‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 3)Chapitre 44 sur 113 · Discours sur la nature des poissons, LAGÉPBDE · texte numérisé non relu

Discours sur la nature des poissons, LAGÉPBDE

et qui a quelques rapports avec la paupière supérieure de l’homme et des quadrupèdes, que quelques auteurs ont appelée paupière, et que d’autres ont comparée à la meinbrane clignotante des oiseaux.

Immédiatement derrière les yeux, mais un peu pius vers les bords de la tête, sont deux trous ou évents qui communiquent avec l’intérieur de la bouche. Et comme ces trous sont assez grands, que les tuyaux dont ils sont les orifices sont larges et très courts, et qu'ils correspondent à peu près à j’ouverture de la bouche, il n’est pas surprenant que lorsqu’on tient une raie batis dans une certaine position, et, par exemple, contre le jour, on aperçoive même d’un peu loin, et au travers de l'ouverture de la bouche et des évents, les objets placés au delà de lanimal, qui paroît alors avoir reçu deux grandes blessures, et avoir élé percé d’un bord à l’autre.

Ces trous, que l’animal a la faculté d'ouvrir ou de fermer par le moyen d’une membrane très extensible, que l’on peut comparer à une paupière, ou, pour mieux dire, à une sorte de soupape, servent à la batis au même usage que l’évent de la lamproie à ce pétromyzon. C’est par ces deux orifices que cette raie admet ou rejette l’eau nécessaire ou surabondante à ses organes respiratoires, lorsqu'elle ne veut pas employer l’ouverture de sa bouche pour porter l’eau de la mer dans ses branchies, ou pour l’en retirer. Mais comme la batis, non plus que les autres raies, n’a pas l'habitude de s'attacher avec la bouche aux rochers, aux bois, ni à d’autres corps durs, il faut chercher pourquoi ces deux évents supérieurs, que l’on retrouve dans les squales, mais que l’on n’aper-

DES POISSONS. 199 coit d’ailleurs dans aucun genre de poissons, paroissentnécessaires aux promptes et fréquentes aspirations etexpirations aqueuses sans lesquelles les raies cesseroient de vivre.

Nous allons voir que les ouvertures des branchies des raies sont situées dans le côté inférieur de’leur corps. Ne pourroit-on pas, en conséquence, supposer que le séjour assez long que font les raies dans le fond des mers, où elles tiennent la partie inférieure de leur corps appliquée contre le limon ou le sable, doit les exposer à avoir, pendant une grande partie de leur vie, l'ouverture de leur bouche, ou celles du siége de la respiration, collées en quelque sorte contre la vase, de manière que l’eau de la mer ne puisse y parvenir ou en Jaillir qu'avec peine, et que si celles de ces ouvertures qui peuvent être alors obstruées, n’étoient pas suppléées par les évents placés dans le côté supérieur des raies, ces animaux ne pourroient pas faire arriver Jusqu à leurs organes respiratoires, l’eau dont ces organes doivent être périodiquement abreuvés ?

Ce siége de la respiration, auqueï les évents servent à apporter ou à ôter l’eau de la mer, consiste de chaque côté, dans une cavité assez grande qui communique avec celle du palais, ou, pour mieux dire, qui fait partie de cette dernière, et qui s'ouvre à l’extérieur, dans le côté inférieur du corps, par cinq trous ou fentes transversales que l'animal peut fermer et ouvrir en étendant ou retirant les membranes qui revêtent les bords de ces fentes. Ces cinq ouvertures sont situées au delà de celle de la bouche, et disposées sur une ligne un peu courbe, dont la convexité

est tournée vers le côté extérieur du corps; de telle sorte, que ces deux rangées, dont chacune est de cinq fentes, représentent, avec l’espace qu'elles renferment au dessous de la tête, du cou et d’une portion de la poitrine de l'animal, une sorte > de disque ou de plastron un peu ovale.

Dans chacune de ces cavités latérales de la batis sont les branchies proprement dites, composées de cinq cartilages un peu courbés, et garnis de membranes plates, très minces, très nombreuses, appliquées l'une contre l’autre, et que l’on a comparées à des feuillets; l’on compte deux rangs de ces feuillets ow membranes très minces et très aplaties, sur le bord convexe des quatre premiers cartilages ou branchies, et un seul rang sur le cinquième ou dernier.

Nous avons déjà vu ! que ces membranes très minces contiennent une très grande quantité de ramifications des vaisseaux sanguins qui aboutissent aux branchies, soit que ces vaisseaux composent les dernières extrémités de l'artère branchiale, qui se divise en autant de rameaux qu'il y a de branchies, et apporte dans ces organes de la respiration le sang qui a déjà circulé dans tout le corps, et dont les principes out besoin d’être puriñés et renouvelés; soit que ces mêmes vaisseaux soient l'origine de ceux qui se répandent dans toutes les parties du poisson, et y distribuent un sang dont les éléments ont reçu une nouvelle vie. Ces vaisseaux sanguins, qui ne sont composés dans les inembranes des branchies que de parois très minces ét facilement perméables à divers fluides,

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