Le Bruyn. Voyages au Levant
DU CAMÉLÉON. 919 d’un gris plus brun, et la partie sur laquelle les rayons du soleil ne tombent point directement, offrent des couleurs plus éclatantes, et des taches qui paroïssent isabelles par le mélange du jaune pâle que présentent alors les petites éminences , et du rouge clair du fond de la peau. Dans les intervalles des taches, les grains offrent du gris mêlé de verdâtre et de bleu, et le fond de la peau est rougeâtre. D'autres fois le caméléon est d’un beau vert tacheté de jaune; lorsqu'on le touche il paroît souvent couvert tout d’un coup de taches noirâtres assez grandes, mêlées d’un peu de vert-: lorsqu'on l’enveloppe dans un linge, ou dans une étoffe de quelque couleur qu’elle soit, il devient quelquefois plus blanc qu’à l'ordinaire ; mais il est démontré, par les observations les plus exactes, qu'il ne prend point la couleur des objets qui l’environnent, que celles qu'il montre accidentellement ne sont point répandues sur tout son corps, comme le pensoit Aristote, et qu’il peut offrir la couleur blanche, ce qui est contraire à l'opinion de Plutarque et de Solin!.
Il n’a reçu presque aucune arine pour se défendre; ne marchant que très lentement, ne pouvant point échapper par la fuite à la poursuite de ses ennemis, il est la proie de presque tous les animaux qui cherchent à le dévorer; il doit par conséquent être très timide , se troubler aisément , éprouver souvent des agitations intérieures plus ou moins considérables. On croyait, du temps de Pline, qu'aucun animal n'étoit aussi craintif que le caméléon , et que c’étoit à
1. Mémoires pour servir à l'Histoire naturelle des animaux, article du Caméléon , pages 31 et suivantes.
cause de sa crainte habituelle qu’il changeoït souvent de couleur. Ce trouble et cette crainte peuvent en effet se manifester par des taches dont il paroît tout d’un coup couvert à l'approche des objets nouveaux; sa peau n’est point revêtue d'écailles, comme celle de beaucoup d’autres lézards; elle est transparente, quoique garnie des petits grains dont nous avons parlé; elle peut aisément transmettre à l'extérieur, par des taches brunes, et par une couleur jaune ou verdâtre, l'expression des divers mouvements que la présence des objets étrangers doit imprimer au sang et aux humeurs du caméléon. Hasselquist, qui l’a observé en Égypte , et qui l’a disséqué avec soin, dit que le changement de la couleur de ce lézard provient d’une sorte de maladie , d’une jaunisse, que cet animal éprouve fréquemment, surtout lorsqu'il est irrité. De là vient, suivant le même auteur, qu'il faut presque toujours que le caméléon soit en colère, pour que ses teintes changent du noïr au jaune ou au vert. Îl présente alors la couleur de sa bile, que l’on peut apercevoir aisément lorsqu'elle est très répandue dans le corps, à cause de la ténuité des muscles, et de la transparence de la peaut. Il paroît d’ailleurs que c’est au plus ou moins de chaleur dont il est pénétré, qu'il doit les changements de couleur qu’il éprouve de temps en temps?. En général, ses couleurs sont plus vives lorsqu'il est en mouvement,