Idem, ibidem
côtes des îles de l’Amérique, voisines du golfe du Mexique : mais le temps de leurs diverses pontes varie suivant les pays; sur la côte d’Issini, en Afrique , les tortues viennent déposer leurs œufs depuis le mois de septembre jusqu'au mois de janvier !; pendant toute la saison des pontes, l’on va non seulement à la recherche des œufs, mais encore à celle des petites tortues que l’on peut saisir avec facilité; lorsqu'on les a prises, on les renferme dans des espaces plus ou moins grands, entourés de pieux, et où la haute mer peut parvenir; et c'est dans ces espèces de parcs qu’on les laisse croître pour en avoir au besoin, sans courir les hasards d’une pêche incertaine, et sans éprouver les inconvénients qui y sont quelquefois attachés. Les pêcheurs choisissent aussi cette saison pour prendre Îles srandes tortues femelles qui leur échappent sur les rivages plus difficilement qu’à la mer, et dont la chair est plus estimée que celle des mâles, surtout dans le temps de la ponte?.
Malgré les ténèbres dont les tortues franches cherchent, pour ainsi dire, à s’envelopper lorsqu'elles vont déposer leurs œufs , elles ne peuvent se dérober à la poursuite de leurs ennemis. À l'entrée de la nuit, surtout lorsqu'il fait clair de lune, les pêcheurs, se tenant en silence sur la rive, attendent le moment où les tortues sortent de l’eau ou reviennent à la.mer après avoir pondu ; ils les assomment à coup de massue?, ou ils les retournent rapidement, sans leur
1. Voyage de Loyer à fssini sur la Côte-d'Or. 2. Sloane, à l'endroit déjà cité.
5. Mémoires manuscrits sur les tortues, rédigés par M. de l'ouge-
Y'OUX.
donner le temps de se défendre, et de les aveugler par le sable qu’elles font quelquefois rejaillir avec leurs nageoires. Lorsqu'’elles sont très grandes, il faut que plusieurs hommes se réunissent{, et quelquefois même se servent de pieux comme d'autant de leviers pour les renverser sur le dos. La tortue franche à la carapace trop plate pour pouvoir se remettre sur ses pattes, lorsqu'elle a été ainsi chavirée, suivant l’expression des pêcheurs. On a voulu rendre touchant le récit de cetle manière de prendre les tortues; et l’on a dit que lorsqu'elles étoient retournées, hors d'état de se défendre, et qu’elles ne pouvoient plus que s’épuiser en vains efforts, elles jetoient des cris piaintifs et versoient un torrent de larmes?. Plusieurs tortues, tant marines que terrestres?, font entendre souvent un sifflement plus ou moins fort, et même un gémissement très distinct, lorsqu'elles éprouvent avec vivacité ou l’amour ou la crainte. Il peut donc se faire que la tortue franche jette des cris lorsqu'elle s'efforce en vain de reprendre sa position naturelle et que la frayeur commence à la saisir; mais on a exagéré sans doute les signes de sa douleur.
Pour peu que les matelots soient en nombre, ils, peuvent, dans moins de trois heures, retourner quarante ou cinquante tortues qui renfermentune grande quantité d'œufs.
Ils passent le jour à mettre en pièces celles qu'ils ont prises pendant la nuit; ils en salent la chair, et
1. Description des îles du cap Vert. Hist. générale des voyages, hvre V.