‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 3)Chapitre 90 sur 113 · LA · texte numérisé non relu

LA

"à DES POISSONS. 399 n'eu montre qu'un rang dans lequel on n'aperçoit même quelquefois que de bien foibles dentelures : mais à mesure qu'il se développe, il en présente un plus grand nombre de rangées ; etlorsqu la atteintun degré plus avancé de son accroissement el qu'il est devenu adulte, sa gueule est armée, dans le haut comme dans le bas, de six rangs de ces dents fortes, dentelées, et si propres à déchirer ses victimes. Ces dents ne sont pas enfoncées dans des cavités solides; leurs racines sont uniquement logées dars des cellules membraneuses qui peuvent se prêter aux diftérenis mouvements que les muscles placés autour de la base de la dent tendent à imprimer. Le requin, par Le moyen de ses différents muscles, couche en arrière ou redresse à volonté les divers rangs de dents dont sa bouche est garnie; il peut les mouvoir ainsi ensemble ou séparément; il peut même, selon les besoins qu'il éprouve, relever une portion d’un rang, et <n incliner une autre portion ; et, suivant qu'il lui est possible de n’employer qu'une partie de sa puissance, ou qu'il lui est nécessaire d’avoir recours à toutes ses armes, il ne montre qu'un ou deux rangs de ses dents meurtrières, ou, les mettant toutes en action, il menace et atteint sa proie de tous ses dards pointus et relevés,

Les rangs intérieurs des dents du requin, étant les derniers formés, sont composés de dents plus petites que celles que l’on voit dans les rangées extérieures, jorsque ie requin est encore jeune : mais, à mesure qu'il s'éloigne du temps où il a été adulte, les dents des différentes rangées que présente sa gueule, sont à peu près de la mème longueur, ainsi qu'on peutle véri-

Ger en examinant, dans les collections d'histoire naturelle, de très grandes mâchoires, c'est-à-dire celles qui ont appartenu à des requins âgés, et surtout en observant les requins d’une taille un peu considérable que l’on parvient à prendre. Je ne crois pas en conséquence devoir adopter lopinion de ceux qui ont regardé les dents intérieures comme destinées à remplacer celles de devant, lorsque le requin est privé de ces dernières par une suite d'efforts violents, de résistances opiniâtres, où d’autres accidents. Les dents intérieures sont un supplément de puissance pour le requin : elles concourent, avec celles de devant, à saisir, à retenir, à dilacérer la proie dont il veut se nourrir ; mais elles ne remplacent pas les extérieures : elles agissent avec ces dents plus éloignées du fond de la bouche, et non pas uniquement après la chute de ces dernières: et lorsque celles-ci cèdent leur place à d’autres , elles la laissent à des dents produites auprès de leur base et plus ou moins développées, à de véritables dents de remplacement, très distinctes de celles que l’on voit dans les six grandes rangées, à des dents qui parviennent plus ou moins rapidement aux dimensions des dents intérieures, et qui cependant très souvent sont moins grandes que ces dernières, lorsqu'elles sont substlituées aux dents extérieures arrachées de la gueule du requin.

Les dents intérieures tombent aussi, et abandonnent, comme les extérieures , l'endroit qu'elles occupoient, à de véritables dents de remplacement formées autour de leur racine.

Les dents de la mâchoire inférieure présentent ordinairement des dimensions moins grandes et une

dentelure plus fine que celles de la mâchoire supérieure.

La langue est courte, large, épaisse et cartilagineuse, retenue en dessous par un frein, libre dans ses bords, blanche et rude au toucher comme le pafais.

Toute la partie antérieure du museau est criblée, par dessus et par dessous, d’une grande quantité de pores répandus sans ordre, très visibles, et qui, lorsqu'on comprime fortement le devant de la tête, répandent une espèce de gelée épaisse, cristalline, et phosphorique, suivant Commersont, qui, dans ses voyages, a très bien observé et décrit le requin.

Les yeux sont pelits et presque ronds; la cornée est très dure; l'iris d’un vert foncé et doré; la prunelle, qui est bleue, consiste dans une fente transversale.

Les ouvertures des branchies sont placées de chaque côté plus haut que les nageoires pectorales. Ces branchies, semblables à celles des raies, sont engagées chacune dans une membrane très mince, et toutes présentent deux rangs de filaments sur leur partie convexe, excepté la branchie la plus éloignée du museau, laquelle n'en montre qu'une rangée. Une mucosité visqueuse, sanguinolente , et peut-être phosphorique, dit Commersor , arrose ces branchies, et les entretient dans la souplesse nécessaire aux opérations relatives à la respiration.

Toutes les nageoires sont fermes , roides et cartilagmeuses. Les pectorales, triangulaires et plus gran-

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