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tation , à une nouvelle poursuite. Il n’est presque personne qui n’ait vu un lombric avalé par des canards sorlii de même des intestins do cet oiseau, dont il avoit suivi tous les replis; et cependant c’est le fait que nous venons d’expose-i' qui a donné lieu à un conte absurde accrédité pendant long-temps, à l’opinion de quelques observateurs trés-peu instruits de l’organisation intérieure des animaux, et qui ont dit que l’anguille entroit ainsi volontairement dans le corps de l’esturgeon , pour aller y chercher des œufs dont elle aimoit beaucoup à se nourrir.
Mais voici un trait très - remarquable dans l’histoire d’un poisson, et qui a été vu trop de fois pour qu’on puisse en douter. L’anguille, pour laquelle les petits vers des prés, et même quelques végétaux, comme, par exemple , les pois nouvellement semés, sont un aliment peut-être plus agréable encore que des œufs ou des poissons, sort de l’eau pour se procurer ce genre de nourriture. Elle rampe sur le rivage par un mécanisme semblable à celui qui la fait nager au milieu des fleuves ; elle s’éloigne de l’eau à des distances assez considérables, exécutant avec son corps serpentiforme tous les mouvemens qui donnent aux couleuvres la faculté de s’avancer ou de reculer ; et après avoir fouillé dans la terre avec son museau pointu , pour se saisir des pois ou des petits vers, elle regagne en serpentant le lac ou la rivière dont elle étoit sortie , et vers lequel elle tend avec assez de vitesse. , lorsque ïe terrain ne lui oppose pas trop d’obstacles, c’est-à-dire, de trop grandes inégalités.
Au reste, pendant que la conformation de son corps et de sa queue lui permet de se mouvoir sur la terre sèche , l’organisation de ses branchies lui donne la faculté d’être pendant un temps assez long hors de l’eau douce ou salée sans en périr. En effet, nous avons vu qu’une des grandes causes de la mort des poissons que l’on retient dans l’atmosphère , est le grand des- I sèchement qu’éprouvent leurs branchies, et qui produit la rupture des artères et des veines branchiales, dont le sang, qui n’est plus alors contre-balancé par un fluide \ aqueux environnant, tend d’ailleurs sans j contrainte à rompre les membranes qui le ' contiennent. Mais l’anguille peut conserver plus facilement que beaucoup d’autres poissons l’humidité , et par conséquent la ductilité et la ténacité des vaisseaux sanguins 4e ses branchies; elle peut clore exacte-
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ment l’ouverline de sa bouche; l’orilice branchial , par lequel un air desséchant' parnîtroit devoir s’introduire en abondance, est très-étroit et peu allongé; l’opercule et la membrane sont placés et conformés de manièi'C à fermer parfaitement cet orifice ; et de plus la liqueur gluante et copieuse dont l’animal est imprégné entretient la mollesse de toutes les portions des branchies. Nous devons encore ajouter que, soit pour être moins exposée aux attaques des animaux qui cherchent à la dévorer, et à la poursuite des pêcheurs qui veulent en faire leur proie, soit pour obéir à quelque autre cause que l’on pourroit trouver sans beaucoup de peine, et qu’il est, dans ce moment, inutile de considérer, ranguille ne va à terre, au moins le plus fréquemment, que pendant la nuit. Une vapeur humide est très-souvent alors répandue dans l’atmosphère; le dessèchement de ses branchies ne peut avoir lieu que plus diflicilement ; at l’on doit voir mainienant pourquoi , dès le temps de Pline , on avoit observé en Italie que l’anguille peut vivre hors de l’eau jusqu’à six jours , lorsqu’il ne souffle pas un vent méridional, dont l’effet le plus ordinaire, dans cette partie de l’Europe , est de faire évaporer l’humidité avec beaucou]) de vitesse.
Pendant le jour, la murène anguille, moins occupée de se procurer l’aliment qu’elle désire, se tient presque toujours dans un repos réparateur, et dérobée aux yeux de ses ennemis par un asile qu’elle prépare avec soin. Elle sc creuse axee son museau une retraite plus ou moins grande dans la terre molle du fond des lacs et des rivières; et par une attention particulière, résultat reinarqual)lc d’une expérience dont l’effet se maintient de génération en genéralion, cette espèce de terrier a deux ouvertures, de telle sorte que, si elle est attaquée d’un coté, clic peut s’échapper de l’autre. Cette industrie, pareille à celle des animaux Iqs plus précaulionnés, est une nouvelle preuve de cette supériorité d’instinct que nous avons dû attribuer à l’anguille dés le moment où nous avons considéré dans ce poisson le volume et la forme du cerveau, l’organisation plus soignée des sièges de l’odorat, et enfin la flexibilité et la longueur du corps et de la queue, qui , souples et continuellement humectés, s’appliquent dans toute leur étendue à presque toutes les surfaces, en reçoivent des impressions que des écailles presque insensibles ne peuvent ni arrêter, ni, en
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quelque sorte , diminuer, et doivent donner à l’animal un toucher assez vif et assez délicat.
II est à remarquer que les anguilles, qui, par une suite de la longueur et de la flexibilité de leur corps, peuvent, dans tous les sens, agir sur l’eau presque avec la même facilité et par conséquent reculer presque aussi vite qu’elles avancent, pénètrent souvent la queue la première dans les trous qu’elles forment dans la vase , et qu’elles creusent quelquefois cetle ca- Tité avec cetle même queue , aussi bien qu’avec leur tête.
Lorsqu’il fait très-cliaud , ou dans quelques autres circonstances , l’anguille quitte cependant quelquefois, même vers le milieu du jour, cet asile qu’elle sait se donner. On la voit très-souvent alors s’approcher de la surface de l’eau , se placer audessous d’un amas de mousse flottante ou de plantes aquatiques, y demeurer immobile , et paroître se plaire dans cette sorte d’inaction et sous cet abri passager. On seroit même tenté de croire qu’elle se livre quelquefois à une espèce de demi-sommeil sous ce toit de feuilles et de mousse. M. Scptfontaines nous a écrit, en elîet , dans le temps, qu’il avoit vu plusieurs fois une anguille dans la situation dont nous venons de parler ; qu’il étoit parvenu à s’en approcher, à élever progressivement la \oix, à faire tinter plusieurs clefs l’une contre l’autre , à faire sonner très-près de la tête du poisson plus de quarante coups d’une montre à répétition , sans produire dans l’animal aucun mouvement de crainte, et que la murène ne s’éloit plongée au fond de l’eau que lorsqu’il s’ètoit avancé brusquement vers elle , ou qu’il avoit ébranlé la plante touifue sous laquelle elle goùtoil le repos.
De tous les poissons osseux , l’anguille u’est cependant pas celui dont l’ouïe est la moins sensible. On sait depuis long temps (pi’elle peut devenir familière au point d’accourir vers la voix ou l’instrument qui j’appelle et qui lui annonce la nourriture qu’elle préfère.
Les murènes anguilles sont en très-grand nombre partout où elles trouvent l’eau, la température, l’aliment qui leur conviennent, et où elles ne sont pas privées de toute sûreté. Voilà pourquoi , dans plusieurs dos endroits où l’on s’est occupé de la pèche de ces poissons, on en a pris une immense quantité. Pline a écrit que dans le lac Benaco de^: environs de Vérone, les
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tempêtes qui , vers la fin de l’automne , ea bouleversoient les flots , agitoient , entrai noient et rouloient , pour ainsi dire , un nombre si considéral)le d’anguilles , qu’on les prenoit par milliers à l’endroit où le fleuve venoit de sortir du lac. Martirxi rapporte dans son Dictionnaire, qu’autrefois on en pêchoit jusqu’à soixante mille dans un seul jour et avec un seul filet. On lit dans l’ouvrage de Redi sur les animaux vivant dans les animaux vivans , que lors du second passage des anguilles dans l’Arano, c’est-à-dire , lorsqu’elles remontent de la mer vers les sources de ce fleuve de Toscane, plus de deux cent mille peuvoiit tomber dans les filets , cpxoique dans im très-court espace de temps. 11 y en a une si grande abontlance dans les marais de Gomrnachio, qu’en 1782 on en pêcha 990,000 kilogrammes. Dans le Jutland, il est des rivages vers lesquels, dans certaines saisons , on prend quelquefois d’un seul coup de filet plus de neuf mille anguilles, dont quelques-unes pèsent de quatre à cinq kilogrammes. Et nous savons, par M. Noël, qu’à Cléon près d’Elbeuf , etmême auprès de presque toutes les rives de la basse Seine , il passe des tioupes ou plutôt des légions si considérables de petites anguilles, qu’on en remplit des seaux et des baquets.
Cetle abondance n’a pas empêché le goût le plus diflicilc en bonne chère, elle luxe même le plus somptueux , de rechercher l’anguille, et de la servir dans leurs banquets. Cependant sa viscosité, le suc huileux dont elle est imprégné, la difficulté avec laquelle les estomacs délicats en digèrent la chair, sa ressemblance avec un seipent, l’ont fait regarder dans certains pays comme un aliment un peu malsain par les médecins , et comme un être impur par les esprits superstitieux. Elle est comprise parmi les poissons en apparence dénués d’écaiîles, que les lois religieuses des Juifs interdisoient à ce peuple; et les réglemens de Numa ne permettoient pas de les servir dans les sacrifices , sur les ta bles des dieux. Mais les défenses de quelques législateurs , et les recommandations de ceux qui ont écrit sur l’hygiène, ont été peu suivies et peu imitées ; la saveur agréable de la chair de l’anguille , et le peu de larelé de cette espèce, l’ont emporté sur ces ordres ou ces conseils : oa s’est rassuré par l’exemple d’un grand nombre d’hommes, à la vérité laborieux, qui, vivant au milieu des marais, et ne se nourrissant que d’anguilles, comme les pêcheurs des lacs