Voyez les articles des Rates et des Squales
meute toujours avec leur grandeur. Il est quelquefois de quarante et même de cinquante jours, et d’autres fois il n’est que de huit ou neuf. Lorsque c’est an bout de neuf jours que le poisson doit éclore, on voit, dès le second jour, un petit point animé entre le jaune et le blanc. On peut s’en assurer d'autant plus aisément, que tous les œufs de poisson sont membraneux, ct qu'ils sont clairs et transparents, lorsqu'ils ont été pénétrés par la liqueur laiteuse. Au troisième jour, on distingue le cœur qui bat, le corps qui est attaché au jaune, et la queue qui est libre. C’est vers le sixième jour que l’on aperçoit ax travers des portions molles de l'embryon qui sont très diaphanes , la colonne vertébrale, ce point d'appui des parties solides, et les côtes qui y sont réunies. Au septième jour, on remarque deux points noirs qui sont les yeux : le défaut de place oblige le fœtus à tenir sa queue repliée ; mais il s'agite avec vivacité, et tourne sur lui-même en entraînant le jaune qui est attaché à son ventre, et en montrant ses nageoires pectorales, qui sont formées les premières. Enfin, le neuvième Jour, un effort de la queue déchire ia membrane de l'œnf parvenu alors à son plus haut point d'extension et de maturité. L'animal sort la queue la première, dégage sa tête, respire par le moyen d’une eau qui peut parvenir Jusqu'à ses branchies sans tra-verser aucune membrane, et, animé parun sang dont le mouvement est à l'instant angmenté de près d'un tiers !, il croît dans les premières heures qui succèdent à ce nouvel état, presque autant que pendant
1. On compte soixante pulsations par minute dans un poisson éclos, ebquarante dans ceux qui sont encore renfermés dans l'œuf,
les quinze ôu vingt jours qui les suivent. Dans plusieurs espèces, le poisson éclos conserve une partie du jaune dans une poche que forme la partie inférieure de son ventre. Îl tire pendant plusieurs jours une partie de sa subsistance de cette matière, qui bientôt s’'épuise, et à mesure qu'elle diminue , la bourse qui la contient s’affaisse, s’atténue, et disparoît. L’animal grandit ensuite avec plus ou moins de vitesse, selon la famille à laquelle il appartient !; et lorsqu'il est parvenu au dernier terme de son développement, il peut montrer une longueur de plus de dix mètres?, Eù comparant le poids, le volume et la figure de ces individus de dix mètres de longueur, avec ceux qu’ils ont dû présenter lors de la sortie de l’œuf, on trouvera que, dans Îles poissons, la nature augmente quelquefois la matière plus de seize mille fois, et la dimension la plus étendue plus de cent fois. Il seroit important pour les progrès des sciences naturelles, de rechercher dans toutes les classes d'animaux la quantité d’accroissément, soit en masse, soit en volume, soit en longueur, soit en d’autres dimensions, depuis les premiers dégrés jusqu'aux dernières limites
1. Nous avons appris, par les observations publiées par le physicien Hatis Hæderstræm , dans les Mémoires de l’Académie de Stockholm, qu'un brochet mesuré et pesé à différents âges, a présenté les poids et
les longeurs suivantes :
AYdVanr, 1 1/, once de poids.
2 ans, 10 pouces de long. 4 onces.
>. Consultez l’article du Squale requin, et celui du Squale trés grand.
DES POISSONS. 09 du développement, et de comparer avec soin les résultats de tous les rapports que l’on trouveroit.
Au reste, le nombre des grands poissons est bien plus considérable dans la mer que dans les fleuves et les rivières; et l’on peut observer d’ailleurs que presque toujours, et surtout dans les espèces féroces, les femelles, comme celles des oiseaux de proie, avec lesquels nous avons déjà vu que les poissons carnassiers ont une analogie très marquée, sont plus grandes que les mâles.
Quelque étendu que soit le volume des animaux que nous examinons, ils nagent presque tous avec une très grande facilité. Ils ont , en effet, recu plusieurs organes particuliers propres à les faire changer rapidement de place au milieu de l’eau qu'ils habitent, Leurs mouvements dans ce fluide peuvent se réduire à l’action de monter ou de descendre, et à celle de s’avancer dans un plan horizontal, ou se composent de ces deux actions. Examinons d’abord comment ils s'élèvent ou s’enfoncent dans le sein des eaux. Presque tous les poissons, excepté ceux qui ont le corps très plat, comme les raies et les pleuronectes, ont un organe intérieur situé dans la partie la plus haute de l’sbdomen, occupant le plus souvent toute la longueur de cette cavité, fréquemment attaché à la colonne vertébrale, et auquel nous conservons le nom de vessie natatoire. Cette vessie est membraneuse et varie beaucoup dans sa forme, suivant les espèces de poissons dans lesquels on l’observe. Elle est toujours allongée : mais tantôt ses deux extrémités sont poinlues, el tantôt arrondies, eL tantôt la partie antérieure se divise en deux prolongations : quelquefois elle est
partagée transversalement en deux lobes creux qui communiquent ensemble, quelquefois ces deux lobes son£ placés longitudinalement à côté l’un de l'autre ; il est même des poissons dans lesquels elle présente trois et jusqu à quatre cavités. Elle communique avec la partie antérieure, et quelquefois, mais rarement , avec la partie postérieure de l'estomac, par un petit tuyau nommé canal pneumatique, qui aboutit au milieu ou à l'extrémité de la vessie, la plus voisine de la tête lorsque cet organe est simple, mais qui s'attache au lobe postérieur iorsqu'il y a deux lobes placés Pun devant l’autre. Ge conduit varie dans ses dimensions, ainsi que dans ses sinuosités. Il transmet à la vessie nataloire, que l’on a aussi nommée vessie aérienne, un gaz queiconque , qui la gonfle, l’étend , la rend beaucoup plus légère que l’eau, et donne au poisson la faculté de s'élever au milieu de ce liquide. Lorsqu’au contraire l'animal veut descendre, il comprime sa vessie natatoire par le moyen des muscles qui environuent cet organe ; le gaz qu'elle contient s'échappe par le conduit pneumatique, parvient à l'estomac, sort du corps par la gueule, par les ouvertures branchiales, où par l’anus; et la pesanteur des parties solides ou molles du poisson entraine l'animal plus ou moins rapidement au fond de l’eau.
Cet effet de la vessie natatoire sur l’ascension et la descente des poissons ne peut pas être révoqué en doute, puisque indépendamment d’autre raison, et ainsi qu'Artedi l’a annoncé, il n’esi personne qui ne puisse éprouver que lorsqu'on perce avec adresse, et par le moyen d’une aiguille convenable, la vessie aérienne d'un poisson vivant, il ne peut plus s'élever
DES POISSONS. 05 au milieu de l’eau, à moins qu'il n'appartienne à ces espèces qui ont reçu des muscles assez forts et des nageoires assez étendues pour se passer, dans jeurs mouvements, de tout autre secours. Il est même des contrées dans lesquelles l’art de la pêche a été très cultivé, et où on se sert depuis long-temps de cette altération de la vessie natatoire pour empêcher des poissons qu’on veut garder en vie dans de grands baquets, de s'approcher de la surface de l’eau, et de s’élancer ensuile par dessus les bords de leur sorte de réservoir.
Mais quel est le gaz qui s'introduit dans la vessie natatoire? Notre savant et célèbre confrère M. Fourcroy a trouvé de l'azote dans l'organe aérien d'une carpe; d'un autre côté, le docteur Priestley s’est assuré que la vessie natatoire de plusieurs poissons contenoit, dans le moment où il l’a examinée, de l'oxygène mêlé avec une quantité plus ou moins considérable d’un autre gaz, dont il n’a pas déterminé ia nature ?; on lit dans les Annales de chimie, publiées en Angleterre par le docteur Dunkan, que le docteur Francis Rigby Brodbelt, de la Jamaïque, n’a reconna dans la vessie d’un xiphias espadon que de l'oxygène très pur; et enfin celle de quelques lanches, que j'ai examinée, renfermoit du gaz hydrogène. Il est donc vraisemblable que, suivant les circonstances dans lesquelles on observera la vessie aérienne des poissons, pendant que leur corps n'aura encore