‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 3)Chapitre 61 sur 113 · Pline, liv. 9, chap · texte numérisé non relu

Pline, liv. 9, chap

DES POISSONS. DT avant dans la main, dans le bras, ou dans quelque ‘autre endroit du corps de ceux qui cherchent à saisir la raie aigle; lorsque surtout elle y est agitée en différents sens, et qu'elle en est à la fin violemment retirée par des efforts multipliés de l'animal, elle peut blesser ie périoste, les tendons, où d’autres parties plus ou moins délicates, de manière à produire des inflammations, des convulsions et d’autres symptômes alarmants. Ces terribles effets ont été bientôt regar- «dés comme les signes de la présence d’un venin des plus actifs; et, comme si ce n'étoit pas assez que d'attribuer à ce dangereux aiguillon dont la queue de Ja raie aigle est armée, les qualités redouiables, mais réelles, des poissons, on a bientôt adopté sur sa puissance délétère les faits les plus merveilieux, les contes Les plus absurdes. On peut voir ce qu'ont écrit de ce venin morlei Oppien, Ælien, Pline; car, relativement aux effets funestes que nous indiquons, ces trois auteurs ont entendu par leur pastenaque ou ieur raie trigone, non seulement la pastenaque proprement dite, mais la raie aigle, qui a les plus grands rapports de conformation avec cette dernière. Non seulement ce dard dentelé a paru aux anciens plus prompt à donner la mort que les flèches empoisonnées des peuples à demi sauvages, non seulement ils ont cru qu'il conservoit sa vertu malfaisante longtemps après avoir été détaché du corps de la raie; mais son simple contact tuoit l'animal le plus vigoureux, desséchoit la piante la plus vivace, faisoit périr Je plus gros arbre dont il attaquoit la racine. C’étoit larme terrible que la fameuse Circé remettoit à ceux qu'elle vouloit rendre supérieurs à tous leurs enne-

mis : et quels effets plus redoutables, selon Pline, que ceux que produit cet aiguillon, qui pénètre dans tous les corps avec la force du fer et l’activité d’un poison funeste ?

Cependant ce dard, devenu l’objet d’une si grande crainte, n'agit que mécaniquement sur l’homme ou sur les aniaaux qu'il blesse. Et sans répéter ce que nous avons dit ! des prétendues qualités vénéneunses des poissons, l’on peut assurer que l’on ne trouve auprès de Ja racine de ce grand aïguillon aucune glande destinée à filtrer une liqueur empoisonnée; on ne voit aucun vaisseau qui puisse conduire un venin plus ou moins puissant jusqu'à ce piquant dentelé; le dard ne renferme aucune cavité propre à transmettre ce poison Jusque dans la blessure; et aucure humeur particulière n'imprègne ou n’humecte cette arme, dont toute la puissance provient de sa grandeur, de sa dureté, de ses dentelures, et de la force avec laquelle l'animal s’en sert pour frapper.

Les vibrations de la queue de la raie aigle peuvent en effet être si rapides, que l’aiguilon qui y est attaché paroisse en quelque sorte lancé comme un javelot, ou décoché comme une flèche, et recoive de cette vitesse, qui le fait pénétrer très avant dans les corps qu'il atteint, une action des plus délétères. C'est avec ce dard ainsi agité , et avec sa queue déliée ei plusieurs fois contournée, que la raie aigle atteint, saisit, cramponne, retient et met à mort les animaux qu'elle poursuit pour en faire sa proie, ou ceux qui passent auprès de son asile, lorsqu'à demi couverte

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