‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 5)Chapitre 113 sur 177 · Inlanken · texte numérisé non relu

Inlanken

Rheinanken.

Illanken, Bloch.

montable les y retient. Ils ne peuvent franchir la grande cascade de Schaffhouse, qui barre le Rhin inférieur, et par conséquent la seule route par laquelle ils pourroient aller du lac dans la mer. Ce lac est l'Océan pour eux. Mais s’ils présentent des signes de leur habitation constante au milieu de l’eau douce, ils offrent toujours les traits principaux de leur famille. Ils annoncent par ces caractères leur origine marine ; et ils ne la rappellent pas moins par leurs habitudes , puisque, n'éprouvant pas, comme les saumons , le besoin de quitter l’eau salée pendant la belle saison , ils désertent cependant le lac de Constance lorsque le printemps arrive, et n'y reviennent que vers la fin de l’automne. Ils remontent dans les rivières qui se jettent dans le lac. Ils entrent dans le Rhin supérieur.

Ils s'arrêtent pendant quelque temps auprès de son embouchure , parce que, dans cet endroit, il coule avec rapidité sur un fond de cailloux. Es vont jusqu’à Feldkirch , où ils pénètrent dans la rivière d’Z/{, qui leur a donné son nom; c’est même dans cette rivière qu'ils aiment à frayer. Les mâles, néanmoins , ne remontent dans son lit que lorsque le temps est serein, et que la lune éclaire ; de sorte que si le ciel est couvert pendant plusieurs jours, an grand nombre d'œufs ne sont pas fécondés. Ils parviennent quelquefois jusqu'à Coire et à Rheinwald ; mais ils voyagent lentement, parce que si le Rhin est trouble, ils s'appuient contre des pierres , et attendent , presque immobiles, que l’eau ait repris sa transparence. Si, au contraire, te Rhin est limpide, et qu'il fasse un beau soleil, ils aiment à se jouer sur la surface du fleuve.

Ils pèsent souvent plus de quarante livres , et pondent ou fécondent une très grande quantité d'œufs. Leur multiplication n’est pas cependant très considérable : un grand nombre d'œufs servent d’aliment à l’anguille , à la lotte, au brochet, aux oiseaux d’eau; et une très petite partie des illankens qui éclosent échappe aux poissons voraces.

Après le frai, leur poids est ordinairement diminué d’un tiers ou de la moitié, lorsqu'ils sont remontés très haut vers les sources du Rhin. Leur chair, au lieu d’être rouge , de bon goût et facile à digérer, devient blanche et de mauvais goût : aussi ne sont-ils plus, à cette époque, les poissons les plus recherchés du lac de Constance et du Rhin supérieur. Ils se hâtent alors de retourner dans le lac, et se laissent aller au courant, la tête fréquemment tournée contre ce même courant, qui les entraîne, et les délivre de la fatigue de la natation dans le temps où ils n’ont pas encore réparé leurs forces. Ils vivent non seulement de vers et d'insectes , mais encore de poissons. Îls sont surtout fort avides de salmones très estimés dans les marchés ; et les pêcheurs du lac assurent que, dans certaines années , ils leur causent plus de pertes qu'ils ne leur procurent d'avantages.

Malgré leur grandeur et leurs armes, ils sont poursuivis par le brochet, qui, confiant dans ses dents et dans sa légèreté , lors même qu'il leur est très inférieur en grosseur , les attaque avec audace , les harcèle avec constance , et, à force de hardiesse, d’évolutions et de manœuvres, parvient sous leur ventre, qu’il déchire.

Cependant ils trouvent bien plus souvent une perte

assurée dans les filets qu'on tend sur leur passage, particulièrement dans le Rhin supérieur. Pour qu'ils ne puissent pas échapper au piége, on construit de chaque côté du fleuve une cloison composée de bois entrelacés. On l’assujettit avec des pieux, et on l’étend depuis le rivage jusque vers le milieu du courant le plus rapide. Les deux cloisons transversales ne laissent ainsi qu'un intervalle assez étroit. On adapte à cette ouverture un verveuxz!, dans lequel les illankens vont s’enfermer, mais qu'ils déchirent cependant si ce verveux n’est pas très fort, ou au dessus duquel ils parviennent souvent à s’élancer.

Is ont la tête moins petite que les saumons. Dès la seconde année de leur âge, leur mâchoire inférieure se termine par une sorte de crochet émoussé. On ne distingue pas aisément les taches noires, allongées et inégales qui sont distribuées irrégulièrement sur leur corps et sur leur queue. Les pectorales, les ventrales et la nageoiïire de l’anus sont grisâtres ; la nageoire adipeuse est variée de noir et de gris ; la caudale ordinairement bordée de noir. On trouve auprès du pylore soixante-huit appendices placés sur quatre rangs ?.

1. Voyez la description du Werveux , à l’article du Gade colin. 2. 10 rayons à la membrane branchüale du salmon illanken. :4 rayons à chaque pectorale.

11 rayons à chaque ventrale.

21 rayons à la nageoïire de la queue.

LE SALMONE SCHIEFFERMULLER", Salmo Schieffermulleri, Linx., Brocn, Lacer., Cuv.

ET LE SALMONE ÉRIOX?.

Salmo Eriox, Linn., Guer., Lacer.

LE premier de ces salmones se trouve dans la Baltique. On le pèche aussi dans plusieurs lacs de l’Autriche , où on le prend dans les environs de mai; ce qui lui a fait donner, dans les contrées voisines de ces lacs, le nom de May forelle. Bloch l’a dédié à M. Schiefflermuller, de Lintz, qui lui avoit envoyé des individus de cette espèce.

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