‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 5)Chapitre 112 sur 177 · Richter, Ichthyol., p · texte numérisé non relu

Richter, Ichthyol., p

DES POISSONS. 247 Au reste, les saumons meurent bientôt, non seulement lorsqu'on les tient hors de l’eau , mais encore lorsqu'on les met dans une huche qui n’est pas placée au milieu d’une rivière. Des pêcheurs prétendent que, pour empêcher ces poissons de perdre leur goût, il faut se presser de les tuer dès le moment où on les tire de l’eau ; et qu'après cette précaution, leur chair, quoique très grasse, peut se conserver pendant plusieurs semaines. Mais, lorsqu'après la mort de ces animaux, on veut les transporter à de grandes distances, et par conséquent les garder très long-temps, on les vide, on les coupe en morceaux, on les saupoudre de sel, on les renferme dans des tonnes, on les couvre de saumure; ou on les fend depuis la tête, que l’on sépare du corps, jusqu’à la nageoïre de la queue , on ieur Ôte l'épine du dos, on les laisse dans le sel pendant trois ou quatre jours, et on les expose à la fumée pendant quinze jours ou trois semaines. Auprès de la baie de Castries, dont nous venons de parler, les Tatares tannent la peau des grands saumons, et en forment un habillement très souple 1. Les grands avantages que procure la pêche du saumon doivent faire désirer d’acclimater cette espèce dans les pays où elle manque. Nous pensons, avec Bloch, qu'il seroit possible de la transporter et de la faire multiplier dans les lacs dont le fond est de sable, et dont l’eau très pure est sans cesse renouvelée par des rivières ou des ruisseaux. On y transporteroit en même temps un grand nombre de goujons, qui aiment les eaux limpides et courantes, et

1. Voyage de La Pérouse, rédigé par le général Milet-Mureau, t. IT, p-#10; 61,

248 HISTOIRE NATURELLE qui y pulluleroient de manière à fournir aux saumons une nourriture abondante.

Les saumons sont sujets à une maladie particulière dont on ignore la cause, et qui leur fait donner le nom de Ladres dans quelques départements méridionaux de France. Leur chair est alors mollasse, sans consistance ; et si on les garde , après leur mort, pendant quelques jours, elle se détache de l’épine dorsale , et glisse sous la peau, comme dans un sac.

Il paroît que l’on doit compter dans l'espèce du saumon quelques variétés plus ou moins constantes, et qui doivent dépendre, au moins en très grande partie, de la nature des eaux dans lesquelles elles séjournent. Par exemple, on a observé en Écosse. que les saumons de la Cluden ont la tête et le corps plus gros et plus courts que ceux de la rivière de Nith. On assure aussi qu’à l'embouchure de l'Orne ?, on voit des saumons sans tache, et un peu plus allonés que les saumons ordinaires ?.

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