L’anarhique
KARRAK,
CARACTERES
ESPECE
CAHACXERES-
J Quatre os maxillaires à I chaque mâchoire ; les „ ^ ,
aenîs osseuses et très- « L’ansbhiqbe
( PASIHERra.
/ Huit, dénis cartilagineuses } et très-aiguës à la partie
\ ante'rieure de chaque \ mâchoire.
fhcs lèvres doubles 5 la nageoire de la queue un, peu lancéolée ; des taches rondes et brunes sur le corps et la queue»
L’ANARHIQÜE LOUP
Ce poisson peut figurer avec avantage à côté du xiphias , et par sa force , et par sa grandeur. Il parvient quelquefois , au moins dans les mers très-profondes , Jusqu’à la longueur de cinq mètres; et s’il n’est point armé d’un glaive comme l’espadon et l’épée , s’il ne paroît pas se mouvoir au milieu des ondes avec autant d’agilité que ces derniers animaux , il a reçu des dents redoutables^ et par leur nombre , et par leur forme, et par leur dureté; il présente même des moyens plus puissans de destruction que le xiphias , et il nage avec assez de vitesse pour atteindre facilement sa proie. Son organisation intérieure lui donne d’ailleurs une très -grande voracité. Féroce comme les squales, terrible pour la plupart deshabitans des mers, vrai loup de l’océan, il porte le ravage parmi le plus grand nombre de poissons , comme la bête sauvage dont il a reçu le nom, parmi les troupeaux san#défense ; et bien loin d’offrir ces marques d’une affection douce, cette durée dans rattachement , ces traits d’ime sorte de sociabilité , que nous avons vus dans le xiphias , il montre , par Fusage constant qu’il fait de ses armes , tous les signes de la cruauté , et justifie le nom de ravisseur qiii lui a été donné dans presque toutes les contrées et par divers observateurs. Son corps
t. Sea-wot/j efi Angleteri-e.
et sa queue sont allongés et comprimés ; aussi nage-t-il en serpentant comme les trichiures, ou plutôt comme les murènes et le plus grand nombre de poissons de l’ordre que nous examinons ; et c’est vraisemblablement parce que les diverses ondulations de son corps et de sa queue lui permettent quelquefois , et pendant quelques momens, de ramper comme l’anguille , et de s’avancer le long des rivages, qu’il a été appelé grimpeur par quelques naturalistes. Sa peau est forte , épaisse , gluante , ainsi que celle de l’anguille; ce qui lui donne la facilité de s’échapper comme cette murène, lorsqu’on veut le saisir; et les petites écailles dont ce tégument est revêtu sont attachées à cetfe peau visqueuse, ou cachées sous l’épiderme, de manière qu’on ne peut pas aisément les distinguer.
La tête de Fanarhique que nous décrivons est grosse, le museau arrondi , le front un peu élevé, Fouvef ture de la bouche très-grande ; les lèvres sont membranepse.s mais fortes, et les mâchoires d’autant plus puissantes, que chacune de ces deux parties de la tête est composée, de chaque côté, de deux os bien distincts, grands, durs, solides, réunis par des cartilages, et s’arcboutant mutuellement. C’est au-devant de ces doubles mâchoires qu’on voit, tant çn haut qu’en bas, au moins six dents coniques propres à couper ou plutôt à déchirer, divergentes , et cependant ressemblant un peu , par leur forme , leur volume et leur
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position, à celles du loup et de plusieurs autres quadrupèdes carnassiers. On voit d’ailleurs cinq rangs de dents molaires supérieures, plus ou moins irrégulières , plus ou moins convexes , et trois rangs de molaires inférieures semblables. La langue est courte , lisse , et un peu arrondie à son extrémité. Les yeux sont ovales.
Il résulte donc de l’ensemble de toutes ces formes que présente la tête de l’aiiarhique loup, que, lorsque la gueule est ouverte , celte même tête a beaucoup de rapports avec celle de quelques quadrupèdes ; et particulièrement de plusieurs phoques, et voilà donc cet anarliique rapproché des mammifères carnassiers, non seulementpar ses habitudes, mais encore par la nature de ses armes et par scs organes extérieurs les plus remarquables.
Au reste , comment le loup ne seroit-il pas compris parmi les dévastateurs de l’océan ? Il montre ces dents terribles avec lesquelles une proie est si facilement saisie , retenue, déchirée ou écrasée : et déplus, ses intestins étant très-courts, ne doit-il pas avoir des sucs digestifs d’une grande activité , et qui , par l’action qu’ils exercent sür ce canal intestinal , ainsi que sur son estomac, dans les mornens où ils ne contiennent pas une nourriture copieuse, lui font éprouver vivement le tourment de la faim, et le forcent a poursuivre avec ardeur, et souvent à immoler avec une sorte de rage, de nombreuses victimes? Quelques dents de moins , ou plutôt quelques décimètres de plus dans la longueur du canal intestinal , auroient rendu ses habitudes assez douces.
Mais les animaux n’ont pas , comme l’homme , cette raison céleste , cette intelligence supérieure qui rappelle , embrasse ou pi'évoit tous les instans et tous les lieux , qui combat avec succès la puissance de la Nature par la force du génie , et, compensant le moral parle physique, et le physique par le moral, accroît ou diminue à son gré l’influence de l’habitude, et donne à la volonté l’indépendance et l’empire.
L’anarhique loup , condamné donC', par sa conformation et par la qualité de ses habitudes, à rechercher presque sans cesse un nouvel aliment, est non-seulement féroce, mais très-vorace : il se jette goulûment sur ce qui peut apaiser ses appétits violens. Il dévore non - seulement des poissons, mais des crabes et des coquillages; il les avale même avec tant de précipitation, que souvent de gros fragmens de dépouilles d’animaux {('si,8f<*es et (les couuilles eü’tières,
parviennent jusque dans son estomac, quoiqu’il eût pu les concasser et les broyer avec ses nonabre uses molaires. Ces coquilles entières et ces fragmens ne sont cependant pas digérés ou dissous par ses sucs digestifs quelque actives que soient ces humeurs pendant le peu de séjour qu’ils tout aans un canal inlestnial très-court , et dont le loup est pressé de les chasser , pour les remplacer par des substances nouvelles, propres à apaiser sa faim sans cesse renaissante. D’ailleurs l’estomac de cet anarhique n’a pas la force nécessaire pour les réduire, par la trituration , en très-petites parties : mais ce poisson s’en débarrasse presque toujours avec beaucoup de facilité , parce que l’ouverture de son anus est très-considérable et susceptible d’une assez grande extension.
C’est dans l’océan septentrional que se trouve le loup. On ne le voit ordinairement en Europe qu’à des latitudes un peu élevées ; on l’a reconnu à Bolany - Bay sur la côte orientale de la Nouvelle - Hollande ; mais il se tient communément, pendant une grande partie de l’année, à des distances considérables de toute terre et dans les profondeurs des mers ; il né se montre pas pendant l’hiver prés des rivages septentrionaux de l’Europe et de l’Amérique, et c’est à la fin du printemps que sa femelle dépose ordinairement ses œufs sur les plantes marines qui croissent auprès des côtes.
Il s’élance avec impétuosité ; et, malgré cette rapidité au moins momentanée , plusieurs naturalistes ont écrit que sa natation paroît lente quand on la compare à celle des xiphias : sa force est néanmoins très-grande, et ses dimensions sont favorables à desmouvemens rapides. Ne pourroit-on pas dire que les muscles de sa tête, qui serre, déchire ou écrase avec tant de facilité , sont beaucoup plus énergiques que ceux de sa queue, tandis que, dans les xiphias, les muscles de la queue sont plus puissans que ceux de la tête , armée sans doute d’un glaive redoutable, mais dénuée de dents, et qui ne concasse ni ne brise? Nousjdevons d’autant plus le présumer, que la natation, dont lesvrais principes accélérateurs sont dans la queue , n’est ordinairement soumise à anenne cause retardatrice trèsmarquée, qui ne réside dans une partie antérieure de l’animal trop pesante ou trop étendue en avant. N’avons-noiis pas vu que la prolongation âe la tête des xiphias égale en longueur le tiers de l’ensemble du poisson? et de quel pouvoir ne doivent pas être (ioué? les inr.s-'ics ^’audaux de ces auiiJlàiix,
L’A?<ARillQüE LOUP,
pouv leur imprimer, malgré la résistance de leur partie antérieure , la vitesse dont on les voit jouir ?
Ne pourroit-on pas d’ailleurs ajouter que quand bien même la nature, la forme , le volume et la position des muscles caudaux leur donneroient à proportion la même force dans le loup et dans le xiphias, ceÊ anarhique devroit s’avancer, tout égal d’ailleurs, avec moins de rapidité que ces derniers, parce que sa tête assez grosse, arrondie et relevée, doit fendre l’eau de la mer avec moins de facilité que le glaive mince et étroit des xiphias?
Quoi qu’il en soit de la force de la queue du loup , celle de sa tête est si considérable, et ses dents sont si puissantes, qu’on ne le pêche dans beaucoup d’endroits qu’avec des précautions particulières. Dans la mer d’Okotsk, auprès du Kamtschatka, vers le cinquante-troisième degré de latitude, on cherche à prendre le loup avec des seines ou filets faits de lanières de cuir, et par conséquent plus propres à résister à ses efforts. Dans ce même Kamtschatka, le célébré voyageur Steller a vu un individu de cette espèce que l’on venoit de pêcher, irrité de ses blessures > et de sa captivité, saisir avec fureur et briser comme un verre une sorte de coutelas avec lequel on voulait achever de le tuer, et mordre avec rage des bâtons et des morceaux de bois dont on se servoit pour le frapper.
Au reste , on va avec d’autant plus de constance à la poursuite du loup, qu’il peut fournir une grande quantité d’alinienî, Et que sa chair, suivant Ascagne, est, dans certaines circonstances , aussi bonne que celle de l’anguille. Les habitans du Groenland le pêchent aussi pour sa peau, qui leur sert à faire des bourses et quelques autres ustensiles.-
Le loup a été nommé crapaadinc , parce qu’on a regardé comme provenant de cet animal , de petits corps fossiles , connus depuis long-temps sous le nom de bufonîtes ou àe crapaudmes. Ces bufonites ont reçu la dénomination qu’on leur a donnée dés les premiers momens où l’on s’en est occupé , à cause de l’origine qu’-en leur a dès-lors attribuée. On a supposé que ces petits corps éioient des pierres sorties de la tête d’un crapaud , en latin bufo. Ils sont d’une forme plus ou moins convexes d’un côté, plane ou concave de l’autre , d’une figure quelquefois régulière et quelquefois irrégulière, et communément gris, ou bruns, ou roux , ou d’un rouge noirâtre. Par ima
suite de la faussé opinion qu’on avolt adoptée sur leur nature , on les a considérés pendant quelque temps comme des pierres fines du second ordre ; mais lorsque l’histoire naturelle a eu fait de plus grands progrès, on s’est bientôt aperçu que ces prétendues pierres fines n’étoient que des dents de poissons pétrifiées, et presque toujours des molaires. Les uns les ont regardées comme des dents d’anarhique, d’autres comme des dents du spare dorade , d’autres comme des dents de poissons osseux différens de la dorade et de l’anarliique. Ils ont tous eu raison, en ce sens qu’on doit rapporter ces fossiles à plusieurs espèces de poissons, très-peu semblables l’une a l’autre; et telle a été l’opinion de Wallérius. La plus grande 'partie de ces dents nous ont paru jiéamoins avoir appartenu à des dorades ou à des anarhiques. Au reste , il est trés-aisé de séparer parmi ces fossiles les dents molaires du loup d’avec celles du spare dorade : les dernières ont une régularité et une convexité que l’on ne voit pas dans les premières. Mais pour être de quelque utilité aux géologues, et leur donner des bases certaines d’après lesquelles ils puissent lire sur les corps pétrifiés et fossiles quelques points de riiisloire des anciennes révolutions du. globe , nous tâcherons de montrer, dans notre Discours sur les parties solides des poissons , les véritables caractères des dents d’un assez grand nombre d’espèces de ces animaux.
Le loup ^ est d’un noir cendré par-dessus, et d’un blanc plus ou moins pur pardessous; ce qui lui donne un nouveau rapport extérieur avec plusieurs cétacées.
Mais peut-être ne doit-on regarder que comme une variété de celte espèce l’anarhique que l’on a désigné par le nom de strié f qui présente en effet des stries irrégulières , presque transversales et brunes , et qui a été pèche auprès des rivages de la Grande-Bretagne.