Expériences de Paysique, vol. IL, p
5. Annales de Médecine, par Le docteur Dunkan, 1796, p. 895; et Journal de Physique, Chimie et Arts, par Nicholson, septembre 1797:
éprouvé aucune altération, ou leur cadavre étant déjà très corrompu, leur estomac étant vide ou rempli d'aliments plus ou moins décomposés, leurs. facultés n'étant retenues par aucun obstacle ou étant affaiblies par Ia maladie, on trouvera, dans leur organe natatoire , des gaz de différente nature. Ne pourroit-on pas dire cependant que le plus souvent cet oryane se remplit de gaz hydrogène ? ne pourroit-on pas supposer que l’eau, décomposée dans les branchies, fournit au sang l'oxygène nécessaire à ce fluide; que lorsque l'animal n’a pas besoin de gonfler sa vessie aérienne, le second principe de l’eau, Fhydrogène, rendu libre par sa séparalion d'avec l'oxygène, se dissipe par les ouvertures branchiales et par celle de la bouche, ou se combine avec différentes parties du corps des poissons, dont l'analyse a donné en effet beaucoup de ce gaz, et que, lorsqu'au contraire le poisson veut étendre l'organe qui doit l’élever, ce gaz hydrogène , au lieu de se dissiper ou de se combiner, se précipite par le canal pneumatique que les muscles ne resserrent plus, et va remplir une vessie qui n’est plus comprimée, et qui est située dans la partie supérieure du corps? Sans cette décomposition de l’eau, comment concevoir que le poisson, qui dans une minute gonfle et resserre plusieurs fois sa vessie, trouve à l'instant, à la portée de cet organe, la quantité de gaz qu'il aspire et rejette ? Comment même pourrat-il avoir à sa disposition, dans les profondeurs immenses qu'il parcourt, et dans des couches d’eau éloignées quelquefois de l'atmosphère de plus de six mille mètres, une quantité d'oxygène suffisante pour sa respiration ? Doit-on croire que leur estomac peut
DES POISSONS. 09 être rempli de matières alimentaires qui, en se dénaturant, fournissent à la vessie aérienne le gaz qui la gonfle, lorsqu'elle n’est Jamais si fréquemment ni si complètement étendue que dans les instants où cet estomac est vide, et où la faim qui presse l'animal l'oblige à s'élever, à s’abaisser avec promptitude , à faire avec rapidité de longues coursès, à se livrer à de péuibles recherches? Cette décomposition, dont la chimie moderne nous indique maintenaat tant d'exemples , est-elle plus difficile à admettre dans des êtres à sang froid, à la vérité, mais très actifs et assez sensibles, tels que ies poissons, que dans les parties des plantes qui séparent également l'hydrogène et l’'oxigène contenus dans l’eau ou dans l’humidité de l'air? Les forces animales ne rendent-elles pas toutes les décompositions plus faciles, mème avec une chaleur beaucoup moindre? Ne peut-on pas démontrer d’ailleurs que la vessie natatoire ne diminue par sa dilatation la pesanteur spécifique de l'animal, qu'autant qu'elle estremplie d’un fluide beaucoup plus léger que ceux que renferment les autres cavités contenues dans le corps du poisson, cavités qui se resserrent à mesure que celle de la vessie s'agrandit, ou qu'autant que l’agrandissement momentané de cet organe d’ascension produit une augmentation de volume dans ja totalité du corps de l'animal? Peut-on assurer que cet accroissement dans le volume total a toujours lieu ? Le gaz hydrogène , en séjournant dans la vessie nataloire ou dans d’autres parties de l’intérieur du poisson, ne peut-il pas, selon les circonstances, se combiner de manière à perdre sa nature, à n’être plus reconnoissable , et, par exempie, à produire de:
100 SUR LA NATURE l'eau ? Ce fait ne seroit-il pas une réponse aux objections les plus fortes contre la décomposition de l’eau, opérée par les branchies des poissons ? Si ces animaux périssent dans de l'eau au dessus de laquelle on fait le vide, ne doit-on pas rapporter ce phénomène à des déchirements intérieurs et à la soustraction violente des différents gaz que leur corps peut renfermer ? Quelque opinion qu’en adopte sur la décomposition de l’eau dans l'organe respiratoire des poissons, peuton expliquer ce qu'ils éprouvent dans les vases placés sous le récipient d’une machine pneumatique, autrement que par des soustractions de gaz ou d’autres fluides qui, plus légers que l'eau, sont déterminés, sous ce récipient vide d'air, à se précipiter, pour ainsi dire , à la surface d’un liquide qui n’est plus aussi comprimé? Lorsqu'on est obligé de briser la croûte de glace qui recouvre un étang, afin de préserver de la mort ies poissons qui nagent au dessous, n'est-ce pas plutôt pour débarrasser l’eau renfermée dans laquelle ils vivent, de tous les miasmes proauits par leurs propres émanations, ou par le séjour d'animaux ou de végétaux corrompus, que pour leur rendre l'air atmosphérique dont ils n’ont aucun besoin? N'est-ce pas pour une raison analogue qu'on est obligé de renouveler de temps en temps, et surtout pendant Îles grandes chaleurs, l’eau des vases dans iesquels on 1. Un poisson renfermé dans le vide pendant plusieurs heures paroit d'abord environné de bulles, particulièrement auprès de la bou-
che et des branchies; il nage ensuite renversé sur le dos, et le ventre
gonflé; il est eufin immobile el roide: mais mis dans de l’eau nouvelle exposée à Fair, il reprend ses forces; son ventre cependant reste retiré, et ce n'est qu'au bout de quelques heures qu'il peut nager et
se tenir sur son ventre. Voyez Boyle, Transact. philosoph., an 1670.
DES POISSONS. 101 sarde de ces animaux? Et enfin, l'hypothèse que nous indiquons n’a-t-elle pas été pressentie par J. Mayow, ce chimiste anglois de la fin du dix-septième siècle, qui a deviné, pour ainsi dire, plusieurs des brillantes découvertes de la chimie moderne, ainsi que l’a fait observer, dans un mémoire lu il y a près de deux ans à l'institut de France , M. Foureroy, l’un de ceux qui ont le plus contribué à fonder et à étendre la nouvelle théorie chimique À?
Mais n'insistons pas davantage sur de pures conjectures ; contentons-nous d’avoir indiqué aux chimistes et aux physiciens un beau sujet de travail, et ne donnons une grande place dans le tablean dont nous nous occupons, qu'aux traits dont nous croirons être sûrs de la fidélité.
Plusieurs espèces de poissons, telles que les balistes et les tétrodons?, jouissent d’une seconde propriété très remarquable , qui leur donne une grande facilité pour s'élever ou s’abaisser ä milieu du fluide qu'ils préfèrent : ils peuvent , à leur volonté et avec une rapidité assez grande, gonfler la partie inférieure de leur ventre, y introduire un gaz plus léger que l’eau, et donner ainsi à leur ensemble un accroissement de volume, qui diminue leur pesanteur spécifique. Il en est de cette faculté comme de celle de dilater la vessie natatoire; toutes les deux sont hien
1. Atque hinc est quod pisces aquam, perinde ut animalia terrestria auram vulgarem, vicibus perpetuis hauriant egerintque ; quo videlicet æreum aliquot vitale, A8 AQuA, veluli alias ab aura, secretum , in cruoris
massam trajiciatur. (J. Mayow, traité 1, chapitre 192 , page 229. La Haye, 1681.)
2. Voyez, dans ce volume, l’histoire des Tétrodons et celle des Bulistes.
LACLLÈDE, V.
SI
plus utiles aux poissons au milieu des mers qu’au milieu des îleuves et des rivières, parce que l’eau des mers étant salée, et par conséquent plus pesante que l’eau des rivières et des fleuves, qui est douce, les animaux que nous examinCns peuvent avec moins d’efforts se donner, lorsqu'ils nagent dans la mer, une légèreté égale ou supérieure à celle du fluide dans lequel ils sont plongés.
Il ne suffit cependant pas aux poissons de monter et de descendre ; il faut encore qu'ils puissent exécuter des mouvements vers tous4es points de l'horizon, afin qu'en combinant ces mouvements avec leurs ascensions et leurs descentes, ils s’avancent dans toutes sortes de directions perpendiculaires, iuclinées ou parallèles à la surface des eaux. C’est principalement à leur queue qu'ils doivent la faculté de se mouvoir ainsi dans tous les sens; c’est cette partie de leur Corps, que nous avons vu s'agiter même dans l’œuf, en déchirer l'enveloppe et en sortir la première, qui, selon qu’elle est plus ou moins longue , plus où moins libre, plus ou moins animée par des muscles puissants, pousse en avant avec plus ou moins de force le corps entier de l’animal. Que l’on regarde un poisson s’élancer au milieu de l’eau, on le verra frapper vivement ce fluide, en portant rapidement sa queue à droite et à gauche. Cette partie, qui se meut sur la portion postérieure du corps, comme sur un pivot, rencontre obliquement les couches latérales du fluide contre lesquelles elle agit; elle laisse d’ailleurs si peu d'intervalle entre les coups qu'elle donne d’un côté et dé l'autre, que l'effet de ses impulsions successives équivaut à celui de deux actions simultanées; et dès
DES POISSONS. 109 Jors il n’est aucun physicien qui ne voie que le corps, pressé entre les deux réactions obliques de l’eau, doit s'échapper par la diagonale de ces deux forces, qui se confond avec la direction du corps et de Ia tête du poisson. Il est évident que plus la queue est aplatie par les côtés, plus elle tend à écarter l’eau par une grande surface , et plus elle est repoussée avec vivacité, et contraint l’animal à s’avancer avec promptitude. Voilà pourquoi plus la nageoire qui termine la queue, et qui est placée verticalement, présente une grande étendue , et plus elle accroît la puissance d’un lévier qu’elle allonge, et dont elle augmente les points de contact. Voilà pourquoi encore toutes les fois que j'ai divisé un genre de poissons en plusieurs sousvenres, j'aicru attacher à ces groupes secondaires, des caractères non seulement faciles à saisin, mais encore importants à considérer par leurs liaisons avec les habitudes de l'animal, en distinguant ces familles subordonnées par la forme de la nageoïre de la queue, ou très avancée en pointe, où arrondie, ou rectiligne, ou creusée en demi-cercle, ou profondément échancrée en fourche.
C’est en se servant avec adresse de cet organe puissant, en variant l’action de cette queue presque toujours SI mobile, en accroissant sa vitesse par toutes leurs forces, où en tempérant sa rapidité, en la portant d’un côté plus vivement que d’un autre, en la repliant jusque vers la tête, et en la débandant ensuite comme un ressort violent, surtout lorsqu'ils nagent en partie au dessus de la surface de l’eau , qué les poissons accélèrent, retardent leur mouvement , changent leur direction, se tournent , se retournent,
se précipitent, s'élèvent, s'élancent au dessus da fluide auquel ils appartiennent, franchissent de hautes cataractes, et sautent jusqu'à plusieurs mètres de hauteur !.
La queue de ces animaux, cet instrument redoutable d'attaque ou de défense, est donc aussi non seulement le premier gouvernail, mais encore la principale rame des poissons; ils en aident l’action parleurs nageoires pectorales. Ces dernières nageoires, s’étendant ou se resserrant à mesure que les rayons qui les soutiennent s’écartent où se rapprochent, pouvant d’ailleurs être mues sous différentes inclinaisons et avec des vitesses très inégales , servent aux poissons, non seulement pour hâter leur mouvement progressif, mais encore pour le modifier, pour tourner à droite ou à gauche, et même pour aller en arrière, lorsqu'elles se déploient en repoussant l’eau antérieure, et qu'elles se replient au contraire en frappant l’eau opposée à cette dernière. En tout, le jeu et l’effet de ces nageoires pectorales sont très semblables à ceux des pieds palmés des oies, des canards, et des autres oiseaux d’eau; et il en est de même de ceux des nageoires inférieures, dont l’action est cependant ordinairement moins grande que celle des nageoires pectorales, parce qu'elles présentent presque toujours une surface moins étendue.
À l'égard des nageoires de l'anus, l’un de leurs principaux usages est d’abaisser le centre de gravité de l'animal, et de le maintenir d’une manière plus stable dans la position qui lui convient le mieux.