‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 2)Chapitre 147 sur 188 · Le Bruyn. Voyage au Levant · texte numérisé non relu

Le Bruyn. Voyage au Levant

Le caméléon est donc unique dans son ordre, par plusieurs caractères très remarquables : mais ceax dont nous venons de parler ne sont pas les seuls qu'il présente : sa langue, dont on a comparé la forme à celle d’un ver de terre, est ronde, longue communément de cinq ou six pouces, terminée par une sorte de gros nœud, creuse , attachée à une espèce de stylet cartilagineux qui entre dans sa cavité, et sur lequel l'animal peut la retirer, et enduite d’une sorte de vernis visqueux qui sert au caméléon à retenir les mouches, les scarabées, les sauterelles, les fourmis, et autres insectes dont il se nourrit, et qui ne peuvent lui échapper , tant il la darde et la retire avec vitesse !.

Le caméléon est plus élevé sur ses jambes que le plus grand nombre des lézards; il a moins l'air de ramper lorsqu'il marche : Aristote et Pline l’avoient remarqué. Îl a à chaque pied cinq doigts très longs, presque égaux et garnis d'ongles forts et crochus ; mais la peau des jambes s'étend jusqu'au bout des doigts, et les réunit d’une manière qui est encore particulière à ce lézard. Non seulement cette peau attache les doigts les uns aux autres, mais elle les enveloppe, et en forme comme deux paquets, l’un de trois doigts et l’autre de deux : et il y a cette dif-

1.« Quand les caméléons veulent manger, ils tirent leur langue » longue , quasi d'un demi-pied , ronde comme la langue d’un oiseau » nommé Poivert, semblable à ua ver de terre : et à l'extrémité d'icelle » ont un gros nœud spongieux , tenant comme glu , duquel ils alta- » chent les insectes savoir est sauterelles , chenilles et mouches, et les » attirent en la gueule. Ils poussent hors leurs langues , les dardant de » voideur aussi vitement qu'une arbalète ou un arc fait le traict. » Bélon, observations, etc., livre LE, chapitre 34.

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