Belon, liv. >, chap
son avoit donc vécu près de trois siècles. Quelle effrayante quantité d'animaux plus foibles que luïil avoit dû dévorer pour alimenter son énorme masse pendant une si longue suite d'années |
Le brochet cependant n’est pas seulement dangereux par la grandeur de ses dimensions, la force de ses muscles, le nombre de ses armes: il l’est encore par les finesses de la ruse et les ressources de l'instinct.
Lorsqu'il s'est élancé sur de gros poissons, sur des serpents, des grenouilles, des oiseaux d’eau, des rats, de jeunes chats, ou même de petits chiens tombés ou jetés dans l’eau, et que l'animal qu'il veut dévorer lui oppose un trop grand volume, il le saisit par la tête, le retient avec ses dents nombreuses et recourbées, jusqu’à ce que la portion antérieure de sa proie soit ramollie dans son large gosier, en aspire ensuite le reste, et l’engloutit. S'il prend une perche ou quelque autre poisson hérissé de piquants mobiles, il le serre dans sa gueule, le tient dans une position qui lui interdit tout mouvement, et l’écrase, ou attend qu'il meure de ses blessures.
Tous les brochets ne fraient pas à la même époque : les uns pondent ou fécondent les œufs dès le milieu de février, d’autres en mars, et d’autres en avril. S'ils sont très redoutables pour les habitans des eaux qu’ils fréquentent , ils sont très souvent livrés sans défense à des ennemis intérieurs qui les tourmentent vivement. Bloch a vu dans leur canal alimentaire différents vers intestinaux, et il a compté dans un de ces poissons, qui ne pesoit qu'une livre et demie, jusqu’à cent vers, du genre des vers solitaires.
Mais ils ont encore plus à craindre des pêcheurs
DES POISSONS. | 365 qui les poursuivent. On les prend de diverses manières: en hiver, sous les glaces; en été, pendant les orages, qui, en éloignant d'eux leurs victimes ordinaires, les portent davantage vers les appâts; dans toutes les saisons, au clair de la lune; dans les nuïts sombres, au feu des bois résineux. On emploie, pour les pêcher, le trident, la ligne, le colleret, la truble, l’épervier, la Jouve, la nasse!.
Leur chair est agréable au goût. On les sale dans beaucoup d’endroits, après les avoir vidés, nétoyés, ei coupés par morceaux.
Sur les bords du Jaik et du Volga, on les sèche ou fe
1. On trouve la description du colleret dans l’article du centropome sandat ; de la truble, dans celui du misgurne fossile; de la louve et de la nasse, dans celui du pétromyzon lamproie. L'épervier est an filet en forme d’entonnoir ou de cioche, dont l'ouverture à quelquefois soixante pieds de circonférence. Gette circonférence est garnie de balles de plomb, et le long de ce contour le filet est retroussé en dedans. et attaché de distance en distance, pour former des bourses. On se sert de l'épervier de deux manières : en le trainant et er le jetant, Lorsqu'on le traîne, deux hommes placés sur les bords du courant d’eau maintiennent l'ouverture du filet dans une position à peu près verticale, par Île moyen de deux cordes altachées à deux points de cette ouverture. Un troisième pêcheur tient une corde qui répond à la pointe du filet. Si l'on s'aperçoit qu'il y ait du poisson de pris, et qu'on veuille relever l’épervier, les deux premiers pêcheurs lâchent leurs cordes , de manière que toute la circonférence de l'ouverture du filet porte sur le fond ; Le troisième tire à lui la corde qui lient au sommet de la cloche , se balance pour que les balles de plomb se rapprochent les unes des autres, et quand il les voit réunies, tire l’épervier de loutes ses forces , et Le met sur la rive. Lorsqu’en jette ce filet, on a besoin de beaucoup d'adresse , de force et de précautions. On déploie l’épervier par un élan qui fait faire la roue au filet, et qui peut entraîner le pêcheur dans le courant, si une maille s'accroche à ses habits. La corde plombée se précipite au fond de l’eau, et enferme Les poissons compris dans l'intérieur de la cioche.
364 HISTOIRE NATURELLE on les fume après les avoir laissés pendant trois Jours entourés de saumure.
Dans d’autres contrées, et particulièrement en Allemagne, on fait du caviar avec leurs œufs. Dans la marche électorale de Brandebourg, on mêle cesmêmes œufs avec des sardines , on en compose un mets que l’on nomme netzin, et que l’on regarde comme excellent. Cependant ces œufs de brochet passent, dans beaucoup de pays, au moins lorsqu'ils n’ont pas subi certaines préparations, pour difficiles à digérer, purgatifs et malfaisants.
C’est sur des brochets qu'on a essayé particulièrement cette opération de la castration dont nous ayons déjà parlé, et par le moyen de laquelle on est parvenu facilement à engraisser les individus auxquels on l’a fait subir.
Si l'on veut se procurer une grande abondance de sros brochets, il faut choisir, pour leur multiplication, des étangs qui ne soient pas propres aux carpes, à cause d'ombrages trop épais, de sources trop froides, ou de fonds trop marécageux : les brochets y réussiront, parce que toutes les eaux douces leur conviennent. On y placera, pour leur nourriture , des cyprins ou d’autres poissons de peu de valeur, comme des Rotengles et des Rougeâtres, si le fond de l'étang est sablonneux; et des bordelières ou des hamburges, si ce même fond est couvert de vase. Au reste, on peut les porter facilement d'un séjour dans un autre, sans leur faire perdre la vice; et on assure qu'ils n’ont été connus en Angleterre que sous le règne de Henri VIIT, où on en transporta de vivants dans les eaux douces de cette ile.
Le professeur Gmelin regarde comme une variété du brochet, un ésoce d'Amérique dans lequel la mächoire supérieure est plus courte à proportion de celle d’en bas que dans le brochet d'Europe : mais le nombre des rayons de la membrane branchiale de ce poisson américain, de sa dorsale et de ses ventrales, nous oblige à le considérer comme appartenant à une espèce différente de celle du brochetf.
1. 14 rayons à chaque pectorale de l’ésoce brochet. Lo rayons à chaque ventrale.
17 rayons à la nageoire de l’anus.
20 rayons à la nageoire de la queue.
15 rayons à chaque pectorale de l’ésoce américain.
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L'ÉSOCE BÉLONE"
Belone......., Cuv. — Esox Belone, Lan, Guer., BLocu, LAGEP.
LE museau de cet ésoce ressemble au bec d’un harle, ou à une très longue aiguille; son corps et sa