‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 2)Chapitre 5 sur 188 · Voyez les articles particuliers de leur histoire · texte numérisé non relu

Voyez les articles particuliers de leur histoire

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DES QUADRUPÈDES OVIPARES. 6) qui ne suent point, et qui ne possèdent pas une grande chaleur intérieure, mangent très peu. En effet , la perte des forces n'est-elle pas toujours proportionnée aux résistances? les résistances ne le sontelles pas aux frottements ; les frottements à la rapidité des mouvements; et cette rapidité ne lest-elle pas toujours à la chaleur intérieure ?

Mais si les quadrupèdes ovipares résistent avec facilité à des coups qui ne portent que sur certains points de leur corps, à des chocs locaux, à des lésions particulières, ils succombent bientôt aux efforts des causes extérieures, énergiques et constantes qui les attaquent dans tout leur ensemble; ilsne peuvent point leur opposer des forces intérieures assez actives : et comme la cause la plus contraire à une foible chaleur interne, est un froid extérieur plus ou moins rigoureux, il n'est pas surprenant que les quadrupèdes ovipares ne puissent résister aux effets d’une atmosphère plutôt froide que tempérée. Voilà pourquoi on ne rencontre la plupart des tortues de mer, les crocodiles , et les autres grandes espèces de quadrupèdes ovipares, que près des zones torrides, où du moins à des latitudes peu élevées, tant dans Pancien que dans le nouveau continent; et non seulement ces grandes espèces sont confinées aux environs de la zone torride , mais encore à mesure que les individus et les variétés d’une même espèce habitent un pays plus éloigné de l'équateur, plus élevé ou plus humide, et par conséquent plus froid, leurs dimensions sont beaucoup plus pelites!. Les crocodiles des

:. Les plus gros crocodiles, et le plus grand nombre de ces ani-

contrées les plus chandes l’emportent sur les autres par leur grandeur et par leur nombre; et si ceux qui vivent très près de la ligne, sont quelquefois moins grands que ceux que l’on trouve à des latitudes plus élevées, comme on le remarque en Amérique, c'est qu'ils sont dans des pays plus peuplés, où on leur fait une guerre plus cruelle, et où ils ne trouvent ni la paix ni la nourriture, sans lesquelles ils ne peuvent parvenir à leur entier accroissement.

La chaleur de l’atmosphère est même si nécessaire aux quadrupèdes ovipares, que lorsque le retour des saisons réduit les pays voisins des zones torrides, à la froide température des contrées beaucoup plus élevées en latitude, les quadrupèdes ovipares perdent ieur activité ; leurs sens s’émoussent ; la chaleur de leur sang diminue; leurs forces s’affoiblissent , 1ls s’'empressent de gagner des retraites obscures, des antres dans les rochers, des trous dans la vase, ou des abris dans les joncs et les autres végétaux qui bordent les grands fleuves. Ils cherchent à y jouir d’une

température moins froide, et à y conserver, pendant

quelques moments, un reste de chaleur prèt à leur échapper. Mais le froid croissant toujours, et gagnant de proche en proche, se fait bieniôt sentir dans leurs retraites, qu'ils paroïissent choisir au milieu de bois écartés, ou sur des bords inaccessibles, pour se déréber aux recherches et à la voracité de leurs ennemis pendant le temps de leur sopeur, où ils ne leur offriroient qu’une masse sans défense et un appât sans danger. Ils s'endorment d’un sommeil profond; ils

maux , habitent la zone torride. Catesby, Histoire naturelle de la Caroline, volume Il, page 65.

tombent dans un état de mort apparente ; et cette torpeur est si grande qu'ils ne peuvent être réveillés par aucun bruit, par aucune secousse, ni même par des blessures : ils passent inertement la saison de l'hiver dans cette espèce d’insensibilité absolue où ils ne conservent de l’animal que la forme, et seulement assez de mouvement intérieur pour éviter la décomposition à laquelle sont soumises toutes les substances organisées réduites à un repos absolu. Ils ne donnent que quelques foibles marques du mouvement qui reste encore à leur sang, mais qui est d'autant plus lent, que souvent il n’est animé par aucune expiration ni inspiration. Ce qui le prouve, c’est qu’on trouve presque toujours les quadrupèdes ovipares engourdis dans la vase, et cachés dans des creux le long des rivages où les eaux les gagnent et les surmontent souvent, où ils sont par conséquent beaucoup de temps sans pouvoir respirer, et où ils reviennent cependant à la vie dès que la chaleur du printemps se fait de nouveau ressentir.

Les quadrupèdes ovipares ne sont pas les seuls animaux qui s’engourdissent pendant l'hiver aux latitudes ua peu élevées : les serpents, les crustacées, sont également sujets à s’engourdir; des animaux bien plus parfaits tombent aussi dans une torpeur annuelle, tels que les marmottes, les loirs, les chauves-souris, les hérissons , etc. Mais ces derniers animaux ne doivent pas éprouver une sopeur aussi profonde. Plus sensibles que les quadrupèdes ovipares, que les serpents et les crustacées, ils doivent conserver plus de vie intérieure; quelque engourdis qu'ils

soient , ils ne cessent de respirer, et cette action, LACÉPEDE, II, 3

sh HISTOIRE NATURELLE quoique afloiblie, n’augmente-t-elle pas toujours leurs mouvements intérieurs ?

Si, pendant l'hiver, il survient un peu de chaleur, les quadrupèdes ovipares sont plus ou moins tirés de leur état de sopeur!; et voilà pourquoi des voyaseurs, qui pendant des journées douces de l'hiver ont rencontré dans certains pays des crocodiles, et d’autres quadrupèdes ovipares, doués de presque toute leur activité ordinaire, ont assuré, quoique à tort, qu'ils ne s’y engourdissoient point. Îls peuvent aussi être préservés quelquefois de cet engourdissement annuel par la nature de leurs aliments. Une nourriture plus échauffante et plus substantielle augmente la force de leurs solides, la quantité de leur sang, l’activité de leurs humeurs, et leur donne ainsi assez de chaleur interne pour compenser le défaut de chaleur extérieure. Îl arrive souvent que les quadrupèdes ovipares sont dans cet état de mort apparente pendant près de six mois, et même davantage: ce long temps n'empêche pas que leurs facultés suspendues ne reprennent leur activité. Nous verrons dans l’histoire des salamandres aquatiques qu'on a quelquefois trouvé de ces animaux engourdis dans des morceaux de glace Lirés des glacières pendant l'été, et dans lesquels ils étoient enfermés depuis plusieurs mois; lorsque la glace étoit fondue, et que les salamandres étoient pénétrées d’une douce chaleur, elles revenoient à Ia vie.

Mais, comme tout a un terme dans la nature, si ie froid devenoit trop rigoureux ou duroit trop long-

1. Observations sur le crocodile de la Louisiane , par M. de la Coudrenière. Journal de Physique , 1782.

DES QUADRUPÈDES OVIPARES. 39 temps, les quadrupèdes ovipares engourdis périroient: la machine animale ne peut en effet conserver qu’un certain temps les mouvements intérieurs qui lui ont été communiqués. Non seulement une nouvelle nourriture doit réparer la perte de la substance qui se dissipe ; mais ne faut-il pas encore que le mouvement intérieur soit renouvelé, pour ainsi dire, par des secousses extérieures, et que des sensations nouvelles remontent tous les ressorts ?

La masse totale du corps des quadrupèdes ovipares ne perd aucune partie très sensible de substance pendant leur longue torpeurf: mais les portions les plus

1. « Le 7 octobre 1651, M. le chevalier Georges Ent pesa exacte- » ment une tortue terrestre, avant qu'elle ne se cachât sous terre. Son » poids étoit de quatre livres trois onces et trois drachmes. Le 8 octo- » bre 1652, ayant tiré la tortue de la terre où elle s’étoit enfouie la » veille , il trouva qu’elle pesoït quatre livres six onces et une drachmeé, » Le 16 mars 1653, la tortue sortit d'elle-même de sa retraite : elle » pesoil alors quatre livres quatre onces. Le 4 octobre 1655, la tortue, » qui avoit été quelques jours sans manger, fut retirée du trou où » elle s’étoit enterrée; son poids étoit de quatre livres cinq onces. Les » yeux, qu'elle avoit eus long-temps fermés, étoient dans ce moment » ouverts et fort humides. Le 18 mars 1654, la tortue sortit de son »trou, et mise dans la balance, pesoit quatre livres quatre onces et » deux drachmes. Le 6 octobre 1654, étant sur le peint d’hiverner, » elle pesoit quatre livres neuf onces et troïs draclimes. Le dernier » février 1655, jour auquel la tortue avoit abandonné sa retraite, son » poids étoit de quatre livres sept onces et six drachmes. Ainsi elle » avoit perdu de son ancien poids une once et cinq drachmes. Le » 2 octobre 1655, la tortue, avant de se retirer dans son trou pour » y passer l'hiver, pesoït quatre livres neuf onces. Elle avoit déjà passé » un peu de temps sans prendre de nourriture. Le 25 mars 1656, la » tortue, au sortir de son trou, pesoit quatre livres sept onces et deux » drachmes. Le 30 septembre 1656, la tortue, sur le point de se reti- » rer dans la terre, pesoitquatrelivres douze onces et quatre drachmes, » Enfin, le 5 mars 1657, la tortue, de retour sur la terre, pesoit

extérieures, plus soumises à l’action desséchante du froid , et plus éloignées du centre du foible mouvement interne qui reste alors aux quadrupèdes ovipares, subissent une sorte d’altération dans la plupart de ces animaux. Lorsque cette couverture la plus extérieure de ces quadrupèdes n'est pas une partie osseuse et très solide, comme dans les tortues et dans les crocodiles, elle se dessèche, perd son organisation, ne peut plus être unie avec Île reste du corps organisé , et ne parlicipe plus ni à ses mouvements internes , ni à sa nourriture. Lors donc que le printemps redonne le mouvement aux quadrupèdes ovipares, la première peau, soit nue, soit garnie d’écailies, ne fait plus partie en quelque sorte du corps animé; elle n’est plus pour ce corps qu’une substance étrangère; elle est repoussée, pour ainsi dire, par des mouvements intérieurs qu'elle ne partage plus. La novrriture qui en entretenoit la substance se porte cépendant comme à l'ordinaire vers la surface du corps ;-mais au lieu de réparer une peau qui n’a presque plus de communication avec l’intérieur , elle en forme une nouvelle qui ne cesse de s’accroitre au dessous de l’ancienne. Tous ces efforts détachent peu à peu cette vieille peau du corps de l'animal , achèvent d’ôter toute liaison entre les parties intérieures et cette peau altérée, qui, de plus en plus privée de

» quatre livres on2e onces et deux drachmes et demie. On peut juger, » par ces observations, combien cet animal, ainsi que tous ceux qui » se cachent sous terre, pour se garantir des froids de l'hiver, per- » dent peu de leur substance par la transpiration, pendant un jeûne » absolu de plusieurs mois. » (Collection académique, tome VII,

pages 120 et 121.)

DES QUADRUPÈDES OVIPARES. 43 toute réparation, devient plus soumise aux causes étrangères qui tendent à la décomposer. Attaquée ainsi des deux côtés, elle cède, se fend; et l’animal revêtu d’une peau nouvelle sort de cette espèce de fourreau, qui n'étoit plus pour lui qu'un corps embarrassant.

C’est ainsi que le dépouillement annuel des quadrupèdes ovipares nous paroît devoir s’opérer; mais il n’est pas seulement produit par lengourdissement. Ils quittent également leur première peau dans les pays où une température plus chaude les garantit du sommeil de lhiver. Quelques uns la quittent aussi plusieurs fois pendant l'été des contrées tempérées ; le mème effet est produit par des causes opposées; la chaleur de l’atmosphère équivaut au froid et au défaut de mouvement ; elle dessèche également la peau, en dérange le tissu, et en détruit l’organisation.

1. La note suivante m'a été communiquée par M. de Touchy, écuyer, de la Société royale des Sciences de Montpellier, etc. ; elle est extraite d’un ouvrage que ce naturaliste se propose de publier, et qui sera intitulé : Mémoire pour servir à l'Histoire des fonctions de l’économie animale des oiseaux. « Je pris, le 4 maï 1785, dit M. de Touchy, » un lézard vert à taches jaunes et bleuâtres, et de dix pouces de long: > je le mis vivant dans une bouteille couverte d’une toile à jour, et » posée sur une lable de marbre dans une salle fraîche au rez-de-chaus- » sée; ce lézard vécut deux moïs dans cette espèce de prison , sans » preudre aucune nourriture. Les premiers jours, il fit des efforts » pour en sortir, mais il fut assez tranquille le reste du temps. Vers le » quarante-cinquième jour, je m’aperçus qu'il se disposoit à changer » de peau. et successivement je vis cette peau se sécher, se racor- » nir, se détacher par parties fanées et décolorées, pendant que la » nouvelle peau qui se découvroit avoit une belle couleur verte avec » des taches bien nettes. Il mourut le soixante-troisième jour, sans » avoir achevé de muer, la vieille peau étant encore attachée sur la - tête , les pattes et la queue, Pendant Le temps de la mue et celui qui

Des animaux d'ordres très différents des quadrupèdes ovipares éprouvent aussi chaque année, et même à plusieurs époques, une espèce de dépouillement : ils perdent quelques unes de leurs parties extérieures; on peut particulièrement le remarquer dans les serpents, dans certains animaux à poils, et dans les oiseaux; les insectes et les végétaux ne sontils pas sujets aussi à une sorte de mue? Dans quelques êtres qu'on remarque ces grands changements, on doit les rapporter à la même cause générale. fl faut toujours les attribuer au défaut d'équilibre entre les mouvements intérieurs et Îles causes externes : lorsque ces dernières sont supérieures, elles altèrent et dépouillent ; et lorsque le principe vital l'emporte, il répare et renouvelle. Mais cet équilibre peut être rompu de mille et mille manières, et les effets qui en résultent sont diversifiés suivant la nature des êtres organisés qui les éprouvent.

Îl en est donc de cette propriété de se dépouiller, ainsi que de toutes les autres propriétés et de toutes les formes que la nature distribue aux différentes espèces, et combine de toutes les manières, comme si elle vouloit en tout épuiser toutes les modifica-

» le précéda, il re fut jamais dans un état de torpeur ; il marchoit » dans sa bouteilie, lorsqu'on la prenoït dans les mains, et même » sans cela et de lui-même ; je lui vis quelquefois les yeux fermés, » mais il les rouvroit bientôt, et avec vivacité. IL étoit à demi arrondi » dans cette bouteille, dont le cul un peu relevé devoit ajouter à la » gêne de sa position. Il avoit certainement mué avant d’être pris, » comme font tous les lézards et les serpents, lorsque la chaleur du » printemps les fait sortir de leurs retraites. La fraîcheur de ses eou- » leurs et la délicatesse de sa peau me l’avoient prouvé lorsque je le » pris. »

DES QUADRUPÉDES OVIPARES. 45 tions. C’est souvent parce que nos connoissances sont bornées, que l'imagination la plus bizarre nous paroît allier des qualités et des formes qui ne doivent pas se trouver ensemble, En étudiant avec soin la nature, non seulement dans ses grandes productions, mais encore dans cette foule immense de petits êtres, où il semble que la diversité des figures extérieures ou internes, et par conséquent celle des habitudes ont pu être plus facilement imprimées à des masses moins considérables, l’on trouveroit des êtres naturels, dont les produits de l'imagination ne seroient souvent que des copies. Îl y aura cependant toujours une grande différence entre les originaux et ces copies plus ou moins fidèles : l'imagination, en assemblant des formes et des qualités disparates, ne prépare pas à cette réunion extraordinaire; elle n’emploie pas cette dégradation successive de nuances diversifiées à l’infini qui peuvent rapprocher les objets les plus éloignés, et qui en décelant la vraie puissance créatrice , sont le sceau dont la nature marque ses ouvrages durables , et les distingue des productions passagères de la vaine imagination.

Lorsque les quadrupèdes ovipares quittent leurs vieilles couvertures , leur nouvelle peau est souvent encore assez molle pour les rendre plus sensibles au choc des objets extérieurs : aussi sont-iis plus timides, plus réservés, pour ainsi dire, dans leur démarche, et se tiennent-ils cachés autant qu'ils le peuvent, jusqu’à ce que cette nouvelle peau ait été fortifiée par de nouveaux sucs nourriciers et endurcie par les impressions de l’atmosphère.

Les habitudes des quadrupèdes ovipares sont en

â{ HISTOIRE NATURELLE

général assez douces : leur caractère est sans férocité; si quelques-uns d'eux, comme les crocodiles, détruisent beaucoup, c’est parce qu'ils ont une grande masse à entretenir !; mais ce n’est que dans les articles particuliers de cette Histoire que nous pourrons montrer comment ces mœurs générales et communes à tous les quadrupèdes ovipares, sont plus ou moins diversifiées dans chaque espèce, par leur organisation particulière , et par les circonstances de leur vie. Nous verrons, par exemple, les uns se nourrir de poissons, les autres donner la chasse de préférence aux animaux qui rampent sur Ja terre, aux petits quadrupèdes, aux oiseaux même qu'ils peuvent atteindre sur les branches des arbres ; ceux-ci se nourrir uniquement des insectes qui bourdonnent dans l’atmosphère ; ceux-là ne vivre que d'herbe, et ne choisir que les plantes parfumées, tant la nature sait varier les moyens de subsistance dans toutes les classes, et tant elle les a toutes liées par un grand nombre de rapports. La chaîne presque infinie des êtres, au lieu de se prolonger d’un seul côté, et de ne suivre, pour ainsi dire, qu'une ligne droite, revient donc sans cesse sur elle-même, s'étend dans tous les sens, s’élève, s’abaisse, se replie, et par les différents contours qu'elle décrit, les diverses sinuosités qu'elle forme , les divers endroits où elle se réunit, ne représente-telle pas une sorte de solide, dont toutes les parties s'enlacent et se lient étroitement , où rien ne pourroit être divisé sans détruire l’ensemble, où l’on ne reconnoît ni premier ni dernier chaînon , et où même

y. Voyez particulièrement l'Histoire des Crocodiles.

LA

DES QUADRUPÈDES OVIPARES. 45 l’on n’entrevoit pas comment la nature a pu former ce tissu aussi immense que merveilleux ?

Les quadrupèdes ovipares sont souvent réunis en grandes troupes; l’on ne doit cependant pas dire qu'ils forment une vraie société. Qu'est-ce en effet qui résulte de leur attroupement? aucun ouvrage, aucune chasse , aucune guerre, qui paroissent concertés. Ils ne construisent jamais d'asile ; et lorsqu'ils en choisissent sur des rivages, dans des rochers, dans le creux des arbres, etc., ce n’est point une habitation commode qu'ils préparent pour un certain nombre d'individus réunis , et qu'ils tâchent d’approprier à leurs différents besoins; mais c'est une retraite purement individuelle , où ils ne veulent que se cacher, à laquelle ils ne changent rien, et qu'ils adoptent également, soit qu’elle ne suffise que pour un seul animal, ou soit qu'elle ait assez d'étendue pour recéler plusieurs de ces quadrupèdes.

Si quelques uns chassent ou pêchent ensemble, c'est qu'ils sont également attirés par le même appt; s'ils attaquent à la fois, c’est parce qu'ils ont la même proie à leur portée; s'ils se défendent en commun, c'est parce qu'ils sont attaqués en même temps ; et si quelqu'un d'eux a jamais pu sauver la troupe entière , en l’avertissant par ses cris de quelque embûche , ce n’est point, comme on l’a dit des singes et de quelques autres quadrupèdes, parce qu'ils avoienit été, pour ainsi dire, chargés du soin de veiller à la sûreté commune, mais seulement par un effet de la crainte que l'on retrouve dans presque tous les animaux, et qui les rend sans cesse attentifs à leur conservation individuelle.

Quoique les quadrupèdes ovipares'paroissent moins sensibles que les autres quadrupèdes, ils n’en éprouvent pas moins, au retour du printemps, le sentiment impérieux de l'amour, qui, dans la plupart des animaux , donne tant de force aux plus foibles, tant d'activité aux plus lents, tant de courage aux plus lâches. Malgré le silence habituel de plusieurs de ces quadrupèdes, ils ont presque tous des sons particuliers pour exprimer leurs désirs. Le mâle appelle sa femelle par un cri expressif, auquel elle répond par un accent semblable. L'amour n'est peut-être pour eux qu'une flamme légère, qu'ils ne ressentent jamais très vivement, comme si les humeurs, dont leur corps abonde, les garantissoient de cette chaleur intérieure et productrice, qu’on a comparée avec plus de raison qu’on ne le pense à un véritable feu, et qui est de même amortie ou tempérée par tout ce qui tient au froid élément de l’eau. Il semble cependant que la nature a voulu suppléer dans le plus grand nombre de ces quadrupèdes , à l’activité intérieure qui leur manque, par une conformation des plus propres aux jouissances de l'amour. Les parties sexuelles des mâles sont toujours renfermées dans l'intérieur de leur corps jusqu'au moment où ils s’accouplent avec leurs femelles! ; la chaleur interne, qui ne cesse de pénétrer les organes destinés à perpétuer leur espèce, doit ajouter à la vivacité des sensations qu'ils

1. C’est par l'anus que les mâles des lézards et des tortues font sortir et introduisent leurs parties sexuelles, et que ceux des grenouilles, des crapauds et des raines, répandent leur liqueur fécondante sur les œufs que pondent leurs femelles , ainsi que nous le verrons dans les articles particuliers de leur histoire.

DES QUADRUPÈDES OVIPARES. 47 éprouvent ; et d’ailleurs ce n’est pas pendant des instants très courts, comme la plupart des animaux, que les tortues marines, et plusieurs autres quadrupèdes ovipares communiquent et reçoivent la flamme qu'ils peuvent ressentir : c’est pendant plusieurs jours que dure l'union intime du mâle et de la femelle, sans qu'ils puissent être séparés par aucune crainte, ni même par des blessures profondes!.

Les quadrupèdes ovipares sont aussi féconds que leur union est quelquefois prolongée. Parmi les vivipares , les plus petites espèces sont en général celles dont les portées sont les plus nombreuses; cette loi constante pour tous ces animaux ne s'étend pas jusque sur les quadrupèdes ovipares, dans lesquels sa force est yaincue par la nature de leur organisation. Il paroit même que les grandes espèces de ces derniers quadrupèdes sont quelquefois bien plus fécondes que les petites, comme on pourra le voir dans l’histoire des tortues marines, etc.

Mais si les quadrupèdes ovipares semblent éprouver assez vivement l'amour, ils ne ressentent pas de même la tendresse paternelle. Ils abandonnent leurs œufs après Îles avoir pondus; la plupart, à la vérité, choisissent la place où ils les déposent ; quelques uns, plus attentifs, la préparent et l'arrangent ; ils creusent mème des trous où ils les renferment, et où ils les couvrent de sable et de feuillages : mais que sont tous ces soins en comparaison de l'attention vigilante dont les petits qui doivent éclore sont l'objet dans plusieurs espèces d'oiseaux? et l’on ne peut pas

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