‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 3)Chapitre 60 sur 113 · LA RAIE AIGLE · texte numérisé non relu

LA RAIE AIGLE

Raia Aquila, Lixx., Guer., Lacer. — Myliobatis Aquila, Duuériz. — ÆAetobatis À quila, Bramnv.

C’Esr avec une sorte de fierté que ce grand animal agite sa large masse au milieu des eaux de la Méditer-

1. Glorieuse, dans plusieurs départements méridionaux de France,

Perce ratto, ibid.

Rate penade (chauve-souris), ibid.

Tare franke, ibid.

Faucon de mer.

Erago e ferraza.

Rospo (crapaud), sur la côte de Gênes.

Aquila, sur d’autres côtes d'Italie.

Raie Mourine, Daubenton, Encyclopédie méthodique.

Mus. ad., fr. 2, p. 51.

« Raja cauda pinnata, aculeoque unico, » Bloch, Hisioire des Poissons, part. 5, p. 59, n. 5, pl. 81.

Raie Mourine, Bounaterre, planches de i’ Encyclopédie méthodique.

« Raja corpore glabro, aculeo longo, serrato in cauda pinnata. » Arted., gen. 72, sÿyn. 100.

« Leiobatus capite exserto, etc. » Klein, miss. pise. 3, p. 55, n. 4.

Arist., Hist. animal., Lib. 5, c. 5.

Plin., Hist. mundi, bib. 9, cap. 24.

Salvian., Aquat., p. 146 b. 147.

Aldrovand., pisc., p. 458— 440.

Jonston , pisc., p. 85, tab. 9, fig. 8 et o.

Willughby, Ichth., p. 64, tab. €. 2, app., tab. 10.

Ray., pisc., p. 23.

Bclon. Aqu'l., p. 97-

PI 90 Poissons.

CN f | RNA L UD .

fl lo

CRATEAIIGIIT 2 RATIUTORLILIIR LA CINO TACTIES .

DÉS POISSONS. 299 rauée et des autres mers qu'il habite; et cette habitude , jointe à la lenteur que cette raie met quelquefois dans ses mouvements, el à l'espèce de gravité avec laquelle on diroit alors qu'elle les exécute, lui a fait donner l’épithète de glorieuse sur plusieurs rivages. La forme et la disposition de ses nageoires pectorales, terminées de chaque côté par un angle aigu, et peu confondues avec Îe corps proprement dit, les a d’ailleurs fait comparer à des ailes plus particulièrement encore que celles des autres espèces de raies : elles en ont recu plus souvent le nom; et, comme leur étendue est très grande, elles ont rappelé l'idée des oiseaux à la plus grande envergure, et la raie que nous décrivons a été appelée Aigle dès les premiers temps où elle à été observée. Ce qui a paru ajouter à la ressemblance entre l'aigle et le poisson dont nous traitons, c'est que cette raie a aussi la tête beaucoup plus distincte du corps que presque toutes les autres espèces du mème genre, et que cette partie plus avancée est terminée par un museau allongé et très souvent peu arrondi. De plus, ses yeux sont assez gros et très saillants ; ce qui lui donne un nouveau trait de conformité, ou du moins une nouvelle analogie, avec le dominateur des airs, avec l'oiseau aux yeux les plus

Aquilu marina, Gesner, Aquat:, p. 75, icon. anim., PALAIN122. Thierb., p. 67, 68, paral., p. 58.

Pastinaca (secunda species), Rondelet, première partie, lir. 12, chap. 2.

Pastenaque (troisième espèce), ou aigle-poisson, Valmont de Bomare, Dictionnaire d'histoire naturelle.

« Raja aculeala, pastinaca marina dicta, » Plumicr, dessins enluminés sur vélin, déposés dans la bibliothèque du Muséum d'histoire naturelle.

perçants. C’est principalement sur les côtes de la Grèce, dans ces pays favorisés par la nature, où une heureuse inaginalion ne rapprochoit les êtres que pour les embellir ou les ennoblir l’un par l’autre, que la raie dont nous traitons a été distinguée par le nom d’aigle; mais, sur d’autres rivages, des pêcheurs grossiers, dont les conceptions moins poétiques n’enfantoient pas des images aussi nobles ni aussi gracieuses, n’ont vu dans cette tête plus avancée et dans ces yeux plus saillants que les yeux et la tête d’un animal dégoûtant, que le portrait du crapaud, et ils l'ont nommé Crapaud de mer.

Cette tête, que l’on a comparée à deux objets si différents l’un de l’autre , présente , au reste, par dessus et par dessous, au moins le plus souvent, un sillon plus ou moins étendu et plus ou moins profond. Les dents, comme celles de toutes les raies du sausvenre qui nous occupe, sont plates et disposées sur plusieurs rangs.

On a écrit que la raie aïgle n’avoit pas de nageoires ventrales, parce que celles de ses nageoires qui sont les plas voisines de l'anus ne sont pas doubles de chaque côté, et ne montrent pas une sorte d'échancrure qui puisse les faire considérer comme divisées en deux parties, dont l’une seroit appelée nageoire ventrale , et l’autre nageoire de l’anus : mais, en recherchant où s’attachent les cartilages des nageoires de la raie aigle, qui <e rapprochent le plus de l’origine de la queue , on s’apercoit aisément qu'elle a de véritables nageoires ventrales, mais qu’elle manque de nageoires de FPanus.

La queue, souvent deux fois plus longue que la

mp f

tèle et le corps, est très mince, presque arrondie, très mobile, et terminée, pour ainsi dire, par un fil très délié. Quelques observateurs ont vu dans la forme , la longueur et la flexibilité de cette queue, les principaux caractères de la queue des rats; ils se sont empressés de nommer Rat de mer la raie qui est l’objet de cet article, tandis que d’autres, réunissant à cet attribut celui de nageoires semblables à des ailes, ont vu un rat ailé, une chauve-souris, et ont nommé la raie aigle Chauve-souris marine. On connoît maintenant l’origine des diverses dénominations de rat, de chauve-souris, de crapaud, d’aigie, données à la raie dont nous parlons; et, comme il est impossible de confondre un poisson avec un aigle, un crapaud, un rat ou une chauve-souris, nous aurions pu sans inconvénient conserver indifféremment l’une ou l’autre de ces quatre désignations : mais nous avons préféré celle d’aigle comme rappelant la beauté, la force et le courage, comme employée par les plus anciens écrivains, et comme conservée par le plus grand nombre des naturalistes modernes.

La queue de la raie aigle ne présente qu’une petite nageoire dorsale placée au dessus de cette partie, et beaucoup plus près de son origine que de l'extrémité opposée. Entre cette nageoire et le petit bout de la queue, on voit un gros et Îong piquant, ou plutôt un dard très fort, et dont la pointe est tournée vers l’extrémité la plus déliée de la queue. Ce dard est un peu aplati, et dentelé des deux côtés comme le fer de quelques espèces de lances : les pointes dent il est hérissé sont d'autant plus grandes qu’elles sont plus près de la racine de ce fort aiguillon ; et, comme elles

sont tournées vers cette même racine, elles le rendent une arme d'autant plus dangereuse qu’elle peut pénétrer facilement dans les chairs , et qu’elle ne peut en sortir qu'en tirant ces pointes à contre-sens, et en déchirant profondément les bords de la blessure. Ce dard parvient d’ailleurs à une longueur qui ie rend encore plus redoutable, Plusieurs naluralistes , et notamment Gronovius, ont décrit des aiguillons d’aigle qui avoient un décimètre (quatre pouces, où à peu près) de longueur; Pline a écrit que ces piquants étoient quelquefois longs de douze ou treize centimètres (cinq pouces, ou environ) t; et j'en ai mesuré de plus longs encore.

Cette arme se délache du corps de la raie après un certain temps; c’est ordinairement au bout d’un an qu'elle s’en sépare, suivant quelques observateurs : mais, avant qu’elle tombe, un nouvel aiguillon et souvent deux commencent à se former, et paroissent comme deux piquants de remplacement auprès de la racine de lancien. Îl arrive mème quelquefois que l’un de ces nouveaux dards devient aussi long que celui qu'ils doivent remplacer, et alors on voit la raie aigle armée sur sa queue de deux forts aiguilions dentelés. Mais cette sorte d’accident, cette augmentation du nombre des piquants, ne conslitue pas même une simple variété, bien loin de pouvoir fonder une diversité d'espèce , ainsi que l’ont pensé plusieurs naturalistes tant anciens que modernes, et particulièremernt Aristote.

Lorsque cette arme particulière est introduite très

Page 1