Prosper Alpin, tome I, chapitre 5 , page
par Loutes ces précautions, il donne à sa démarche une sorte de gravité, pour ainsi dire ridicule, tant elle contraste avec la petitesse de sa taille et l’agilité qu'on croit trouver dans un animal assez semblable à des lézards fort lestes. Ce petit animal, dont l'enveloppe et la mobilité des ÿeux, la forme des pieds, et presque toute la conformation, méritent l'attention des physiciens, n’arrêteroit donc les regards de ceux qui ne jettent qu'un coup d'œil superficiel, que pour faire naître le rire et une sorte de mépris : il auroit été bien éloigné d’être l’objet chéri de tant de voyaseurs et de tant de poëtes ; son nom n’auroit pas été répété par tant de bouches; et, perdu sous les raneaux où il se cache, il n'auroit été connu que des naturalistes, si la faculté de présenter, suivant ses différents états, des couleurs plus ou moins variées, n’avoit attiré sur lui, depuis long-temps, une attention particulière.
Ces diverses teintes changent en effet avec autant de fréquence que de rapidité; elles paroissent d’ailleurs dépendre du climat, de l’âge ou du sexe ; il est donc assez difficile d’assigner quelle est la couleur naturelle du caméléon. I! paroît cependant qu’en général ce lézard est d’un gris plus ou moins foncé, ou plus ou moins livide.
Lorsqu'il est à l'ombre, et en repos depuis quelque temps, les petits grains de sa peau sont quelquefois d’un rouge pâle, et le dessous de ses pattes est d’un bianc un peu jaunâtre. Mais, lorsqu'il est e xposé à la lumière du soleil, sa couleur change; la partie de son corps qui est éclairée, devient souvent