Bloch, Hisioire naturelle des poissons
DES POISSONS. 209 formées de mème de véritables rayons cartilagineux, composés, articulés, ramifiés, communément au rombre de six, et recouverts par la peau qui revêt le reste du corps. Mais les appendices dont nous venons de parler ne contiennent aucun rayon. Ils renferment plusieurs petits os ou cartilages; chacun de ces appendices en présente onze dans son intérieur, disposés sur plusieurs rangs. D'abord quatre de ces parties cartilagineuses sont attachées à un grand cartilage transversal, dont les extrémités soutiennent les nageoires ventrales, et qui est analogue, par sa position et par ses usages, aux os nommés 05 du bassin dans l’homme et dans les quadrupèdes. À la suite de ces quatre cartilages, on en voit deux autres dans l’intérieur de l’appendice; et à ces deux en succèdent cinq autres de diverses formes. L’appendice contient d’ailleurs, dans son côté extérieur, un canal ouvert à son extrémité postérieure, ainsi que vers son extrémité antérieure, et qui est destiné à transmeltre une liqueur blanche et gluante, filtrée par deux glandes que peuvent comprimer les muscles des nageoires de anus. L’appendice peut être fléchi par l’action d’un muscle qui, en Île courbant, le rend propre à faire l'office d’un crochet; et lorsque la batis veut cesser de s’en servir, il se rétablit par une suite de l’élasticité des onze cartilages qu’il renferme. Lorsqu'il est dans son état naturel, la liqueur blanche et glutineuse s'échappe par l'ouverture antérieure : mais, lorsqu'il est courbé, cet orifice supérieur se trouve fermé par le muscle fléchisseur, et la liqueur gluante parcourt toute la cavité du canal, sort par le trou de l'extrémité postérieure, et, arrosant la partie ou
le corps sur lequel s'attache le bout de cette espèce de crochet, prévient les inconvénients d’une pression trop forte.
La position de ces deux appendices que les mâles seuls présentent, leur forme, leur organisation intérieure, la liqueur qui suinte par le canal que chacun de ces appendices renferme, pourroient faire pariager l'opinion que Linnée à eue pendant quelque temps, et l'on pourroit croire qu'ils composent les parties génitales du mâle. Mais, pour peu que l’on examine les parties intérieures des batis, on verra qu'il est même superflu de réfuter ce sentiment. Ces appendices ne sont cependant pas inutiles à l’acte de la génération; ils servent au mâle à retenir sa femelle, et à se tenir pendant un temps plus où moins long assez près d'elle pour que la fécordatian des œufs puisse avoir lieu de la manière que nous exposerons avant de terminer cet article.
Entre les deux appendices que nous venons de décrire, ou, pour nous expliquer d'une manière applicable aux femelles aussi bien qu'aux mâles, entre les deux nageoires de l'anus, commence la queue, qui s'étend ordinairement jusqu'à une longueur égale à celle du corps et de la tête. Elle est d’ailleurs presque ronde, très déliée, très mobile, et terminée par une pointe qui paroit d'autant plus fine, que la batis n’a point de nageoire caudalel comme quelques autres raies, et n’en présente par conséquent aucune au bout de cette pointe. Mais vers ia fin de la queue, et sur sa partie supérieure , on voit deux petites nageoires très
:. Discours sur la nature des poissons.
DES POISSONS. 203 séparées l’une de l’autre, et qui doivent être regardées comme deux véritables nageoires dorsales!, quoiqu’elles ne soient pas situées au dessus du corps proprement dit.
La batis remue avec force et avec vitesse cette queue longue, souple et menue, qui peut se fléchir et se contourner en différents sens. Elle l’agite comme une sorte de fouet, non seulement lorsqu'elle se défend contre ses ennemis, mais encore lorsqu'elle attaque sa proie. Elle s’en sert particulièrement lorsque, en embuscade dans le fond de la mer, cachée presque entièrement dans le limon, et voyant passer autour d'elle les animaux dont elle cherche à se nourrir, elle ne veut ni changer sa position, ni se d£barrasser de la vase ou des algues qui la couvrent, ni quitter sa retraite et se livrer à des mouvements qui pourroient n'être pas assez prompts, surtout Îorsqu'elle veut diriger ses armes contre les poissons les plus agiles. Elle emploie alors sa queue; et, la fléchissant avec promptitude, elle atteint sa victime et la frappe souvent à mort. Elle lui fait du moins des blessures d'autant plus dangereuses, que cette queue, mue par des muscles puissants, présente de chaque côté et auprès de sa racine un piquant droit et fort, et que d’ailleurs elle est garnie dans sa partie supérieure d’une rangée d’aiguillons crochus. Chacun de ces aiguillons, qui sont assez grands, est attaché à une petite plaque cartilagineuse , arrondie, ordinairement coucave du côté du crochet, et un peu convexe de l’autre, et qui, placée au dessous de la peau,