Dans l’article du Pétromyzon lamproie
2. Dans le plus grand nombre de poissons, il n’y a qu’une ouveriure branchiale de chaque côté de la tête; mais, dans les raies et dans presque tous les squales, il y en a cinq à droïte et cinq à gauche; ilyena six dans une espèce particulière de squale, et sept dans une autre espèce de la même famille, ainsi que dans tous les pétromyzons.
derrière de ja tête. D’autres fois, l’eau douce ou salée est introduite par les ouvertures branchiales, et passe par les évents ou par la bouche lorsqu'elle est repoussée en dehors; ou, si elle pénètre par les évents, elle trouve une issue dans l'ouverture de la gueule ou dans une des branchiales.
L'issue branchiale de chaque côté du corps n’est ouverte ou fermée dans certaines espèces que par la dilatation ou la compression que l’animal peut faire subir aux muscles qui environnent cet orifice; mais communément elle est garnie d’un opercule ou d’une membrane, et ie plus souvent de tous les deux à la fois. :
L'opercule est plus ou moins solide, composé d’une ou de plusieurs pièces, ordinairement garni de petites écailles, quelquefois hérissé de pointes ou armé d’aiguillons ; la membrane, placée en tout ou en partie sous l’opercule, est presque toujours soutenue, comme une nageoire, par des rayons simples qui varient en nombre suivant les espèces ou les familles, et, mus par des muscles particuliers, peuvent, en s'écartant ou en se rapprochant les uns des autres, déployer ou plisser la membrane. Lorsque le poisson veut fermer son ouverture branchiale, il abat son opercule, il étend au dessous sa membrane, il applique exactement et fortement contre les bords de l’orifice les portions de la circonférence de la membrane ou de l'opercale qui ne tiennent pas à son corps; il a, pour ainsi dire, à sa disposition, une porte un peu flexible et un ‘ample rideau, pour clore la cavité de ses branchies.
Mais nous avons assez exposé de routes, montré de
DES POISSONS. 15 formes, développé d'organisations ; il est temps de faire mouvoir les ressorts que nous avons décrits. Que les forces que nous avons indiquées agissent sous nos yeux; remplacons la matière inerte par la matière productive, la substance passive par l'être actif, le corps seulement organisé, par le corps en mouvement ; que le poisson reçoive le souffle de la vie; qu’il respire.
En quoi consiste cependant cet acte si important, si involontaire, si fréquemment renouvelé, auquel on a donné le nom de respiration ?
Dans les poissons, dans les animaux à branchies, de même que dans ceux qui ont recu des poumons, il n’est, cet acte, que l'absorption d’une quantité plus ou moins grande de ce gaz oxygène qui fait partie de l'air atmosphérique, et qui se retrouve jusque dans les plus grandes profondeurs de la mer. C’est ce gaz oxygène qui, en se combinant dans les branchies avec le sang des poissons, le colore par son union avec les principes que ce fluide lui présente, et lui donne, par la chaleur qui se dégage, le degré de température qui doit appartenir à ce liquide : et comme, ainsi que tout le monde le sait, les corps ne brülent que par l'absorption de ce même oxygène, la respiration des poissons, semblable à celle des animaux à poumons, n'est donc qu'une combustion plus ou moins lente ; et même au wilieu des eaux, nous voyons se réaliser cette belle et philosophique fiction de la poésie ancienne, qui, du souffle vital qui anime les êtres, faisoit une sorte de flamme secrète plus ou moins fugitive.
L'oxygène, amené par l’eau sur les surfaces si mul-
tipliées, et par conséquent si agissantes, que présentent les branchies, peut aisément parvenir jusqu’au sang contenu dans les nombreuses ramifications artérielles et veineuses que nous avons déjà fait connoître. Cet élément de la vie peut, en effet, pénétrer facilement au travers des membranes qui composent ou reccuvrent ces petits vaisseaux sanguins; il peut passer au travers de pores trop petits pour les globules du sang. On ne peut plus en douter depuis que l’on connoît l'expérience par laquelle Priestley a prouvé que du sang renfermé dans une vessie couverte même avec ‘de la graisse, n’en étoit pas moins altéré dans sa couleur par l'air de l’atmosphère, dont l'oxygène fait partie ; et l’on a su de plus, par Monro, que lorsqu'on injecte , avec une force modérée , de l’huile de térébenthine colorée par du vermiilon, dans l’artère branchiale de plusieurs poissons, et particulièrement d’une raie récemment morte, une portion de lhuile rougie transsude au travers des membranes qui composent les branchies, et ne les déchire pas.
Mais cet oxygène qui s’introduit jusque dans les petits vaisseaux des branchies, dans quel fluide les poissons peuvent-ils le puiser? Est-ce une quantité plus ou moins considérable d'air atmosphérique disséminé dans l’eau, et répandu jusque dans les abimes les plus profonds de l'Océan, qui contient tout l'oxygène qu'exige le sang des poissons pour être revivifié? ou pourroit-on croire que l’eau, parmi les éléments de laquelle on compte l'oxygène, est décomposée par la grande force d’aflinité que doit exercer sur les principes de ce fluide un sang très divisé et répandu sur les surfaces multipliées des branchies?
DES POISSONS. 45 Cette question est importante; elle est liée avec les progrès de la physique animale : nous ne terminerons pas ce discours sans chercher à jeter quelque jour sur ce sujet, dont nous nous sommes occupés les premiers, ét que nous avons discuté dans nos cours publics, dès lan IT; continuons cependant , quelle que soit ia source d’où découle cet oxigène , d'exposer les phénomènes relatifs à la respiration des poissons.
Pendant l'opération que nous examinons, le sang de ces animaux non seulement se combine avec le gaz qui lui donne la couleur et la vie, mais encore se dégage, par une double décomposition, des principes qui l’altèrent. Ces deux effets paroissant, au premier coup d'œil, pouvoir être produits au milieu de l’atmosphère aussi bien que dans le sein des eaux, on ne voit pas tout d’un coup pourquoi, en général, les poissons ne vivent dans l'air que pendant un temps assez court, quoique ce dernier fluide puisse arriver plus facilement jusque sur leurs branchies, et leur fournir bien plus d'oxygène qu'ils n’ont besoin d’en recevoir. On peut cependant donner plusieurs raisons de ce fait remarquable. Premièrement, on peut dire que l'atmosphère, en leur abandonnant de l’oxygène avec plus de promptitude ou en plus grande quantité que l’eau, est pour leurs branchies ce que l'oxygène très pur est pour les poumons de l’homme, des quadrupèdes, des oiseaux et des reptiles; l’action vitale est trop augmentée au milieu de l'air, la combustion trop précipitée, l'animal, pour ainsi dire, consumé. Secondement, les vaisseaux artériels et veineux, disséminés sur les surfaces branchiales, n'étant pas con-
tenus dans l'atmosphère par la pression d’un fluide aussi pesant que l’eau, cèdent à l’action du sang devenue beaucoup plus vive, se déchirent, produisent la destruction d’un des organes essentiels des poissons, causent bientôt leur mort; et voilà pourquoi, lorsque ces animaux périssent pour avoir été pendant iong-temps hors de l’eau des mers ou des rivières, on voit leurs branchies ensanglantées. Troisièmement enfin, l'air, en desséchant tout le corps des poissons, et particulièrement le principal siège de leur respiration, diminue et même anéantit cette humidité, cette onctuosité, cette souplesse dont ils jouissent dans l’eau, arrête le jeu de plusieurs ressorts, hâte la rupture de plusieurs vaisseaux et particulièrement de ceux qui appartiennent aux branchies. Aussi verrons-nous, dans le cours de cet ouvrage, que la plupart des procédés employés pour conserver dans l'air des poissons en vie se réduisent à les pénétrer d'une humidité abondante, et à préserver surtout de toute dessiccation l’intérieur de la bouche, et par conséquent les branchies; et, d’un autre côté, nous remarquerons que l’on parvient à faire vivre plus longtemps hors de l’eau ceux de ces animaux dont les organes respiratoires sont le plus à l'abri sous un opercule et une membrane qui s'appliquent exactewent contre les bords de l’ouverture branchiale, ou ceux qui sont pourvus, et, pour ainsi dire, imbibés d’une plus grande quantité de matière visqueuse. Cette explication paroîtra avoir un nouveau degré de force, si l’on fait attention à un autre phénomène plus important encore pour le physicien. Les branchies ne sont pas, à la rigueur, le seul organe par
DES POISSONS. 47 lequel les poissons respirent : partout où leur sang est très divisé et très rapproché de l’eau, il peut, par son affinité , tirer directement de ce fluide, ou de l’air que cette même eau contient, l'oxygène qui lui est nécessaire. Or, non seulement les téguments des poissons sont perpétuellement environnés d’eau, mais ce mème liquide arrose souvent l’intérieur de leur canal intestinal, y séjourne même ; et comme ce canal est entouré d’une très grande quantité de vaisseaux sangains, il doit s’opérer dans sa longue cavité, ainsi qu’à la surface extérieure de l'animal, une absorption plus ou moins fréquente d'oxygène, un dégagement plus ou moins grand de principes corrupteurs du sang. Le poisson respire donc et par ses branchies, et par sa peau, et par son tube intestinal; et le voilà lié, par une nouvyelle ressemblance, avec des” animaux plus parfaits.
Au reste, de quelque manière que le sang obtienne l'oxygène, c'est lorsqu'il a été combiné avec ce gaz, qu'ayant reçu d’ailleurs des vaisseaux absorbants les principes de la nutrition , il jouit de ses qualités dans toute leur plénitade. C’est après cette union que, circulant avec la vitesse qui lui convient dans toutes les parties du corps, il entretient, répare, produit, anime, vivifie. C’est alors que, par exemple, les muscles doivent à ce fluide leur accroissement, leurs principes conservateurs, et le maintien de l’irritabilité qui les caractérise.
Ces organes intérieurs de mouvement ne présentent, dans les poissons, qu'un très petit nombre de différences générales et sensibles, avec ceux des auires animaux à sang rouge. Leurs tendons s'insèrent,
à la vérité, dans la peau; ce qu'ou ne voit ni dans l’homme , ni dans la plupart des quadrupèdes : mais on retrouve la même disposition non seulement dans les serpents qui sont revêtus d’écailles, mais encore dans le porc-épic et dans le hérisson, qui sont couverts de piquants. On peut cependant distinguer les muscles des poissons par la forme des fibres qui les composent, et par le degré de leur irritabilité!. En
1. Nous croyons devoir indiquer dans celte note le nombre et la place des principaux muscles des poissons.
Premièrement, on voit régner de chaque côté du corps un muscle qui s'étend depuis la tête jusqu’à l'extrémité de la queue, et qui est composé de plusieurs muscles transversaux, semblables les uns aux autres, parallèles entre eux, et placés obliquement.
Secondemeut, la partie supérieure du corps et de la queue est recouverte par deux muscles longitudinaux, que l’on a nommés dorsaux, et qui occupent l'intervalle laissé par les muscles des côtés. Lorsqu'il y a une nagcoire sur le dos, ces muscles dorsaux sont interrompus à l’endroit de cette nageoire, el par conséquent il y en a quatre au lieu de deux; on en compte six, par une raïson semblable, lorsqu'il y a deux nageoires sur le dos, et haït, lorsqu'on voit trois nageoires dorsales.
Troisièmement. les museles latéraux se réunissent au dessous du corps proprement dit; mais, au dessous de la queue , ils sont séparés par deux muscles longitudinaux qui sont interrompus et divisés en deux paires, lorsqu'il y a une seconde nageoire de Panus.
Quatriëèmement, la tête présente plusieurs muscles, parmi lesquels on en distingue quatre plus grands que les autres, dont deux sont placés au dessous des yeux, et deux dans la mâchoire inférieure. On remarque aussi celui qui sert à déployer la membrane branchiale, et qui s'attache, par un tendon particulier, à chacun des rayons qui soutiennent cette membrane.
Cinquièmement, chaque nageoire pectorale a deux muscles releveurs placés sur la surface externe des os que l’on a comparés aux clavicules ct aux omoplates, et deux abaïsseurs situés sous ces mêmes os.
Sixièmement, les rayons des nageoires du dos et de l’anus ont également chacun quatre rayons, dont deux releveurs occupent fa face antérieure de l'es qui retient le rayon et que l’on nomine aileron, et
effet, ils peuvent se séparer encore plus facilement que les muscles des animaux plus composés, en fe bres très déliées; et comme ces fibrilles, quelque ténues qu'elles soient, paroissent toujours aplaties et non cylindriques, on peut dire qu'elles se prètent moins à la division que l’on veut leur faire subir dans un sens que dans un autre, puisqu'elles conservent toujours deux diamètres inégaux ; ce que l’on n’a pas remarqué dans les muscles de l’homme , des quadrupèdes, des oiseaux, ni des reptiles.
De plus, lirritabilité des muscles des poissons paroît plus grande que celle des autres animaux à sang rouge ; ils cèdent plus aisément à des stimulants égaux. Et que l’on n’en soit pas étonné : les fibres muscu-: laires contiennent deux principes; une matière terreuse, et une matière glutineuse. L'irritabilité paroît dépendre de la quantité de cette dernière substance; elle est d’autant plus vive que cette matière glutineuse est plus abondante, ainsi qu'on peut s'en convaincre en observant les phénomènes que présentent les polypes, d’autres zoophytes, et en général toûs les jeunes animaux. Mais, parmi Îles animaux à sang rouge.
dont deux abaisseurs sont altachés aux côtés de ce même aïileron, et vont s’insérer obliquement derrière la base du rayon qu'ils sont destinés à coucher Le long du corps ou de la queue.
Septièmement, trois muscles appartiennent à chaque nageoire inférieure : celui qui sert à l'étendue couvre la surface externe de l’aileron, qui représente une partie des os du bassin, et les deux autres qui l’abaissent partent de la surface interne de cet aileron.
Huitièmement enfin, quatre muscles s’attachent à la nageoiïre de la queue : un droit et deux obliques ont reçu le nom de supérieurs; et
l'on nomme inférieur, à caûse de sa position, le quatrième de ces muscles puissants.
5o SUR LA NATURE
en est-il dans lesquels ce gluten soit plus répandu que dans les poissons? Sous quelque forme que se présente cette substance , dont la présence sépare les êtres organisés d'avec la matière brute, sous quelque modification qu'elle soit, pour ainsi dire, déguisée, elle se montre dans les poissons en quantité bien plus considérable que dans les animaux plus parfaits : et voilà pourquoi leur tissu cellulaire contient plus de cette graisse huileuse que tout le monde connoît ; et voilà pourquoi encore toutes les parties de leur corps sont pénétrées d’une huile que l’on retrouve particulièrement dans leur foie, et qui est assez abondante dans certaines espèces de poissons, pour que l'industrie et le commerce l’emploient avec avantage à satisfaire plusieurs besoins de l’homme.
C’est aussi de cette huile, dont l’intérieur même des poissons est abreuvé, que dépend la transparence plus ou moins grande que présentent ces animaux dans des portions de leur corps souvent assez étendues, et même quelquefois un peu épaisses. Ne sait-on pas, en effet, que pour donner à une matière ce degré d’homogénéité qui laisse passer assez de lumière pour produire la transparence, il suffit de parvenir à l’imprégner d’une huile quelconque? ei ne le voit-on pas tous les jours dans les papiers huilés avec lesquels on est souvent forcé de chercher à remplacer le verre?
Un autre phénomène, très-digne d'attention, doit être rapporté à cette huile, que l’art sait si bien, et depuis si long-temps, extraire du corps des poissons ; c’est leur phosphorescence. Ent effet, non seulement leurs cadavres peuvent, comme tous les animaux ef
DES POISSONS. Oil tous les végétaux qui se décomposent , répandre , par une suite de leur altération et des diverses combinaisons que leurs principes éprouvent, une Iueur blanchâtre que tout le monde connoît, non seulement ils peuvent pendant leur vie, et particulièrement dans les contrées torrides, se pénétrer pendant le jour d’une vive lumière solaire qu'ils laissent échapper pendant la nuit, qui les revêt d’un éciat très brillant, et en quelque sorte d’une couche de feu, et qui a été si bien observée dans le Sénégal par ie citoyen Adanson; mais encore ils tirent de cette matière huileuse, qui s’insinue dans toutes leurs parties, et qui est un de leurs éléments, la faculté de paroître revêtus, indépendamment de tel ou tel temps et de telle ou telle température, d’une lumière qui, dans les endroits où ils sont réunis en très grand nombre, n’ajoute pas peu au magnifique spectacle que présente la mer lorsque les différentes causes qui peuvent en rendre la surface phosphorique agissent ensemble et se déploient avec force !. [ls augmentent d’autant plus la beauté de cette immense illumination que la poésie a métamorphosée en appareil de fête pour les divinités des eaux, que leur clarté paroît de très loir, et qu'on l’aperçoit très bien lors même qu'ils sont à d'assez grandes profondeurs. Nous tenons d’un de nos plus savants confrères, M. Borda, que des poissons, nagant à près de sept mètres au dessous de la surface d’une mer calme, ont été vus très phosphoriques
Cette huile ne donne pas uniquement un vain éclat
1. Des poissons qu'on fait bouillir dans de l’eau, la rendent quel-
quefois phosphorique. ( Observation du docteur Beale, Transact. philosoph., an 1666.)
aux poissons ; elle les maintient au milieu de l’eau contre l’action altérante de ce fluide. Mais, indépendämment de cette huile conservatrice, une substance visqueuse , analogue à cette matière huileuse, mais qui en diffère par plusieurs caractères, et par conséquent par la nature où du moins par la proportion des principes qui la composent, est élaborée dans des vaisseaux particuliers, transportée sous les téguments extérieurs, et répandue: à la surface du corps par plusieurs ouvertures. Le nombre, la position, la forme de ces ouvertures, de ces canaux déférents, de ces organes sécréteurs, varient suivant les espèces; mais, dans presque tous les poissons, cette huineur gluante suinte particulièrement par des orifices distribués sur différentes parties de la tête, et par d’autres orilices situés le long du corps et de la queue, placés de chaque côté, et dont l'ensemble a reçu le nom de ligne latérale. Cette ligne est plus sensible lorsque le poisson est revêtu d’écailles facilement visibles, parce qu'elle se compose alors non seulement des pores excréteurs que nous venons d'indiquer, mais encore d’un canal formé d'autant de petits tuyaux qu'il y a d’écailles sur ces orifices, et creusé dans l’épaisseur de ces mêmes écailles. Elle varie d’ailieurs avec les espèces, non seulement par le nombre, et depuis un jusqu'à trois de chaque côté, mais encore par sa longueur, sa direction, sa courbure , ses interruptions, et les piquants dont elle peut être hérissée.
Cette substance visqueuse, souvent renouvelée, enduit tout l'extérieur du poisson, empêche l’eau de filtrer au travers des téguments, et donne au corps, qu'elle rend plus souple , la faculté de glisser plus fa-
DES POISSONS. 53 cilement au milieu des eaux, que cette sorte de vernis repousse, pour ainsi dire.
L'huile animale, qui vraisemblablement est le principe élaboré pour la production de cette humeur gluante, agit donc directement ou indirectement , et à l’extérieur et à l’intérieur des poissons; leurs parties mêmes les plus compactes et les plus dures portent l'empreinte de sa nature, et on retrouve son influence, et même son essence, jusque dans la charpente solide sur laquelle s'appuient toutes les parties molles que nous venons d'examiner.
Cette charpente, plus ou moins compacte, peut être cartilagineuse ou véritablement osseuse. Les pièces qui la composent présentent, dûns leur formation et dans leur développement, le même phénomène que celles qui appartiennent au squelette des animaux plus parfaits que les poissons ; leurs couches intérieures sont les premières produites, les premières réparées, les premières sur lesquelles agissent les différentes causes d’accroissement. Mais lorsque ces pièces sont cartilagineuses, elles différent beaucoup d’ailleurs des os des quadrupèdes, des oiseaux et de l’homme. Enduites d'une mucosité qui n’est qu'une manière d’être de l'huile animale si abondante dans les poissons , elles ont des cellules, et n'ont pas de cavité proprement dite : elles ne contiennent pas cette substance particulière que l’on a nommée moelle 0sseuse dans l’homme, les quadrupèdes et les oiseaux : elles offrent l'assemblage de différentes lames.
Lorsqu'elles sont osseuses, elles se rapprochent davantage, par leur contexture, des os de l’homme , des oiseaux et des quadrupèdes. Mais nous devons
renvoyer au discours sur les parties solides des poissons tout ce que nous avons à dire encore de la charpente de ces derniers animaux : c’est dans ce discours particulier que nous ferons connoître en détail Ja forme d’une portion de leur squelette, qui, réunie avec la tête, constitue la principale base sur laquelle reposent toutes les parties de leur corps. Cette base, qui s'étend jusqu'à l'extrémité de la queue, consiste dans une longue suite de vertèbres, qui, par leur nature cartilagineuse ou osseuse, séparent tous les poissons en deux grandes sous-classes : celle des cartilagineux, et celle des csseux!. Nous montrerons, dans le discours que nous venons d'annoncer, la figure de ces vertèbres, leur organisation, les trois conduits longitudinaux qu’elles présentent; la gouttière supérieure , qui reçoit la moelle épinière ou dorsale; le tuyau intérieur, alternativement large et resserré, qui contient une substance gélatineuse que l’on a souvent confondue avec la moelle épinière; et la gouttière inférieure, qui met à l’abri quelques uns des vaisseaux sanguins dont nous avons déjà parlé. Nous tâcherons de faire observer les couches, dont le nombre augmente dans ces vertèbres à mesure que l’aninimal croît, les nuances remarquables, et, entre autres, la couleur verte, qui les distinguent dans quelques espèces. Nous verrons ces vertèbres, d’abord très simples dans les cartilagineux, paroître ensuite dénuées de côtes, mais avec des apophyses ou éminences plus ou moins saillantes et plus ou moins nombreuses, à mesure qu’elles appartiendront à des