‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 2)Chapitre 22 sur 188 · Sibbald Prodomus , Hist. naturalis, Edimburgi · texte numérisé non relu

Sibbald Prodomus , Hist. naturalis, Edimburgi

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un certain nombre d'années à ces latitudes élevées, ais même y parvenir à tout leur développement 1. Des tempêtes ou d’autres causes puissantes font aussi quelquefois descendre vers les zones tempérées et chassent des mers glaciales, les énormes cétacés qui peuplent cet empire du froid : le hasard pourroit donc faire rencontrer ensemble les grandes tortues franches et ces immenses animaux? ; et l’on devroit voir avec intérêt sur la surface de Fantique Océan, d'un côté les tortues de mer, ces animaux accoutumés à être plongés dans les rayons ardents du soleil souverain dominateur des contrées torrides, et de l'autre, les grands cétacés qui, relégués dans un séjour de glaces et de ténèbres, n'ont presque jamais reçu les douces influences du père de la lumière, et au lieu des beaux jours de la nature , n’en ont presque jamais connu que les tempêtes et les horreurs.

On peut citer surtout à ce sujet deux exemples remarquables. En 1752, une tortue fut prise à Dieppe où elle avoit été jetée dans le port, par une tourmente : elle pesoit de huit à neuf cents livres, et avoit

1. M. Bomare a publié, dans son Dictionnaire d'Histoire naturelle, une lettre qui lui fut adressée , en 1771, par M. de Laborie, avocat au Conseil supérieur du Cap, île Saint-Domingue , d'après laquelle il pareit qu'une tortue pêchée, en 1754, dans le pertuis d’Antioche, étoit la même qu'une tortue embarquée fort jeune à Saint-Domingue, en 1742, par M. de Laborie le père. Elle pesoïit alors près de vingt-cinq livres ; elle s’échappa dans ce même pertuis d’Antioche, au moment où la tempête brisa le vaisseau qui l’avoit apportée, et elle acheva de croître sur les côtes de France. Dictionnaire d'Histoire naturelle de M. Valmont de Bomare , article des Tortues de mer.

2, On a pris de grandes tortues auprès de l'embouchure de la Loire, et un grand nombre de cachalots ont été jetés sur les côtes de: la Bretagne , il n’y a que peu d'années.

à peu près six pieds de long, sur quatre pieds de largeur : deux ans après, on pêcha, dans le pertuis d’Antioche, une tortue plus grande encore; elle avoit huit pieds de long; elle pesoit plus de huit cents livres, et comme ordinairement, dans les tortues, l’on doit compter le poids des couvertures pour près de la moitié du poids total! la chair de celle du pertuis d’Antioche devoit peser plus de quatre cents livres. Elle fut portée à l’abbaye de Long-Veau, près de Vannes en Bretagne; la carapace avoit cinq pieds de long.

Ce n'est que sur les rivages presque déserts, et par exemple sur une partie de ceux de l'Amérique, voisins de la ligne , et baignés par la mer Pacifique, que les tortues franches peuvent en liberté parvenir à tout l’accroissement pour lequel la nature les a fait naître, et jouir en paix de la longue vie à laquelle elles ont été destinées.

Les animaux féraces ne sont donc pas les seuls qui, dans le voisinage de l’homme, ne peuvent ni croître ni se multiplier; ce roi de la nature, qui souvent en devient le tyran, non seulement repousse dans les déserts les espèces dangereuses, mais encore son insatiable avidité se tourne souvent contre elle-même, et relègue sur les plages éloignées, les espèces les plus utiles et les plus douces; au lieu d'augmenter ses jouissances, il les diminue, en détruisant inutilement dans des individus, privés trop tôt de la vie, la postérité nombreuse qui leur auroit dû le jour.

On devroit tôcher d’acclimater les tortues franches

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