‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 3)Chapitre 89 sur 113 · Article de la Rate Sephex · texte numérisé non relu

Article de la Rate Sephex

Lea

peu arrondi. Au dessous de cette extrémité, el à pen près à une distance égale du bout du museau et du milieu des yeux , on voit les narines, organisées dans leur intérieur presque de la même manière que celles de la raie batis, et qui, étant le siége d'un odorat très fin et très délicat, donnent au requin Îa facilité de reconnoître de loin sa proie, et de la distinguer au milieu des eaux les plus agitées par les vents, ou des ombres de la nuit la plus noire. ou de lobscurité des abîmes les plus profonds de POcéan. Le sens de l’odorat étant dans le requin . ainsi que dans les raies et dans presque tous les poissons, celui qui règle les courses et dirige les attaques, les objets qui répandent l'odeur la plus forte doivent être, tout égal d'’ailleurs, ceux sur lesquels il se jette avec le plus de rapidité. Ils sont pour le requin ce qu'une substance très éclatante placée au milieu de corps très peu éclairés seroit peur un animal qui n’obéiroit qu'au sens de la vue. On ne peut donc guère se refuser à l'opinion de plusieurs voyageurs qui assurent que lorsque des blancs et des noirs se baignent ensemble dans les eaux de l'Océan, les noirs, dont les émanations sont plus odorantes que celles des blanes, sont plus exposés à la féroce avidité du requin, et qu’immolés les premiers par cet animal vorace , ils donnent le temps aux blancs d'échapper par la fuite à ses dents acérées. Et pourquoi, à la honte de l'humanité, eston encore plus forcé de les croire lorsqu'ils racontent que des blancs ont pu oublier les lois sacrées de la nature, au point de ne descendre dans les eaux de la mer qu'en plaçant autour d'eux de malheureux nègres dont ils faisoient la part du requin ?

L'ouverture de la bouche est en forme de demicercle, 'et placée transversalement au dessous de la tête et derrière les narines. Elle est très grande; et l'on pourra juger facilement de ses dimensions, en sachant qué nous avons reconnu, d’après plusieurs comparaisons, que le contour d’un côté de la mâchoire supérieure, mesuré depuis l’angle des deux mâchoires jusqu’au sommet de la mâchoire d’en-haut, égale à peu près le onzième de a longueur totale de lanimal. Le contour de la mâchoire supérieure d’un requin de trente pieds (près de dix mètres) est donc environ de six pieds ou deux mètres de longueur. Quelle immense ouverture ! Quelle gouffre pour engloutir la proie du requin ! Et comme son gosier est d'un diamètre proportionné, on ne doit pas être étonné de lire dans Rondelet et dans d'autres auteurs, que les grands requins peuvent avaler un homme tout entier, et que, lorsque ces squales sont morts et gisants sur Île rivage, on voit quelquefois des chiens entrer dans leur gueule, dont quelque corps étranver retient les mâchoires écartées, et aller chercher jusque dans l'estomac les restes des aliments dévorés par l'énorme poisson.

Lorsque cette gueule est ouverte , on voit au delà des lèvres, qui sont étroites et de la consistance du cuir, des dents plates, triangulaires, dentelées sur leurs bords, et blanches comme de l’ivoire. Chacun des bords de cette partie émaillée, qui sort hors des gencives, à communément cinq centimètres (près de deux pouces) de longueur dans les requins de trente pieds. Le nombre des dents augmente avec l’âge de l'animal. Lorsque le requin est encore très jeune, il

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