Voyez l’article intitulé De la nomenclature des poissons
espèces plus voisines des osseux, et être enfin, dans ces mêmes osseux, garnies d’apophyses presque toujours liées avec des côtes, et quelquefois même servant de soutien à des côtes doubles. Nous examinerons les parties solides de la tête, et particulièrement les pièces des mâchoires ; celles qu’on a comparées à des omoplates et à des clavicules; celles qui, dans quelques poissons auxquels nous avons conservé le nom de silure, représentent un véritable sternum; les os ou autres corps durs que l’on a nommés ailerons, et qui retiennent les rayons des nageoires; ceux qui remplacent les os connus dans l’homme ef les quadrupèdes sous la dénomination d'os du bassin, et qui, attachés aux nageoires inférieures, sont placés d'autant plus près ou d’autant plus loin du museau, que l’on a sous les yeux tel ou tel ordre des animaux que nous voulons étudier. C’est alors enfin que nous nous convaincrons aisément que les différentes portions de la charpente varient beaucoup plus dans les poissons que dans les autres animaux à sang rouge, par leur nombre, leur forme , leur place, leurs proportions et leur couleur.
Hâtons cependant la marche de nos pensées.
Dans ce moment, le poisson respire devant nous; son sang circule, sa substance répare ses pertes; il vit. Il ne peut plus être confondu avec les masses inertes de la matière brute; mais rien ne le sépare de l’insensible végétal : il n’a pas encore cette force intérieure, cet attribut puissant et fécond que l’animai seul possède; trop rapproché d’un simple automate, il n'est animé qu'à demi. Complélons ses facultés ; éveillons tous ses organes; pénétrons-le de ce fluide
subtil, de cet agent merveilleux, dont l'antique et créatrice mythologie fit une émanation du feu sacré ravi dans le ciel par l’audacieux Prométhée : il n’a reçu que la vie; donnons-lui le sentiment.
Voyons donc la source et le degré de cette sensibilité départie aux êtres devenus les objets de notre attention particulière ; ou, ce qui est la même chose, observons l’ensemble de leur système nerveux.
Le cerveau, la première origine des nerfs, et par conséquent des organes du sentiment, est très petit dans les poissons, relativement à l'étendue de leur. tête : il est divisé en plusieurs lobes; mais le nombre, la grandeur de ces lobes et leurs séparations, diminuent à mesure que l’on s'éloigne des cartilagineux, particulièrement des raies et des squales, et qu'en parcourant les espèces d’osseux dont le corps trés allongé ressemble, par sa forme extérieure, à celui d'un serpent, ainsi que celles dont la figure est plus ou moins conique, on arrive aux familles de ces mêmes osseux qui, telles que les pleuronectes, présentent le plus grand aplatissement.
Communément la partie intérieure du cerveau est un peu brune, pendant que l’extérieure ou la corticale est blanche et grasse. La moelle épinière qui part de cet organe, et de laquelle dérivent tous les nerfs qui n’émanent pas directement du cerveau, s'étend le long de la colonne vertébrale jusqu’à l’extrémité de la queue ; mais nous avons déjà dit qu’au lieu de pénétrer dans l’intérieur des vertébres, elle en parcourt le dessus, en traversant la base des éminences pointues, ou apophyses supérieures, que présentent ces mêmes vertèbres. Il n’est donc pas sur-
prenant que, dans les espèces de poissons dont ces apophyses sont un peu éloignées les unes des autres à cause de la longueur des vertèbres, la moelle épinière ae soit mise à l'abri sur plusieurs points de la colonne dorsale, que par des muscies, la peau et des écailles.
Mais l'énergie du système nerveux n’est pas uniquement le produit du cerveau; elle dépend aussi de la moelle épinière; elle réside même dans chaque aerf, et elle en éinane d'autant plus que l’on est plus loia de l'homme et des animaux très composés, et plus près par conséquent des insectes et des vers, dont les différents organes paroissent plus indépendants les uns des autres dans leur jeu et dans leur existence.
Les nerfs des poissons sont aussi grands à proportion que ceux des animaux à mamelles, quoiqu'ls proviennent d’un cerveau beaucoup plus petit.
Tâchons cependant d'avancer vers notre but de la manière la plus prompte et la plus sûre, et examinons les organes particuliers dans lesquels les extrémités de ces nerfs s'épanouissent , qui reçoivent l’action des objets extérieurs, et qui, faisant éprouver au poisson toutes les sensations analogues à sa nature, complètent l'exercice de cette faculté, si digne des recherches du philosophe , à laquelle on a donné le nom de sensibilité.
Ces organes particuliers sont les sens. Le premier qui se présente à nous est l’odorat. Le siége en est très étendu, double, et situé entre les yeux et le bout du museau, à une distance plus ou moins grande de celte extrémité. Les nerfs qui y aboutissent partent
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immédiatement du cerveau, forment ce quon a nommé la première paire de nerfs, sont très épais, et se distribuent , dans les deux siéges de l’odorat, en un très grand nombre de ramilications, qui, maltipliant les surfaces de la substance sensitive, la rendent susceptible d’être ébranlée par de très foibles impressions. Ces ramifications se répandent sur des membranes très nombreuses, placées sur deux rangs dans la plupart des cartilagineux, particulièrement dans les raies, disposées en rayons dans les osseux, et garnissant l'intérieur des deux cavités qui renferment le véritable organe de l’odorat. C’est dans ces cavités que l’eau pénètre pour faire parvenir les particules odorantes dont elle est chargée, jusqu'à l’épanouissement des nerfs olfactifs; elle y arrive, selon les espèces, par une ou deux ouvertures longues, rondes ou ovales; elle y circule, et en est expulsée pour faire place à une eau nouvelle, par les contractions que l’apimal peut faire subir à chacun de ces deux organes.
Nous venons de dire que les yeux sont silués au delà, mais assez près des narines. Leur conformation ressemble beaucoup à celle des yeux de l’homme, des quadruüpèdes, des oiseaux et des reptiles; mais voici les différences qu'ils présentent. Ils ne sont garantis ni par des paupières ni par aucune membrane clignotante; cette humeur que l’on nomme aqueuse, et qui remplit l'intervalle située entre la cornée et le cristallin, y est moins abondante que dans les animaux plus parfaits; l’humeur vitrée, qui occupe le fond de l’intérieur de l'organe, est moins épaisse que dans les oiseaux, les quadrupèdes et l’homme; le
DES POISSONS. 29 cristallin est plus convexe, plus voisin de la forme entièrement sphérique , plus dense, pénétré, comme toutes les parties des poissons, d’une substance huileuse, et par conséquent plus inflammable.
Les vaisseaux sanguins qui aboutissent à l'organe de la vue, sont d’ailleurs plus nombreux, ou d’un plus grand diamètre, dans les poissons que dans la plupart des autres animaux à sang rouge; et voilà pourquoi le sang s'y porte.avec plus de force, lorsque son cours ordinaire est troublé par les diverses agitations que l’animal peut ressentir. ‘
Au reste, les yeux ne présentent pas à l'extérieur la même ferme, et ne sont pas situés de mème dans toutes les espèces de poissons. Dans les unes ils sont très petits, et dans les autres assez grands; dans celles-ci presque plats, dans celles-là très convexes; dans le plus grand nombre de ces espèces, presque ronds; dans quelques unes, allongés; tantôt très rapprochés et placés sur le sommet de la tête, tantôt très écartés et occupant les faces latérales de cette même partie, tantôt encore très voisins et appartenant au même côté de l'animal; quelquefois disposés de manière à recevoir tous les deux des rayons de lumière réfléchis par le même objet, et d’autres fois ne pouvant chacun embrasser qu'un champ particulier. De plus, ils sont, dans certains poissons, recouverts en partie, et mis comme en sûreté, par une petite saillie que forment les téguments de la tête ; et, dans d’autres, la peau s'étend sur la totalité de ces organes, qui ne peuvent plus être aperçus que comme au travers d’un voile plus ou moins épais. La prunelle enfin n’est pas toujours ronde ou ovale, mais on la voit
6o SUR LA NATURE quelquefois terminée par un angle du côté du museau 1.
À la suite du sens de la vue, celui de l’ouie se présente à notre examen. Les sciences naturelles sont maintenant trop avancées pour que nous puissions employer même un moment à réfuter l'opinion de ceux qui ont pensé que les poissons n’entendoient pas. Nous n’annoncerons donc pas comme autant de preuves de la faculté d'entendre dent jouissent ces animaux, les faits que nons indiquerons en parlani de leur instinct; nous ne dirons pas que, dans tous les temps et dans tous les pays, on a su qu’on ne pouvoit employer avec succès certaines manières de pêcher qu’en observant le silence le plus profond? ; nous n’ajouterons pas, pour réunir des autorités à des raisonnements fondés sur l'observation, que plusieurs auteurs anciens attribuoient cette faculié aux poissons, et que particulièrement Aristote paroît devoir être compté parmi ces anciens naturalistes à : mais nous allons faire connoître la forme de l'organe de l’ouie dans les animaux dont
1. Les yeux du poisson que l'un a nommé anableps, et duquel on a dit qu'il avoit quatre yeux, présentent une conformation plus remarquable encore et plus différente de celle que montrent les yeux des animaux plus composés. Nous avons fait connoître la véritable orgaisation des yeux de cet anableps, dans uh mémoire lu l’année der-
.nière à l'Institut de France : elle est une nouvelle preuve des résultats que ce discours renferme ; et on en trouvera l'exposition dans la suite de cet ouvrage.
2. Parmi plusieurs voyageurs que nous pourrions citer à l'appui de faits dont il n’est personne, au reste, qui n'ait pu être témoin , nous choïsissons Belon, qui dit que lorsque, dans la Propontide, on veut prendre les poissons endormis, on évite Lous Les bruits par lesquels ils pourroient être réveillés. (Liv. 1, chap. 65.) k