‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 3)Chapitre 88 sur 113 · Gillius, dans Ray, et d'autres auteurs · texte numérisé non relu

Gillius, dans Ray, et d'autres auteurs

DES POISSONS. 329 d’acharnement, que les autres habitants des eaux; plus dangereux que plusieurs cétacés, qui presque toujours sont moins puissants que lui ; inspirant même plus d’eflroi que les baleines, qui, moins bien armées , et douces d’appétits bien différents, ne provoquen£ presque jamais ni l’homme ni les grands animaux ; rapide dans sa course, répandu sous tous les climats, ayant envahi, pour ainsi dire, toutes les mers; paroissant souvent au milieu des tempêtes ; aperçu facilement par l'éclat phosphorique dont il brille, au milieu des ombres des nuits les plus orageuses; menaçant de sa gueule énorme et dévorante les infortunés navigateurs exposés aux horreurs du naufrage, leur fermant toute voie de salut, leur montrant en quelque sorte leur tombe ouverte, et plaçant sous leurs yeux le signal de la destruction, il n'est pas surprenant quil ait reçu le nom sinistre qu'il porte, et qui, réveillant tant d'idées lugubres, rappelle surtout la mort, dont il est le ministre. Requin est en effet une corruption de requiem, qui désigne depuis long-temps, en Europe, la imnort et le repos éternel, et qui a dû être souvent, pour des passagers effrayés , expression de leur consternation , à la vue d’un squale de plus de trente pieds de longueur, et des victimes déchirées ou englouties par ce tyran des ondes. Terrible encore lorsqu'on a pu parvenir à l’accabler de chaînes, se débattant avec violence au milieu de ses liens, conservant une grande puissance lors même qu'il est déjà tout baigné dans son sang, et pouvant d'un seul coup de sa queue répandre le ravage autour de lui, à linstant même où ilest pres d’expirer, n'est-il pas le plus formidable de

tous les animaux auxquels la nature n’a pas départi des armes empoisonnées? Le tigre le plus furieux au milieu des sables brülants, le crocodile le plusfort sur les rivage, équatoriaux, le sepent le plus démesuré dans les solitudes africaines, doivent-ils inspirer autant d’effroi qu'un énorme requin au milieu des vagues agitées ?

Mais examinons le principe de cette paissance si redoutée, et la source de cette voracité si funeste.

Le corps du requin est très allongé, et la peau qui le recouvre est garnie de petits tubercules très serrés les uns contre les autres. Comme cette peau tuberculée est très dure, on l’emploie, dans les arts, à polir différents ouvrages de boïstet d'ivoire ; on s’en sert aussi pour faire des liens et'des courroies , ainsi que pour couvrir des étuis et d’autres meubles : mais il ne faut pas la confondre avec la peau de la raie sephen !, dont on fait le galuchat, et qui n’est connue dans le commerce que sous le faux nom de peau de requin , tandis que la véritable peau de requin porte la dénomination très vague de peau de chien de mer. La dureté de cette peau, qui la fait rechercher dans les arts, est aussi très utile au requin, et a dû contribuer à augmenter sa hardiesse et sa voracité en le garantissant de la morsure de plusieurs animaux assez forts et doués de dents meurtrières.

La couleur de son dos et de ses côtés est d’un cendré brun; et celle du dessous de son corps, d’un blanc sale.

La tête est aplatie, el terminée par un museau un

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