Of the electric property of the torpedo. London
DES POISSONS. 247 mouillée. On suspendit au plancher, et avec des cordens de soie, deux fils de laiton : tout le monde sait que le laiton, ainsi que tous les métaux, est un très bon conducteur d'électricité, c’est-à-dire qu’il conduit ou transmet facilement le fluide électrique, et que la soie est au contraire non conductrice, c’est-àdire qu’elle oppose un obstacie au passage de ce inême fluide. Les fils de laiton employés par M. Walsh furent donc, par une suite de leur suspension avec de la soie, isolés, ou, ce qui est là même chose, séparés de toute substance perméable à l'électricité; car l'air, au moins quand il est sec, est aussi un très mauvais conducteur électrique.
Auprès de la torpille étoient huit personnes disposées ainsi que nous allons le dire, et isolées par le moyen de tabourets faits de matières non conductrices, et sur lesquels elles étoient montées.
Ua bout d’un des fils de laiton étoit appuyé sur la serviette mouillée qui soutenoit Ja torpille, et l’autre bout aboutissoit dans un premier bassin plein d’eau. La première personne avoit un doigt d'une main dans le bassin où étoit le fil de laiton, et un doigt de l’autre main dans un second bassin également rempli d'eau; la seconde personne tenoit un doigt d’une main dans le second bassin, et un doigt de l’autre main dans un troisième; la troisième plongeoit un doigt d'une main dans le troisième bassin, et un doigt de l’autre main dans un quatrième, et ainsi de suite, les huit personnes communiquoient l’une avec l’autre par le moyen de l’eau contenue dans
1. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que l’eau est un excellent con-
ducteur.
neuf bassins. Un bout du second fil de laiton étoit plongée dans le neuvième bassin; et M. Walsh ayant pris l’autre bout de ce second fil métallique, et Pavant fait toucher au dos de la torpille, il est évident qu'il y eut à l'instant un cercle conducteur de plusieurs pieds de contour, et formé sans interruption par la surface inférieure de l'animal, la serviette mouillée, le premier fil de laiton, le premier bassin, les huit personnes, les huit autres bassins, le second fil de Jaiton, etle dos de la torpiile. Aussi les buit personnes ressentirent-elles soudain une commotion qui ne différoit de celle que fait éprouver une baiterie électrique que par sa moindre force; et, de même que dans les expériences que l’on tente avec cette batterie, M. Walsh, qui ne faisoit pas partie du cercle déférent ou de la chaîne conductrice, ne recut aucun coup, quoique beaucoup plus près de la raie que les huit personnes du cercle.
Lorsque la torpille étoit isolée , elle faisoit éprouver à plusieurs personnes isolées aussi quarante ou cinquante secousses successives dans l’espace d’une minute et demie : ces secousses éloient toutes sensiblement égales; et chaque effort que faisoit lanimal pour donner ces commotions, étoit accompagné d'une dépression de ses yeux. qui, très saillants dans leur état naturel, rentroient alors dans leurs orbites, tandis que le reste du corps ne présentoit presque
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11e Kæmpfer a écrit (Amænit., exol. 1721, p. 514) que l'on pouvoit, en retenant san haleine , se garantir de la commotion que donne la torpille: mais M. Walsh. et plusieurs autres physiciens qui se sont occupés de l'électricité de cette raïe , ont éprouvé que cette précau-
Si l’on ne touchoit que l’un des deux orgaues de la torpille , il arrivoit quelquefois qu’au lieu d’une secousse forte et soudaine on n'éprouvoit qu’une sensation plus foible, et, pour ainsi dire, plus lente; on ressentoit un engourdissement plulôt qu'un coup; et, quoique les yeux de l'animal fussent alors aussi déprimés que dans les moments où il allait frapper avec plus d'énergie et de rapidité, M. Walsh présumoit que l’engourdissement causé par cette raie provient d’une décharge successive des tabes très nombreux qui composent les deux siéges de son pouvoir, tendis que la secousse subite est due à une décharge simaltanée de tous ses tuyaux.
Toutes les substances propres à laisser passer facilement le fluide électrique , et qu'on à nommées conductrices, transmettoient rapidement la commotion produile par la torpiile; et tous les corps appelés non conducteurs, parce qu'ils ne peuvent pas livrer un libre passage à ce mème fluide, arrètoient également la secousse donnée par la raie, et opposoient à sa puissance un obstacle insurmontable, En touchant, par exemple animal avec un bâton de verre, ot: de cire d'Espagne, on ne ressentoit aucun effet, mais on étoit frappé violemment lorsqu'on mettoit à la place de la cire ou du verre une barre métèllique ou un corps très mouillé.
Tels sont les principaux effets de l'électricité des torpilles, très bien observés et très exactement décrits par M. Waish, et obtenus depuis par un grand nombre de physiciens. Îls sont entièrement sembla-
tion ne diminuoit en aucune manière la force de la secousse produite par ce poisson électrique.
250 HISTOIRE NATURELLE bles aux phénomènes analogues produits par l’électricité naturelle des nuages, ou par l'électricité artificielle des bouteilles de Leyde et des autres instruments fulminants. De même que la foudre des airs, ou la foudre bien moins puissante de nos laboratoires, l'électricité de la torpilie. d'autant plus forte que les deux surfaces des batteries fulminantes sont réunies par un contact plus grand et plus immédiat, parcourt un grand cercle, traverse tousles corps conducteurs, s'arrête devant les substances non conductrices, engourdit, ou agite violemment, et met à mort les êtres sensibles qui ne peuvent se soustraire à ses coups que par l'isolement , qui les garantit des effets terribles des nuages orageux.
Une différence très remarquable paroît cependant séparer cette puissance des deux autres : la torpille, par ses contractions, ses dilatations , et les frottements qu’elles doivent produire dans les diverses parties de son double organe, charge à l'instant les milliers de tubes qui composent ses batteries; elle y condense subitement le fluide auquel elle doit son pouvoir, tandis que ce n’est que par des degrés successifs que ce mème fluide s'accumule dans les plateaux fulminants , ou dans les batteries de Leyde.
D'un autre côté, on n’a pas pu Jusqu'à présent faire subir à des corps légers suspendus auprès d’une torpille les mouvements d'attraction et de répulsion que leur imprime le voisinäge d’une bouteille de Leyde; et le fluide électrique lancé par cette raie n’a pas pu, en parcourant son cercle conducteur, traverser un jutervalle assez grand d’une partie de ce cercle à une autre, et être assez condensé dans cet espace pour
agir sur le sens de la vue, produire fa sensation de la lumière, et paroître sous la forme d’une étincelle. Mais on ne doit pas désespérer de voir de très grandes torpilles faire naître dans des temps favorables, et avec le secours d’ingénieuses précautions, ces derniers phénomènes que lon a obtenus d'un poisson plus électrique encore que la torpille, et dont nous donnerons l’histoire en traitant de la famille des gymnctes , à laquelle il appartient t Où doit s'attendre d'autant plus à voir ces effets produits par un individu de l'espèce que nous exarminons, qu'il est aisé de calculer que chacune des deux principales surfaces de l'organe double et électrique d’une des pluslarges torpilles pèchées jusqu’à présent devoit présenter une étendue de cent décimètres (près de vingt-neuf pieds) carrés; et tous les physiciens savent quelle vertu redoutable l'électricité artificielle peut imprimer à un seul plateau fulminant de quatorze décimètres carrés (quatre pied carrés ou environ) de surface.
Au reste, ce n'est pas seulement dans la Méditerranée, et dans la partie de l'Océan qui baigne lés côtes de l’Europe, que l’on trouve la torpiile; on rencontre aussi cette raie dans le golfe Persique, dans la mer Pacifique, dans celle des Indes, auprès du cap de Bonne-Espérance, et dans plusieurs autres mers.
1. Voyez le Discours sur la nature des poissons, et l'article du Gymnote électrique, vulgairement connu sous le nom d’Anguille de Cayenne, ou de Sarinam.