SUR LA NATURE
C’est un beau spectacle que celui de l’intelligence humaine, disposant des forces de la Nature, les divisant, les réunissant, les combinant , les dirigeant à son gré , et , par l’usage habile que l’expérience et l’observation lui en ont appris, modifiant les substances, transformant les êtres, et rivalisant , pour ainsi dire , avec la puissance créatrice.
L’amour-propre , l’intérêt , le sentiment et la raison applaudissent surtout à ce noble spectacle , lorsqu’il nous montre le génie de l’homme exerçant son empire , nonseulement sur la matière brute qui ne lui résiste que par sa masse, ou ne lui oppose que ce pouvoir des affinités qu’il lui suffit de connoître pour le maîtriser, mais encore sur la matière organisée et vive , sur les corps animés, sur les êtres sensibles, sur les propriétés des espèces, sur ces attributs intérieurs, ces facultés secrétes, ces qualités profondes qu’il domine, sans môme parvenir à dévoiler leur essence.
De quelques êtres organisés et vivans que l’on veuille dessiner l’image, on voit presque toujours sur quelques-uns de leurs traits l’empreinte de l’art de l’homme.
Sans doute l’histoire de son industrie n’est pas celle de la Nature ; mais comment ne pas en écrire quelques pages, lorsque le récit de ses procédés nous montre jusqu’à quel point la Nature peut être contrainte à agir sur elle-même, et que cette puissance admirable de l’homme s’applique à des objets d’une haute importance pour le bonheur public et pour la félicité privée ?
Parmi ces objets si dignes de l’attention de l’économe privé et de l’économe public, comptons, avec les sages de l’antiquité, ou,