‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 3)Chapitre 94 sur 113 · Manuscrits de Gominerson déjà cités · texte numérisé non relu

Manuscrits de Gominerson déjà cités

iure, un appendice douze fois plus long que large. égalant dans sa plus grande dimension le douzième de la longueur totale du squale, organisé à l’intérieur comme les appendices des mâles des raies batis, contenant cependant ordinairement un nombre moins grand de parties dures et solides, mais se recourbant également par le bout et servant de même à saisir le corps de la femelle, et à la retenir avec force hors de l’accouplement.

Chacun des deux ovaires de la femeile du requin est à peu près égal en grandeur à l’une des deux portions des vaisseaux spermatiques du mâle.

Le temps où le mâle et la femelle se recherchent et s’uniscent, varie suivant les climats: mais c’est presque toujours lorsque la saison chaude de l’année a commencé de se faire sentir, qu'ils éprouvent le besoin impérieux de se débarrasser, l’une des œufs qu'elle porte, et l’autre de la liqueur destinée à les féconder. Ils s’avancent alors vers les rivages; ils se rapprochent; et souvent, lorsque le mâle a soutenu contre un rival un combat dangereux et sanglant, ils s'appliquent l’un contre l’autre, de manière à faire toucher leurs anus. Maintenus &ans cette position par les appendices crochus du mâle, par leurs efforts mutuels, et par une sorte de croisement de plusienrs nageoires et des extrémités de leur queue, ils voguent dans cette situation contrainte, mais qui doit être pour eux pleine de charmes, jusqu'à ce que la liqueur vivifante du mâle ait animé les œufs déjà parvenus au degré de dévelôppemnent susceptible de recevoir la vie. Et telle est la puissance de cette flamme si active, qui s'allume même au milieu des eaux, et dont la

DES POISSONS. 349 chaleur pénètre jusqu’au plus profond des abîmes de la mer, que ce mâle et cette femelle. qui, dans d'autres saisons, seroient si redoutables l’un pour l’autre, et ne chercheroiïent qu'à se dévorer mutuellement s'ils étoient pressés par une faim violente, radoucis maintenant, et cédant à des affections bien différentes d’un sentiment destructeur, mêlent sans crainte leurs armes meurtrières, rapprochent leurs gueules énormes et leurs queues terribles, et bien loin de se donner la mort, s'exposeroient à la recevoir plutôt que de se séparer, et ne cesseroient de défendre avec fureur l'objet de leurs vives jouissances.

Cet accouplement, plus ou moins prolongé, est aussi répété plus où moins fréquemment pendant le temps des chaleurs, soit que le hasard ramère le même mâle auprès de la mème femelle, ou qu'il les unisse avec de nouveaux individus. Dans cette espèce sanguinaire , le mouvement qui entraîne le mâle vers sa femelle n’a en elfet aucune constance ; il passe avec le besoin qui l’a produit; et le requin , rendu bientôt à ses affreux appétits, moins susceptible encore de tendresse que le tigre le plus féroce, ne connoissant ni femelle, ni famille, ni semblable, redevenu le dépopulateur des mers, et véritable image de la tyrannie, ne vit plus que pour combattre, mettre à mort et anéantir.

Ces divers accouplements fecondent successivement une assez grande quantité d'œufs qui éclosent à différentes époques dans le ventre de la mère; et de ces développements commencés après des temps inégaux, 11 résulte que, même encore vers la fin de l'été, la femelle donne le jour à des petits. On sait que ces pe-

tits sortent du ventre de leur mère, au nombre de deux-ou trois à la fois, plus fréquemment que les jeunes raies; on a même écrit que ceux de ces squales qui venoient ensemble à la lumière, étoient souvent en nombre plus grand que trois ou quatre : mas la longue durée de la saison pendant laquelle s’exécutent ces sorties successives de jeunes requins, à empêché de savoir avec précision quel nombre de petits une femelle pouvoit mettre au jour pendant un printemps ou un été. Des observations assez muiltipliées et faites avec exactitude paroissent néanmoins prouver que ce nombre est plus considérable qu’on ne l’a pensé jusqu’à présent; et l’on n’en sera pas étonné, si l’on se rappelle ce que nous avons dit! de la fécondité des grandes espèces de poissons, supérieure en général à celle des petites, quoiqu'un rapport contraire ait été reconnu dans les quadrupèdes à mamelles, et que plusieurs grands naturalistes aient été tentés de ie généraliser. Je ne serois point éloigné de croire, d’après la comparaison de plusieurs relations qui m'ont été envoyées, que ce nombre va quelquefois au delà de trente. J’ai même reçu une lettre de M. Odiot de Saint-Léger, qui m'a assuré? avoir aidé à pècher un requin de plus de trois mètres, où d'environ dix pieds de longueur, et dans le corps duquel il avoit trouvé une quarantaine d'œufs ou de petits squales ; et cette même lettre fait mention de l’assertion d’un autre marin, qui a dit avoir vu prendre dans ia rade du fort appelé alors Fort Dauphin, auprès du cap Francois (île Saint-Domingue),

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