‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 4)Chapitre 49 sur 198 · Hist, mundi, lib. 51, cap · texte numérisé non relu

Hist, mundi, lib. 51, cap

C’est par une suite de cette nature de leur chair grasse et huileuse , que les maquereaux sont comptés parmi les poissons qui jouissent le plus de la faculté de répandre de la lumière dans les ténèbres, Ils luisent dans l'obscurité, lors même qu'ils sont tirés de l’eau depuis très peu de temps; et on lit dans les Transactions philosophiques de Londres (ann. 1666, page 116), qu'un cuisinier, en remuant de l’eau dans laquelle il avoit fait cuire quelques uns de ces scombres, vit que ces poissons rayonnoient vivement , et que l’eau devenoit très lumineuse, On apercevoit une lueur phosphorique partout où on laissoit tomber des gouttes de celte eau, après l’avoir agitée. Des enfants s'amusèrent à transporter de ces gouttes qui ressembloient à autant de petits disques lumineux. On observa encore le lendemain, que lorsqu’on imprimoit à l’eau un mouvement circulaire rapide, elle jetoit une lumière comparable à la clarté de la lune : cette lumière égaloit l'éclat de la flamme, lorsque la vitesse du mouvement de l’eau étoit très accélérée ; et des jetslumineux très brillants sortoient alors du gosier et de plusieurs autres parties des maquereaux.

Mais avant de terminer cet article, montrons avec précision les formes du poisson dont nous venons d'indiquer les principales habitudes.

En général, le maquereau a la tête allongée, l'ouverture de la bouche assez grande, la langue lisse, pointue, et un peu libre dans ses mouvements; le palais garni dans tout son contour de dents petites,

1. Voyez la partie du Discours préliminaire relative à la phosphorescence des poissons.

LACÉPEDE, VII, 8

aiguës , et semblables à celles dont les deux mâchoires sont hérissées; la mâchoire inférieure un peu plus longue que la supérieure , la nuque large , l’ouverture des branchies étendue, un opercule composé de trois pièces, Île tronc comprimé; la ligne latérale voisine du dos, dont elle suit la courbure ; l'anus plus rapproché de la tête que de la queue; les nageoires petites , et celle de la queue fourchuet.

Telles sont les formes principales du scombre dont nous écrivons l’histoire : ses couleurs ne sont pas toutà-fait aussi constantes.

Le plus fréquemment, lorsqu'on voit ce poisson nager entre deux eaux, et présenter au travers de la couche fluide quile veruit, pour ainsi dire, toutesles nuances qu’il peut devoir à la rapidité de ses mouvements et à la prompte et entière circulation des liquides qu'il recèle, il paroît d'une couleur de soufre, ou plutôt on le croiroit plus ou moins doré sur le dos; maïs lorsqu'il est hors de l’eau , sa partie supérieure n’offre qu’une couleur noirâtre ondulée de bleu; de grandes taches transversales , et d’une nuance bleuätre sujette à varier, s'étendent de chaque côté du corps et de la queue, dout la partie inférieure est argentée , ainsi que l'iris et les opercules des branchies : presque toutes les nageoires sont grises ou blanchâtres. il

Plusieurs individus ne présentent pas de grandes

1. À la première nageoire dorsale ne Re et Ta Srayonss Alaisecontertte M0 BPERER. MEET UE HET. ES A chacune des pectorales. . . . . . . . . . Et OO A chacune des thoracines. . . . . . . . . d'A 6 Acelle delianus.:t em EI NeRe 05. Mie

A celle de la queue. . . . . ea et CAE. 0

DES POISSONS. 119 taches latérales ; ils forment une variété à laquelle on a donné le nom de Marchais dans plusieurs pêcheries-françoises ; et quiestcommunément moins estimée pour la table que les maquereaux ordinaires.

Au reste , toutes ces couleurs ou nuances sont produites ou modifiées par des écailles petites, minces et molles.

Ajoutons que les vertèbres des scombres que nous décrivons, sont grandes, et au nombre de trente ou trente et une , et que lon compte dans chacun des côtés de l’épine dorsale onze ou douze côtes attachées aux vertèbres par des cartilages.

On peut voir par les détails dans lesquels nous venons d'entrer, que les formes ni les armes des maquereaux ne les rendent pas plus dangereux que leur taille pour les autres habitants des mers. Cependant comme leurs appétits sont très violents, et que leur nombre leur inspire peut-être une sorte de confiance, ils sont voraces et mème hardis : ils attaquent souvent des poissons plus gros et plus forts qu'eux; et on les a même vus quelquefois se jeter avec une audace aveugle sur des pêcheurs qui vouloient les saisir, ou qui se baignoiïent dans les eaux de la mer.

Mais s’ils cherchent àfaire beaucoup de victimes, ils sont perpétuellement entourés de nombreux ennemis. Les grands habitants des mers les dévorent; et des poissons en apparence assez foibles, tels que les murènesetles murénophis, les combattent avec avantage. Nousne pouvons donc écrire presque aucune page de cette Histoire sans parler d'attaques et de défenses, de proie et de dévastateurs , d'actions et de réactions redoutables, d'armes, de sang, de carnage et de

120 HISTOIRE NATURELLE mort. Triste et horrible condition de tant de milliers d'espèces condamnées à ne subsister que par la destraction , à ne vivre que pour être immolées ou prévenir leurs tyrans, à n’exister qu’au milieu des angoisses du foible, des agitations du plus fort, des embarras de la fuite, des fatigues de la recherche, du trouble des combats, de la douleur des blessures, des inquiétudes de la victoire, des tourments de la défaite ! Combien tous ces affreux malheurs se seroient surtout accumulés sur la foible espèce humaine , si la sensibilité éclairée par l'intelligence , et l'intelligence animée par la sensibilité , n’avoient pas, par un heureux accord, fait naître la société , la civilisation , la science, la vertu! et combien ils pèseront encore sur sa tête infortunée , jusqu'au moment où la lumière du génie, plus généralement répandue, éclairera un plus grand nombre d’hommes sur leurs véritables intérêts, et dissipera les illusions de leurs passions aveugles et funestes !

C’est au maquereau que nous croyons devoir rapporter le scombre qu’Aristote, Athénée, Aldrovande, Gesner et Willughby, ont désigné par le nom de Colias1, que l'on pêche près des côtes de la Sardaigne , qui est souvent plus petit que le maquereau , qui en

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