‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 2)Chapitre 148 sur 188 · DU CAMÉLÉON · texte numérisé non relu

DU CAMÉLÉON

férence entre les pieds de devant et ceux de derrière, que, dans les premiers, le paquet extérieur est celui qui ne contient que deux doigts, tandis que c'est l’opposé dans les pieds de derrière 1,

Nous avons vu à l’article de la Dragonne combien une membrane de moins entre les doigts influoit sur les mœurs de ce lézard , et, en lui donnant la facilité de grimper sur les arbres , rendoit ses habitudes différentes de celles du crocodile, qui à les pieds palmés. Nous avons observé, en général, qu’un léger changement dans la conformation des pieds devroit produire de très grandes dissemblances entre les mœurs des divers quadrupèdes. Si l’on considère, d'après cela, les pieds du caméléon, réunis d’une manière particulière , recouverts par une continuation de la peau des jambes, et divisés en deux paquets, où les doigts sont rapprochés et collés, pour ainsi dire, les uns contre les autres, on ne sera pas étonné de l'extrême différence qu'il y a entre les habitudes naturelies du caméléon et celles de plusieurs lézards. Les pieds du caméléon ne pouvant guère lui servir de rames, ce n'est pas dans l’eau qu’il se plaît, mais les deux paquets de doigts allongés qu’ils présentent sont placés de manière à pouvoir saisir aisément les branches sur lesquellesil aime à se percher: il peut empoigner ces rameaux, en tenant un paquet de doigts devant et l’autre derrière, de même que

1. Quelques auteurs ont écrit qu'il y avoit des espèces de camé- Jéon . dont les cinq doigts de chaque pied étoient séparés les uns des autres; ils auront certainement pris pour des caméléons d’autres lézards, et, par exemple, des Tapayes, dont la tête ressemble en effet un peu à celle du caméléon.

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les pics, les coucous, les perroquets, et d’autres 'oiseaux saisissent les branches qui les soutiennent en mettant deux doigts devant et deux derrière. Ces deux paquets de doigts, placés comme nous venons de le dire, ne fournissent pas au caméléon un point d'appui bien stable lorsqu'il marche sur la terre; c’est ce qui fait qu'il habite de préférence sur les arbres, où il à d'autant plus de facilité à grimper et à se tenir, que sa queue est longue et douée d’une assez grande force. Il la replie ainsi que les sapajous; il en entoure les petites branches, et s’en sert comme d’une cinquième main pour s'empêcher de tomber, ou passer. avec facilité d’un endroit à un autre. Bélon prétend que les caméléons se tiennent ainsi perchés sur les haies pour échapper aux vipères et aux cérastes, qui les avalent tout entiers lorsqu'ils peuvent les atteindre. Mais ils ne peuvent pas se dérober de même à la mangouste, et aux oiseaux de proie qui les recherchent.

Voilà donc le caméléon, que l’on peut regarder comme l’analogue du sapajou , dans les quadrupèdes ovipares. Mais si sa conformation lui donne une habitation semblable à celle de ce léger animal, s’il passe de même sa vie au milieu des forêts et sur les sommets des arbres, il n’en a ni l’élégante agilité, ni l’activité pétulante. On ne le voit pas s’élancer comme un trait de branche en branche , et imiter par la vi-

1.« Les haïes qui sont des jardinages auprès du Caire, sont en tous » lieux couvertes de caméléons , et principalement le long des rivages » du Nil, en sorte qu'en peu de temps nous en vimes grand nombre : » ear les vipères et les cérastes les avalent entiers, quand elles les » peuvent prendre. » Bélon, observations, etc. livre IT, chapitre 64.

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