I. Nous avons déjà parlé de cette opinion de M . Fischer
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«Man pensent que cette morue acquiert «cette couleur brillante parce qu’elle se «nourrit de jeunes écrevisses de mer :
«mais les écrevisses de mer sont, dans «Feau, d’une couleur noirâtre; elles ne «deviennent rouges qu’après avoir été » cuites. La morue rouge n’est qu*une va- «riété de l’espèce commune : je suis dis- «posé à croire que la couleur rouge qui la » distingue lui est communiquée par les al- » gués et les mousses marines qui couvrent «les rochers sur lesquels on la pêche, «puisque ces mousses sont de couleur » rouge ; je le crois d’autant plus volontiers, » que les baies de File de Man ont aussi «une variété de males et de goiirneaux «dont la couleur est rouge...... Cette mo-
«rue rouge est ' tiés-estimée pour l’usage » de la table. »
LE GADE ÆGLEFIN*,
Ce gade a beaucoup de rapports avec là morue; sa chair s’enlève facilement par feuillets, ainsi que celle de ce dernier animal , et de presque tous les autres poissons du même genre. On le trouve , comme la morue, dans l’Océan septentrional; mais il ne parvient communément qu’à la longueur de quatre ou cinq décimètres. 11 voyage par grandes troupes qui couvrent quelquefois un espace de plusieurs myriares carrés. Et, ce (|u’il ne faut pas négliger de faire observer, on assure qu’il ne va jamais dans la Baltique , et par conséquent il ne passe point par le S and. On ne peut pas dire cependant qu’il redoute le voisinage des terres ; car chaque année , il s’approche , vers les mois de pluviôse et ventôse , des rivages septentrionaux de l’Europe pour la ponté ou la fécondation de ses œufs. S’il survient de grandes tempêtes pendant son séjour auprès des côtes , il s’éloigne de la surface des eaux , et cherche dans le sable du fond de la mer, ou au milieu des plantes marines qui tapissent ce sable , un asile contre les violentes agitations des flots. Lorsque les ondes sont calmées, il sort de sa retraite sous-marine, et reparoît encore tout couvert ou d’algues ou de limon.
Un assez grand nombre d’æglefins res-
I. Kailior^ kallie, haljorj kollia, en Suède; koll, eu Danemaik; haddock, en Angleterre; églejins , egrefin, par quelques auteurs fraa* çais, .
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tent même auprès des terres pendant l’Inter, ou s’avancent, pendant celte saison, vers les rivages, auprès desquels ils trouvent plus aisément que dans les grandes eaux la nourriture qui leur convient.
M. Noël m’écrit que depuis 1766 les pêcheurs anglais des côtes d’York ont été frappés de l’exactitude avec, laquelle ces gades se sont montrés dans les eaux côtières, vers le 20 frimaire ( 10 décembre ). L’étendue du banc qu’ils forment alors est d’environ trois milles en largeur, à compter de la côte, et de quatre-vingts milles en longueur, depuis Fiamborough-head jusqu’à l’embouchure de la Fine, au-dessous de A'eu'Crtsf/c. L’espace 'marin occupé par ces poissons est si bien connu des pêcheurs, qu’ils ne jettent leurs lignes que dans ce même espace , hors de la circonférence duquel ils ne trouveroient pas d’æglefin, et ne pêcheroient le plus souvent, à la place , que des squales attirés par cet immense banc de gades , dont ces cartilagineux sont trés-avides.
Lorsque la surface de la mer est gelée auprès des rivages , les pêcheurs profitent des fentes ou crevasses que la glace peut présenter dans un nombre d’endroits plus ou moins considérable de la croûte solide de l’Océan, pour prendre facilement une plus grande quantité de ces poissons. Ces gades ont, en effet, l’habitude de se, rassembler dans les intervalles qui séparent les différentes portions de glaces, non pas, comme on l’a cru , pour y respirer l’air très-froid de l’atmosphère , mais pour .se trouver dans la couche d’eau la plus élevée, par conséquent dans la plus temperée , et dans celle où- doivent se réunir plusieurs des petits animaux dont ils aiment à se nourrir.
Si les pêcheurs de ces côtes voisines du cercle polaire ne rencontrent pas à leur portée des fentes naturelles et suffisantes dans la surface de l’Océan durcie par le froid, ils cassent la glace , et produisent, dans l’enveloppe qu’elle forme , les anfractuosités qui leur conviennent.
C’est aussi autour de ces vides naturels ou artificiels qu’on voit des phoques chercher à dévorer des æglefîns pendant la saison rigoureuse.
Mais ces gades peuvent être la proie de beaucoup d’autres ennemis. Les grandes morues les poursuivent ; et suivant Anderson, la pêche des æglefîns, que l’on fait auprès de l’embouchure de l’Elbe, a donné le moyen d’observer, d’une manière trésparticuliére, combien la morue est vorace,
et avec quelle promptitude elle digère ses ^ alimens. Dans ces parages, les pêcheurs *! d’æglefms laissent leurs hameçons sous l’eau pendant une marée, c’est-à-dire, pen- i dant six heures. Si un æglefîn est pris dés le commencement de ces six heures, et qu’une morue se jette ensuite sur ce poisson, on trouve en retirant la ligne, au chan- ; gement de la marée, que l’æglefîn est déjà digéré : la morue est à la place de ce gade,' Si! arrêtée par l’hameçon; et ce fait mérite d’autant plus quelque attention , qu’il paroît prouver que c’est particuliérement * dans l’estomac et dans les sucs gastriques , ; qui arrosent ce viscère que réside cette' ' grande faculté, si souvent remarquée dans : les morues, de décomposer avec rapidité les substances alimentaires. Si, au contraire , la morue n’a cherché à dévorer l’æglefin que peu de temps avant l’expi- > ration des six heures, elle s’opiniâtre tel- j lement à ne pas s’en séparer, qu’elle se ^ laisse enlever en l’air avec sa proie.
L’æglefîn, quoique petit, est aussi goulu et aussi destructeur que la morue , au moins à proportion de ses forces. Il se nourrit non seulement de serpules, de mollusques, de crabes, mais encore de poissons plus foibles que lui, et particulièrement de harengs. Les pêcheurs anglais nomment haddoch-meat , c’ëst-à-dire , mets de had- | dock ou œgle fin , les vers qui, pendant l’hiver, lui servent d’aliment, surtout lors- . qu’il ne rencontre ni harengs , ni œufs de poisson.
Il a cependant l’ouverture de la bouche un peu plus petite que celle des animaux de son genre ; un barbillon pend à l’extrémité de sa mâchoire inférieure , qui est plus courte que celle de dessus. Ses yeux sont grands; ses écailles petites, arrondies, plus fortement attachées que celles de la i morue. La première nageoire du dos est triangulaire : elle est d’ailleurs bleuâtre, ainsi que les autres nageoires ^ ; la ligne latérale voisine du dos est noire, ou tachetée de noir ; l’iris a l’éclat de l’argent ; et cette même couleur blanchâtre ou argentée régne sur le corps et sur la queue,