parois dû verre, sou corps enflu peu, et le cou, encore moins , ••■pendant que Ton pompait .l’air., et eneocrun pfti de temps après; mais

- ensuite le corps et le couse gonflèrent prodigieusement , -et* U parut sur •• tfe do* une espèce de vessie. Une. heure et demie aprèa cpikm *ut fota-

le me nt épuisé l'air du récipient, la vipère; donna, ebeore des signes de •.vie,' mai* nous n’eo remarquâmes jflds depuis. L’enflure s'étendait jus-

• qu'au cou ^ mais elle n'étàit pas fort sensible à la mâchoire inférieure; « le cuti , et une grande partie du gosier, étant tenus entre l’teil et la

• lumière d’une chandelle, paraissaient assex transparents dans le* emlruiu

• qui h’étàîcnt point Obscurcis par les écailles. Les mâchoires demeurèrent -fort ouvertes et un peu tordues; l'épiglotte cl la dente du larynx, qui. '* testèrent aussi ouvertes, allaient presque jusqu’à ^'extrémité de la roa-

- eboire inférieure; la. langue sortait, pour ainsi dire, de dessons Fépi-

- glrttte . et détendait au-delà ; elle* était i*>ire" et paraissait sans vie ; le >H dedans de ia bouche étail aussi noirâtre ; au boutda vingt-trois heure»,

-ayant laisse'* rentrer l'air dans, le- récipient ; nQh» observâmes qne la

■ vipère forma la bonçbe à l’insiaut , mais d)o fa rouvrit bientôt ét de- « rtfeüra en cet- état; lorsqu'on loi çinçgii ou. qu'il* lui brûlait U queue, -oh apercevait -, dans tout le.coïps, U** iu<m*enct»la qui indiquaient

- un reàic de vie. . .

* • A ces expériences sur les vipèrqs , j’en joindrai une faite sur ou ser- « peut ordinaire et sans venin, que nous enfermâmes 4 le s 5 avril , avec

• nue jauge , dans ou récipient portatif : ayant épuisé l’air de ce récipient,

- ci pris 1rs précautions nréctmrr* pour que Tgir extérieur t»’y pût pas

• 70 HISTOIRE If AXCRkj-LK

comment ils peuvent parvenir h toftt leur accroissement, jouir dé tonte leur Torde, et même choisir clé préférence leur demeure au milieu des marais fangeux dont les exhalaisons empestées corrompent l’air, le rendent moins propre à la respiration^ et produisent, dans ' l’atmosphère, l’effet d’un commencement de vide. -

Quoique detojis leT temps les serpents, et surtout les très-grandes espèces, ainsi tjue celles qui sont venimeuses, aient dû - inspirer une frayeur très-vive, leur forme remarquable et leurs habitudes singulières, ont attiré siir eux assez d’aitention pour qu’on ait reoomiu leurs qualités principales. Il paraît qüe les anciehs connaissaient, menu* des les temps lès plus rçcnlés, toutes les propriétés que nous venou* d’exposer. II feujt qn’ellés aient, été observées ditus ce^ temps antiques, dont il flous reste à peine quelques monuments imparfaits, et qui ont. précédé .les. sioijes nommés héroïques, où la plupart des idées religieuses des Égyptiens et des Grecs ont commencé

- rentrer , notu le portâmes dans un endroit trauqdillo' et retiré 5 H y

- resu depuis les dix oq onte heures après midi , jusqu'au lendemain

• environ les neuf heures 4» matin , et «lofs le serpent me parut mort ;

« mais ayant mis le récipient aapfes du feas à une distance convenable, «l'animal donna des signes de vie et darda même sa langue foute hué; je « le tats-sai en cet état , et n'étant revenu le Voir qbe le lendemain après « midi , je Utrouvai sans rie et rie pus lr faire revenir; s» bouche . q6i « /tait fermée la veille < se trouvait alors fort oq verte , comme si les jnâ- « choir e» eussent été écart ce» aveusviulcQCc. • CoUect. ..fendent. , psrt: étreng. , tom. VI , pag. %S. » t •

. ' DÏ.S. SBRMîNTS. * t]\

à prendre ces formes brillantes qiri ont fourni tant d’images à là poésie. Si nous ouvrons, en effet, les livre? -des premiers poètes dont les ouvrages sont parvenus jusqu’à nous; si nous consultons les fastes de la mythologie grecque; si nous réunissons, sous uu même point de vue, les differentes parties de ces anciennes traditions, .où le serpent est employé -comme eroblèitiç* nous trouverons que les anciens lui ont attribué , ainsi que nous , une grandeur très-considérable * qu’ils semblaient regarder comme dépendante du séjour de ce reptile au milieu des endroits marécageux et humides, puisqu'ils ont supposé qu’à la suite du dèlnge de Deucalion„ le limon de la terre engendra un énorme serpent qu’Apollon tua par ses flèches, c’est-à-dire qiie le soleil fit périr et. dessécha par la chaleur de ses rayons. Ils lui ont aussi • donné la force, car en parlant diircombat d’Achéloiis contre Hercule., ils. Ont supposé que le premier de ces deux derai-digirx avait revêtu là .forme, du serpent pour vaincre plus aisément sou redoutable adversaire. C’est son' agilité et ta promptitude de tous ses mouvepicuts qui Vont fait choisir par jçs auteurs delà mythologie égyptienne et grecque , pour fe symbole de la vitesse du temps e$. de la rapidité avec laquelle Tes siècles roulent à la siijtè les uns des autres; . et voilà, pourquoi.il» Vont donné pour emblème à Saturne , qui -désigne ce temps; et voilà pourquoi encore, ils Vont représenté se mordant la queiie, et formant aiusi

lu HISTOIRE NATURELLE

un cercle parfait,. pour peindre la succession in- ' finie des siècles de siècles; pour exprimer cefte durée éternelle dout chaque institut fuit avec tant de vitesse, et dont l’ensemble n’a ni commencement ni fin. C-e$l ainsi qu’il était figuré en argent dans un des t (impies de Memphis, comme l’attestent les monuments échappés au ravage de ce même temps dont i| était le symbole; et c’est encore ainsi qu'il était représenté autour de ces tableaux chronologiques où divers hiéroglyphes retraçaient ailx yeux des Mexicains, de ce premier peuple dii Nouveau-Monde, ses années, sas mois, et les divers événements qui en remplissaient le courà'(r). . ■ .

Les anciens ne lui ont-ilspas aussi attribué l’instinct étendu que les voyageurs Raccordent à reconnaître dan«r cet être remarquable? Ils ont ennçfbli, exagéré cet instinct* ils l’oht décoré du ’ nom d’intelligence,- de prévoyance, de divination (a); et voilà pourquoi , placé autour du mi-

Duoription, 4e 1a NonTcUc-Eipigiir. Huit, gcn if. des Vojige* . édit. in-ia , top. XLVIII. . . # .

• Les habitants d'Argôs* vénéraient lés Serpents, Athénien* disaient ,

suivant Hérodote , qu’on avait ro , dan* Te Trtrpje , (in "ram) srrptyil gardien ci' protecteur de U» citadelle ;‘et . u tenir Jupiter .était adoré sous 1s forme d’un serpent dans plusieurs «mlroity. de la Grèce.

Mais, pour avoir une' Td.ée* plus précise des opinions -des anciens touehaut l'intelligence , ht Vivacité et l« autres qualité* des serpent^ oh peut consulter Plutarque, Kuscbr , Shaw ,.èt M\ Savary. jps égyptiens remployaient, daos leur langue symbolique, pour désigner le *oIc1) ; il représentait aussi , pour ce peuple, le bon gédie , la boulé Suprême <U infinie, dont le ooin , Cncph , lui fut donné, suivant Eusèbe; et Tés Phé- ,

roir de la Déesse de la prudeuce, il fut consacré à celle de la santéy, ainsi qu’à Esculape.adoré à Épidaure sous la forme d’un serpent. N’ont-ils pas reconnu sa longue vie lorsqu’ils' ont feint que Cadinus, et plusieurs autres héros avaient été iné-, tamorphosés en serpents, comme pour désigner la durée de leur gloire et qu,e le choisissant poiureprésenter Ij&s rqânes de ce qui leqr était cher, ils Font placé parmi les tombeaux (ij? N’ont-ils pas fait allusion à l’effrôi qu’il inspire, et principalement au poison mortel qu’il recèle quelquefois, lorsqu’ils l’ont donné aux Euménides dont il entoure et hérisse, la tète; à l’Envie, dont il perce le cœur; à la Discorde, dout il arme les mains sanglantes? Et cependant, par un certain contraste d'idées que fou rencontré presque toujours lorsque, les objets ont été examinés plusieurs fois 'et par divers yeux , n'ont -ils pas vu , dans le sçrpent, cçtte beaüté de couleurs- et ces proportions déliées que nous y ferons plus dune fois remarquer? Ne lui ont -ils pas accordé la beautéV puisqu’ils ont dit que JUpiter qui, pour plaire à Léda, avait pris la forme élégahte du cygne, avait choisi celle du serpent pour ôbtenir les faveurs

kieiem lp Dommainn de métnr -tgatho F)aimun , hou génie. Plnjinjae, Traité d'Itia el d'Oairia. — Eusébu, Préparation é\ angélique , Ut. 3. — r Shaw , Observation» géographiques sur U Syrie , VÉgyptr,’ete. , loin. Il , cbap. S.‘— M. Savarjr, Lettres suç l’Egypte , tour. U , pag. jii ,

(0 yoyex. à ce sujet, dans le rinquionirf livre de IÉneide;la belle description du serpent quÉllre vil autour du tombeau tir son père. .

74 HKfOJRE ü AT fl R E L T. E

<fnne autre divinité? Tôutês ces idées, répandues «les contrées de l'Asie anciennement peuplée»/ 1), ü, :

•'(«) Uo roi de Calccut avait ordonné que celui qtti tuerait un serpent serait puni aussi rigoureusement que s'il avait tue un boiuiuc; il regardait les serpents comme descendus du ciel , comme doués d’une puissance divine, et meme comme des divinités v puisqu’ils pouvaient donner la mort en un instant. A

Dés lea temps les plus^ reculés , le serpent a été aussi regardé par les Indiens, comme le symbole de la sagesse; et leur religion avait consacré cette idée. Mémoire manuscrit de feu M.- Glmnum» , sur Y ^4 u torrhat fi ah de , commentaire du Chasta ou Shmsiah , lé plus ancien des livres «acres des habitants de IMndostaqct de la pres<]u'ilè rn-dreà du Gange. .

• Les Égyptiens peignaient un serpent, couvert cl 'écailles de différentes

• couleurs , roulé sur lui-mème. N ou* sa vons , par l'interprétation qn’Ho-

- ras* Apollo 'donttr des hiéroglyphes égyptiens, que, dam ce style, les.

• «cailles d(T serpent désignaient le» étoiles du ciel. On apprend encore ,

• par Clétuent Alexaudriu , q^c ces peuples représentaient ,1a ni arche « oblique des astres par les- replis (ortuçux d’un serpent. Les Kgyptiçns ,

• les Perses, peigtiaieuf un homme nu , entortillé d’un serpen^; sur les « contours du serpent étaient dessiné» ’ les signes du sodipquo* C’est ec

- qu'on voit sur différent» tnouuinriiis antiques, et en particulier sur une

• représentation de MiÜiraa* expliqj/ée par l’ahbé ‘Baiinier , et sur un « tronçon de stator .(routé a Ade»’, en* 1Q98. U n’est pas douteux qiToi»

- a voulu représenter, paf É$t emblème , la route du soleil fiant lea’doüxe

- signes, et /mn double mouvement annuel ét diurne . qui , cri se etnu-

• hi liant , fou qu'il semble s’aVanccr.d’an tropique à l’autrq par 4e* l»V'Ks

- spirales. O9 retrouifé cet hîérogjypbe jusqub cher, les Mexicains’. 1K ont • V leur cycle de cinquante- deux ans, représenté par une ronc; cefte roue

v. est environnée d’uq serpent qui M mord 1a queue, tel, par ses nœuds ,

« marque les quatre (^visions du cycle. .. . Il est évident que U*» figure» r,dcs constellations,* les. caractères qui désignent les signés %du syriaque ,

- et tout ce qo’oo peut appeler la notation astronomique , sont le» reiUcs

- de» ancien» hiéroglyphes^ Il est remarquable flue les Chinois appellent

• les nœuds de la lune, la (été la qoeti* fin mal , comme ki A relit*

« disent la jèto et tb que or do dragop. Le diragoft est , chet lé» Chinoiq.

• un animal céleste^ ils Ont ap|>aremment confondu oes deux idée*. . t . Il « est euuirc fait mention dans VLddu , d’un gfatql serpent qui rnvlMne

s’étendant parmi les sociétés- à demi policées de l’Amérique, et parmi les hordes sauvages de l’A^ frique, accrues par leur éloignement de leur origine, embellies par l’imagination, altérées par. l’ignorance, falsifiées par la superstition et parla crainte, lui ont atticé les houueurs divins, tant dans l'Amérique, qu’au royaume deJuida, et dans d’autres contrées, où il a encore se§ temples, ses prêtres, ses victimes; et pour remonter de la considération d’objets profanes et du spectacle de la raison bnmaine égarée, à la contemplation des vérités, sacrées dictées, par la parole divine, si nous jetons -dn œil • respectueux sur le plus, saint des recueils, ne voyons-nous pas toutes les idées des. anciens sur |es propriétés du serpent, s’accorder avec celles qu’çn donne l’écrivain sacré, toutes les fois qu’il s’en sert, comme de symbole?

- , Grandeur, agilité, vitesse- do mouvement, force, ••armes funestes, beauté, intelligence, instinct supérieur, tels sorit donc les traits sous lesquels les

• 1* * lerfeL Toul cdl a quelle analogie avec Ife serpent, qni , partent ,

•• représente le temps , ît avec le dragon t dont la tête et la queue niar- /« «j tient les nœuds ’dé' l'orbite de la lnoe , tandis TJtwr ce dragon caase

•• lés éclipse*. Alnis cette superstition, cq préjugé universel qni se retrouve « en Amérique oorame en Asie, n'indiqae-t-il pas aine source commune, " et ne pkce-t-il pas même* plus napnrllriurnt cette source au" nord , où . »• -peut exister la seule communication possible entre l'Asie et l'ÂTïiêriqué , «-erd'bà lés hommes ont £n descendre facilement de tqutes parts verè le • ** midi , poûr habiter l’Amérique , la Chine , les Lndes, etc. ? • M. Bailly ,

de l'Academie française, de celle des àclences , et dg celle des Inscriptiona. Hiit.de l’Astronomie ancienne, pag. 5i5. * ,

serpents ont été montrés dans tous les temps; et en cherchant ici à présenter cet ordre nombreux et remarquable , je n’ai fait qne rétablir des rui- .nes, ramasser des rapports épars, en lier l'ensemble et exposer des résultats généraux que les anciens avaient .déjà recueillis. C’est ddnc la grande image dé ces êtres distingués,' déjà peinte par les anciens, nos maîtres en tant de genres, que je viens d’essayer de montrer, après avoir tâché de la dégager «lu voile dont l’ignorance, l’imagination, et l’Umour du merveilleux l’avaient couverte pendant une longue suite de siècles; voile tissu d’or et de soie, et qui embellissait peut-être l’image qne l’on vqyâit au travers, mais qui n’était que l’ouvrage de l’homme, et que le flambeau de la vérité devait consumer pour n’éclairer que l’Ouvrage de la nature'. ...

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'UES SEHPENTS.

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