MAQUEREAU
M. Charvet m’ainstruit, par deux lettres, datées de Serriéres , département de l’Ardèche, l’une le 19 vendémiaire, l’autre le 16 brumaire an 4, qu’en 1776 il étoit occupé dans l’île de la Guadeloupe, non seulement à faire une collection de dessins coloriés de plantes , qu’il destinoit pour le Jardin et le Cabinet d’histoire naturelle de Paris, et qui furent entièrement détruits par le fameux ouragan de septembre de cette même année 1776, mais encore à terminer avec beaucoup de soin des dessins de différentes espèces de poissons pourM. Barbütteau , habitant du Port-Louis , connu ’ par un ouvrage intéressant sur les fourmis, et correspondant de Duhamel , qui publia plusieurs de ses dessins ichtyologiques dans le Traité général fies ■pêches.
Les liaisons de M. Charvet avec les Caraïbes , chez lesquels il Irouvoit de l’ombrage et du repos lorsqu’il étoit fatigué de parcourir les roches et les profondeurs des anses, lui procurèrent, de la part de ces insulaires, des poissons assez rares. Ces Caraïbes le dirigèrent, dans une de scs courses, vers une partie des rivages de l’île , sauvage, pittoresque et mélancolique, appelée Porte d'enfer. Ce fut auprès de cette côte qu’il trouva un poisson dont il m’a envoyé un dessin colorié. Cet animal avoit l’air si familier et si peu effrayé des mouvemens de M. Charvet , qui se baignoit , que cet artiste fut tenté de le saisir. A peine le tenoit-il, qu’une fente placée sur le dos du poisson s’entr’ouvrit , et qu’il en sortit une liqueur d’un pourpre vif, assez abondante pour teindre l’eau environnante , en trou- j hier la transparence , et donner à l’animal la facilité de s’échapper , au moment où l’étonnement de M. Charvet l’empêcha de retenir le poisson qu’il avoit dans les mains. Cet artiste cependant prit de nouveau le poisson qui répandit une seconde fois sa i liqueur; mais ce fluide étoit bien moins coloré, et bien moins abondant qu’au premier jet, et cessa de couler, quoique l’animal continuât d’ouvrir et de fermer la fente dorsale , comme pour obéir à une grande irritation. Le poisson rendu à la liberté, ne parut pas très-affoibli. Un second individu de la même espèce , placé promptement sur une feuille de papier , la teignit de la même manière qu’une eau fortement colorée avec de la laque; néanmoins, après trois jours , la tache rouge étoit devenue jaune. Des affaires imprévues, une maladie grave , les suites funestes du terrible oura- > gan de septembre 1776, et l’obligation sou- A
LE SCOMBKE MAQUEREAU.
daine de repartir pour FEurope , empêchèrent M. Charvet de dessiner et même de décrire , pendant qu’il éîoit encore à la Guadeloupe, le poisson à liqueur pourprée: mais sa mémoire , fortement frappée des traits, de l’allure et de la propriété de cet animal , lui a donné la facilité de faire en France une description et un dessin colorié de ce poisson , qu’il a eu la bonté de me faire parvenir.
Les individus vus par ce voyageur avoieiil un peu plus de deux décimètres de longueur. Leurs nageoires pectorales étoient assez grandes. La nageoire dorsale éloit composée de deux portions longitudinales, cliarnues à leur base , terminées dans le haut par des fiJamens qui les faisoient paroître frangées, et appliquées l’une contre Fautre de manière à ne former qu’un seul tout, lorsque l’animal vouloit tenir fermée la fente propre à laisser échapper la liqueur s'ouge ou violette. Cette fente, située à l’origine et au milieu de ces deux portionslongiîudinales de la nageoire dorsale , ne paroissoit pas s’étendre vers la queue aussi loin que cette même nageoire ; mais le fluide coloré , en sortant par cette ouverture , suivolt toute la longueur de la nageoire du dos, et obéissoit à ses ondulations.
La peau étoit visqueuse , ■ couverte d’écaiJIes petites et fortement adhérentes. La couleur d’un gris blanc plus ou moins clair faisoit ressortir un grand nombre de petits points jaunes, bleus, bruns, ou d’autres nuances. L’ensemble des formes de^ ces poissons , et les teintes qu’ils présenloient, étoient agréables à la vue. Ils se nourrissoient de petits mollusques et de vers marins, qu’ils ciierchoi eut avec beaucoup de ’soiii parmi les pierres du fond de l’eau , sans se détourner ni discontinuer leurs petites manœuvres avant Finstant où on vouloit les saisir; et la contraction qu’ils éprouvolent lorsqu’ils faisoient jaillir leur liqueur pourprée, éîoit apparente dans toute la longueur de leur corps, mais principalement vers l’insertion des nageoires pectorales.
Ces teinturiers delà Guadeloupe, car c’est ainsi que les nomme M. Charvet, cherchent un asile lorsque la tempête commence à bouleverser les flots : sans cette précaution, Ils résisteroient d’autant moins aux agitations de la mer et aux secousses- des vagues impétueuses qui les briseroient contre les rochers, que leurs écailles sont fort tendres, leurs muscles très-délicats, etieurs légumens de nature à se rider bientôt après leur mort.
Ces faitsne suffisent pas pour déterminer l’espèce ni le genre , ni même l’ordre de ces poissons. Plusieurs motifs doivent donc engager les naturalistes qui parcourent les rivages de la Guadeloupe à chercher des individus de l’espèce observée parM. Charvet , à recoraioître leur conformation , à examiner leurs habitudes, à constater leurs propriétés.
LE SGOMBPiE JAPONAIS.
Cnscombre n’est peut-être qu’une variété du maquereau , ainsi que Fa soupçonné le professeur Gmelin. Nous ne Feu séparons que pour nous conformer à l’opinion de plusieurs naturalistes, en annonçant aux voyageurs notre doute à cet égard, et en les invitant à le résoudre par des observations.
Ce poisson vit dans la mer du Japon L Sa longueur n’est quelquefois que de deux décimètres ; ses mâchoires sont hérissées de petites dents; sa couleur générale est d’un bleu clair; sa tête brille de la couleur de l’argent; ses écailles sont très-petites; et Ton a comparé l’ensemble de sa conformation à celle du hareng.
Houttuyn l’a fait connoître.